Tête de mule, un festival "bêtes" et pas méchant

ECRANS | Du 8 au 21 avril, la quinzième édition du festival Tête de mule met le cinéma jeune public sens dessus dessous.

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Photo : Studio Canal


Le festival Tête de mule ne pouvait trouver meilleur lancement pour sa quinzième édition que l'extraordinaire Shaun le mouton, dernière production des studios Aardman et véritable petit bijou d'animation tout public. Non seulement le film est d'une inventivité constante — le choix, conforme à la série dont il s'inspire, de ne jamais mettre le moindre dialogue, n'y est pas pour rien — mais en plus il est d'un mauvais esprit salvateur, n'hésitant pas à fustiger la routine du quotidien pour promouvoir en retour le besoin d'aventures, de liberté et de désordre. Quelque part entre Zéro de conduite et Jacques Tati, Shaun le mouton est la star incontestée du festival.

Dans sa compétition, on retrouvera quelques films bien aimés dans nos colonnes : Timbuktu, Les Combattants et Spartacus et Cassandra — que son jeune «héros» Spartacus viendra présenter au Méliès Saint-François le 20 avril — pour les plus grands, ou encore, dans le programme des plus petits, un recueil de courts animés où figure l'excellent La Petite casserole d'Anatole, qu'on vous recommandais le mois dernier.

En marge des projections, outre les ateliers pédagogiques et les animations — un ciné-goûter, un brunch, une boom d'anniversaire pour la soirée de clôture — on notera que le festival a les idées larges puisqu'il convie Ruben Östlund, réalisateur suédois de Snow Therapy, que l'on ne classait pas exactement dans les cinéastes «jeune public», pour un Skype autour de son premier film Play le 11 avril à 20h30 — au Méliès Saint-François, encore. Et, comme l'Euro de football approche à grands pas, le festival lancera officiellement le cycle «En avant l'Euro 2016» avec une projection de Looking for Eric de Ken Loach avec monsieur Eric Cantona.

Christophe Chabert

Festival Tête de mule
Du 8 au 21 avril
www.festival-tete-de-mule.fr

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"Wallace & Gromit - Cœurs à modeler" : Deux bonnes pâtes

ECRANS | de Nick Park (G.-B., 0h59) animation…

Vincent Raymond | Mercredi 8 novembre 2017

Têtes de gondole de la maison Aardman, Wallace et Gromit reviennent ces derniers mois sur les écrans à la faveur de rééditions aussi agréables à revoir que frustrantes : depuis Le Mystère du Lapin-Garou (2005), les deux comparses semblaient avoir été délaissés au profit d’un personnage plus mignon ou plus lucratif puisqu’il est devenu le héros d’une série autonome, Shaun le mouton. Composé de deux courts métrages, Cœurs à modeler accentue ce double sentiment puisqu’il réunit A Close Shave (1995) — une fantaisie fantastique entre Delicatessen et Terminator, marquant d’ailleurs la “naissance” du jeune ovidé Shaun — et A Matter of Loaf and Death (2008), un inédit où Wallace, reconverti dans la boulange, tombe sous le charme d’une femme fatale aux allure d’ogresse jetant son dévolu sur tous les mitrons. Heureusement que l’enfariné benêt pourra compter sur la clairvoyance muette de Gromit pour le tirer de ce fichu pétrin… Bourrée d’astuces visuelles virtuoses et rythmée par un sens du gag irrésis

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Un Moi(s) de cinéma #5

ECRANS | Chaque mois, Le Petit Bulletin vous propose ses coups de cœur cinéma des semaines à venir en vidéo

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Un Moi(s) de cinéma #5

Au sommaire de ce cinquième numéro : • Shaun le mouton de Nick Park • Lost River de Ryan Gosling • Taxi Téhéran de Jafar Panahi • Every Thing Will Be Fine de Wim Wenders

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Shaun le mouton

ECRANS | Les studios Aardman se sont transcendés avec cette adaptation des aventures de Shaun, dont Mark Burton et Richard Starzac respectent les partis pris initiaux — gags burlesques, rythme trépidant et pas une ligne de dialogue — en y ajoutant un esprit anar réjouissant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Shaun le mouton

