Queen and country

ECRANS | De John Boorman (Ang, 1h55) avec Callum Turner, Caleb Landry Jones…

Christophe Chabert | Mardi 6 janvier 2015

Il faudrait, pour apprécier Queen and country, oublier assez vite qu'il est signé John Boorman. Ce qui n'est pas chose aisée car : 1) le film est largement autobiographique ; 2) il est la suite directe d'Hope and glory, une de ses dernières grandes réussites. Mais, entre temps, Boorman a visiblement perdu le plaisir de la mise en scène, et Queen and country n'a absolument rien à voir avec la fougue de ses œuvres les plus mythiques (du Point de non retour au Général). C'est une sorte de téléfilm BBC amélioré qui ne compte que sur son art du storytelling pour raconter avec une pointe de nostalgie l'initiation sentimentale de son héros, Bill, en même temps que son apprentissage militaire.

Boorman soigne sa reconstitution, joue sur un humour old school et un romanesque pour le moins anachronique, ce qui donne à Queen and country un certain charme désuet. Seul bémol, la théâtralité des comédiens, même si l'halluciné Caleb Landry Jones, repéré dans Antiviral, confirme un certain talent cabotin et fiévreux. On peut trouver tout de même assez émouvante la vraie raison qui a poussé Boorman, plus de 80 ans au compteur, à réaliser ce film crépusculaire : boucler la boucle d'une carrière en filmant le moment où il a décidé de passer derrière une caméra. De Hope and glory à Queen and country, Boorman est ainsi passé de l'enfance à l'enfance de l'art…

Christophe Chabert


Queen and Country

De John Boorman (Angl, 1h54) avec Caleb Landry Jones, Callum Turner... 1952. Bill Rohan a 18 ans et l’avenir devant lui. Pourquoi pas avec cette jolie fille qu’il aperçoit sur son vélo depuis la rivière où il nage chaque matin ? Cette idylle naissante est bientôt contrariée lorsqu’il est appelé pour effectuer deux années de service militaire en tant qu’instructeur dans un camp d’entraînement pour jeunes soldats anglais en partance pour la Corée.
Cinéma Le Méliès Jean Jaurès 10 place Jean Jaurès Saint-Étienne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"Mobile Homes" : Cellule familiale

Home/road movie | de Vladimir de Fontenay (Can.-Fr., 1h41) avec Imogen Poots, Callum Turner, Callum Keith Rennie…

Vincent Raymond | Mercredi 4 avril 2018

Ali partage avec Evan une vie nomade faite de petits trafics, se servant au besoin de Bone son garçonnet. Après un ultime plan foireux, Ali et Bone se réfugient dans un mobile home qui justement est déplacé par Bob, son constructeur. L’espoir pour eux de refaire leur vie ailleurs… En s’attardant sur coulisses des combines d’Evan (combats de coqs, vente de poudre, effractions etc…) et en insistant sur la déréliction de Bone, ce premier film prend un peu trop de temps à en venir au fait : l’espoir d’une reconstruction pour la mère et le fils dans un environnement sécurisant et stable — quel paradoxe pour un village de mobile homes. On suppose que Vladimir de Fontenay, qui développe ici la trame d’un de ses courts métrages, a eu du mal à sacrifier l’ambiance canaille du début : la violence interlope et nocturne s’avère toujours séduisante à l’écran. Mais le cocon blanc des mobile homes, havre en chantier ne manque pas non plus d’atouts. D’autant plus qu’il constitue un apaisant contrepoint visuel. Mention spéciale pour finir à Imogen Poots, dont

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Call Me By Your Name : WTF ? à l’italienne

ECRANS | de Luca Guadagnino (Fr.-It.-E.-U.-Br., 2h11) avec Armie Hammer, Timothée Chalamet, Michael Stuhlbarg…