La jeunesse, c’est l’âge de l’enthousiasme, des grands projets, de la vie libre et insouciante. Et puis le train-train quotidien s’installe, la routine du travail, des jours qui se ressemblent et des amis que l’on ne regarde plus. En cinq minutes déjà formidables, Shaun le mouton raconte ainsi comment un fermier passe de la joie d’élever son cheptel de moutons à l’application machinale d’un planning abrutissant pour lui, mais aussi pour ses animaux, proches de la dépression. À la faveur d’une publicité entrevue sur le flanc d’un bus, les moutons se prennent à rêver d’évasion, échafaudant un plan pour échapper à la surveillance de leur berger et de son chien Bitzer, lui aussi en plein relâchement. Commence alors une aventure débridée et impossible à décrire tant elle fourmille de trouvailles visuelles. On n’est pas des moutons ! Car Shaun le mouton, adaptation d’une série animée autour d’un personnage apparu dans Rasé de près, une des aventures de Wallace et Gromit, est avant tout un défi de mise en scène : raconter une histoire sans avoir recours aux dialogues, remplacés par des borborygmes et une gamme presque symphoniq

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Spartacus et Cassandra

ECRANS | Deux enfants roms tiraillés entre leur famille naturelle et la possibilité d’une vie en France sous l’aile protectrice d’une jeune acrobate de cirque : un documentaire exceptionnel de Ioanis Nuguet, aussi fort dans son propos qu’ambitieux dans sa forme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 20 mars 2015

Spartacus et Cassandra

Jusqu’au 7 janvier, les Roms étaient le sujet polémique numéro un, cristallisant l’opinion, entraînant déclarations politiques enflammées, expéditives et démagogiques. Aujourd’hui, la doxa médiatique et populaire s’est trouvé une nouvelle cible et les Roms sont retournés dans l’anonymat de la misère. Heureusement, le cinéma est là pour œuvrer à contre-courant et maintenir vives des questions contemporaines, sans oublier évidemment de tordre le cou aux idées reçues. Rien de tel pour cela que de sortir des généralités et de braquer sa caméra sur des individus qui, au départ, ne représentent qu’eux-mêmes. Spartacus et Cassandra sont donc deux enfants roms arrivés de Roumanie avec leurs parents, traînant de camps en camps avant d’atterrir dans un squat chapiteau où ils sont pris en charge par Camille, acrobate qui, même du haut de son trapèze, garde les pieds sur terre. Comprenant que les deux enfants ont un potentiel et une envie de trouver leur place dans la France d’aujourd’hui, elle rentre donc dans un combat avec le père, alcoolique et totalement irresponsable — il reproche à la France de ne l’avoir jamais aidé et pense que l’Espagne va lui offrir une maison — pour le

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L'Œil du Petit Bulletin #3

ECRANS | Chaque mois, Le Petit Bulletin vous recommande ses coups de cœur cinéma ! Au sommaire de ce troisième numéro (...)

Christophe Chabert | Lundi 2 février 2015

L'Œil du Petit Bulletin #3

Chaque mois, Le Petit Bulletin vous recommande ses coups de cœur cinéma ! Au sommaire de ce troisième numéro : Spartacus et Cassandra de Ioanis Nuguet Réalité de Quentin Dupieux Vincent n'a pas d'écailles de Thomas Salvador Birdman d'Alejandro Gonzalez Iñarritu Hungry hearts de Saverio Costanzo

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Timbuktu

ECRANS | Après Bamako, Abderrahmane Sissako continue d’explorer les souffrances politiques du Mali, non pas en instruisant le procès du FMI, mais en offrant une vision tragi-comique de la terreur djihadiste. Une approche pertinente de la question, qui ne fait pas oublier une forme auteurisante un peu datée. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 10 décembre 2014

Timbuktu

La sortie de Timbuktu va donc se dérouler au moment où les yeux de la planète sont braqués vers l’État Islamique, tandis que le spectre d’une résurgence djihadiste au Mali est encore vivace. Autrement dit : en plein dans le mille de l’actu, ce qui est un avantage — médiatique — et un inconvénient — puisque le film se retrouve malgré lui à avoir quelque chose à dire sur le sujet. Or, le nouveau film d’Abderrahmane Sissako, même s’il parle d’un petit groupe d’islamistes qui mettent en coupe réglée un village mauritanien en voulant y instaurer la char’îa, n’a aucun discours rassurant à délivrer à un Occident angoissé. Déjà, son génial Bamako intentait un procès réparateur mais fictif au FMI ; aujourd’hui, Timbuktu choisit de rire d’une autre tragédie. Ses djihadistes sont regardés comme une cohorte d’individus empêtrés dans leurs contradictions, mais qui puisent leur force du groupe qu’ils ont constitué. Et c’est en brisant la communauté à laquelle ils s’attaquent, créant des schismes selon le sexe, l’âge ou les origines des autochtones, qu’ils installent la terreur. Dans sa première partie, le film montre cette emprise comme un petit théâ

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Odyssées et oracles

ECRANS | Beau mois de décembre cinématographique, riche et varié, avec de vraies découvertes et un coup de cœur inattendu pour un film géorgien envoûtant et épuré, La Terre éphémère. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 2 décembre 2014

Odyssées et oracles

Lors du dernier festival de Cannes, Timbuktu (10 décembre) a fait sensation, remportant l’adhésion de la presse comme du public, mais échouant aux portes du palmarès. Sans verser dans cette admiration inconditionnelle, il faut reconnaître que le nouveau film du cinéaste mauritanien Abderrahmane Sissako tombe à point nommé en ces temps de percée djihadiste, puisque c’est justement cela qu’il raconte : comment une poignée de fous d’Allah mettent sous leur coupe rangée un petit village, les soumettant à un respect strict de la charî’a et châtiant ceux qui ont le malheur de s’en écarter. Mais attention ! Sissako ne verse pas dans le dolorisme ou le pamphlet indigné ; il est beaucoup plus subtil et élégant que cela. En effet, c’est par un humour bienvenu qu’il accuse ces terroristes, les ramenant à leurs contradictions les plus absurdes. Ainsi, on verra l’un d’entre eux aller se cacher derrière une dune pour fumer une cigarette, évidemment interdite par la loi religieuse qu’il promulgue. Névrosés, obsédés, idiots : les islamistes de Timbuktu sont pourtant authentiquement dangereux, ce que la deuxième partie, moins réussie car nettement plus démonstr

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Cannes 2014, jour 1. Grace de M…

ECRANS | Grace de Monaco d’Olivier Dahan. Timbuktu d’Abderrahmane Sissako.

Christophe Chabert | Jeudi 15 mai 2014

Cannes 2014, jour 1. Grace de M…

C’est donc reparti pour un tour de Cannes, et bon, disons-le tout de suite, ça a très très mal commencé. Avec la présentation en ouverture du Grace de Monaco d’Olivier Dahan, on sonde déjà les profondeurs du néant cinématographique. Il faut remonter à loin pour trouver une séance de gala aussi foireuse (Da Vinci Code ? Fanfan la Tulipe ?). Les producteurs de ce truc peuvent remercier Thierry Frémaux d’avoir donné un généreux coup de pouce à un film en perdition depuis des mois, en particulier depuis la brouille ouverte entre le réalisateur et Harvey Weinstein, à qui on donne plutôt raison d’avoir refusé de présenter cette version au public américain. Quoique, à moins de le retourner intégralement, on voit mal comment on peut sauver l’affaire du naufrage dans lequel il s’enfonce quasi-instantanément. Déjà, l’angle choisi pour cette bio a de quoi faire hurler : comment Grace Kelly a choisit de renoncer définitivement à sa carrière au cinéma pour endosser les habits de princesse monégasque, à la faveur d’un incident qui opposa la famille royale à De Gaulle, décidé à mettre fin à l’exil massif des capitaux qui avait lieu là-bas. Da

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12 ans et déjà « mort de rire »

ECRANS | Non, ça n'est pas une blague. Au mois d'avril, les salles de cinéma ligériennes font la part belle aux films pour les enfants. Par un têtu entêtement, le Festival tête de mule, convivial et éducatif, s'aventure dans l'humour noir. Entre rencontres, jeux, émotions, et réflexion, cette 12e édition continue à défendre un droit, une liberté ou une passion, même cachée derrière l’arme la plus redoutable : le rire.

Julie Chalayer | Dimanche 25 mars 2012

12 ans et déjà « mort de rire »

A peine entré dans l'âge de l'adolescence, il affirme plus que jamais sa personnalité. Cycle burlesque, séances 3D, journée Omar Sy, cycle Tim Burton, court-métrages, contes animés, nuit fantastique, la soirée Musique, rencontres avec les acteurs... la liste des animations est longue et captivante. Les plus grands s'enthousiasment de cette diversité, les plus petits profitent des séances et des ateliers ludiques. Au-delà de l’écran… Si vous avez envie d'initier votre marmaille au 7e Art et lui donner la fibre cinématographique, voici la bonne école. Enfin un Festival qui a compris que le cinéma c'est bien plus qu'un générique de début et un générique de fin. Un film, c'est un discours et une vision sur le monde. Qu’on le veuille ou non, chaque réalisateur, de la comédie jusqu'au film social, donne son interprétation de l'Histoire, de la société, ou des rapports humains. Peu importe le genre tant qu'il y a l'ivresse et le plaisir de la réalisation. Pour comprendre cette dimension du cinéma, il faut y être éduqué et accepter de voir un peu plus loin que 1h30 passée dans une salle obscure. L'amour du cinéma s'apprend, et l'interprétation filmique s'appréhende. Vou

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