Vincent Raymond | Mercredi 28 février 2018

Call Me By Your Name : WTF ? à l’italienne

Italie, dans la moiteur de l’été 1983. Elio traîne ses 17 ans entre son piano, ses doctes échanges avec ses parents, et un flirt avec Marzia. L’arrivée du nouveau doctorant de son père, Oliver, le met étrangement en émoi. D’abord distant, celui-ci se montre aussi sensible à ses appâts… Cette roublardise de moine copiste, aux forts relents de Maurice, Chambre avec vue, Mort à Venise entre autres films avec éphèbes torse nu et/ou James Ivory au générique et/ou Italie vrombissante de cigales, a beaucoup fait parler d’elle dans tous les festivals où elle a été distillée depuis un an — même Hugh Jackman a succombé à son charme. Ah, c’est sûr que Luca Guadagnino ne lésine pas sur les clichés pour fédérer dans un même élan les publics quadra-quinqua (indécrottables nostalgiques, toujours ravis qu’on leur rappelle leur adolescence) et gays (jamais contre une idylle entre deux beaux gosses, dont un façon Ruppert Evere

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Cannes 2014, jour 7. Du côté de la Quinzaine…

ECRANS | Catch me daddy de Daniel Wolfe. These final hours de Zack Hilditch. Queen and country de John Boorman. Mange tes morts de Jean-Charles Hue.

Christophe Chabert | Mercredi 21 mai 2014

Cannes 2014, jour 7. Du côté de la Quinzaine…

Comme prévu, la présentation de Deux jours, une nuit des frères Dardenne a électrisé la Croisette et beaucoup séchaient encore leurs larmes dix minutes après la fin de la projection du matin — on n’ose imaginer ce qui va se passer ce soir. Ayant été particulièrement indiscipliné pour suivre la compétition cette année, on ne se hasardera à aucun pronostic concernant le palmarès final ; mais bon, si les Dardenne repartent avec une troisième palme, établissant ainsi un record en la matière, on ne criera pas au scandale.   Comme on avait vu le film il y a déjà quelques temps, cela nous a laissé le loisir d’aller voir un peu de quel bois se chauffait la Quinzaine des réalisateurs, sachant qu’on y avait déjà vu deux de nos films préférés du festival — Bande de filles et Les Combattants. Depuis qu’Edouard Waintrop en a pris les rênes, cette sélection traditionnellement dévolue à l’avenir du cinéma et à ses nouvelles formes est devenue un creuset aussi inégal que réjouissant où l’on trouve à la fois du cinéma d’auteur pur et dur, des cinéastes à la gloire fanée, des comédies qui font le buzz et du pur cinéma de genre fait par de jeunes talents

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Antiviral

ECRANS | De Brandon Cronenberg (Canada, 1h48) avec Caleb Landry Jones, Sarah Gadon…

Christophe Chabert | Lundi 11 février 2013

Antiviral

Soyons honnêtes : le premier film de Brandon Cronenberg provoque des réactions diamétralement opposées chez les spectateurs. Mais pas forcément comme ceux de son père, qui cristallisent les avis autant par leurs sujets que par leur traitement. Ici, il s’agit de savoir si on est face à une œuvre prometteuse d’un auteur en prise directe avec son époque, ou au contraire à un gros fiasco écrit et réalisé par un geek ne vivant le monde que par la procuration de son ordinateur. On penche clairement pour la deuxième proposition : Antiviral, de son argument de départ — un trafic de maladies prélevées sur des stars et injectées ensuite à leurs fans — à son système figuratif — des décors cliniques, aseptisés, insonorisés, percés seulement par des spots publicitaires — et ses dialogues — un imbitable charabia de termes compliqués et de marques inventées — a quelque chose du court métrage de fin d’étude étiré, visant ouvertement au statut de film culte. Vincenzo Natali, quand il est peu inspiré, fait des trucs dans ce genre-là. Peut-être qu’avec le temps, Brandon Cronenberg réussira-t-il son Splice à lui ? Christophe Chabert

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