"Free Fire" Ben Wheatley : trop de la balle !

Vincent Raymond | Mercredi 14 juin 2017

Photo : © Film4 Films


Un hangar, quelque part dans les années 1970. Justine a organisé une rencontre entre des membres de l'IRA et des trafiquants d'armes. Au moment de la transaction, un grain de sable en forme d'histoire d'honneur familial (donc de fesses) met le feu aux poudres. Et c'est l'hallali…

Certes moins composé que le précédent opus de Ben Wheatley, le vertigineux High Rise (2016), Free Fire y fait écho par son ambiance vintage (ah, les looks croquignolets de Brie Larson, Armie Hammer et Cillian Murphy !) et son inéluctable spirale de violence dévastatrice. À ceci près que le ton est ici à la comédie : les traits comme les caractères sont grossis, les répliques énormes fusent autant que les projectiles, mais il faut moult pruneaux pour faire calancher un personnage : c'est un FPS revu par Tex Avery.

N'en déduisez pas une expurgation de toutes les scènes gore : Scorsese figurant tout de même au générique en qualité de producteur exécutif, l'hémoglobine coule dru ; certaines exécutions valent même leur pesant de trash. Alors, à celles et ceux qui craignent d'éprouver un plaisir coupable devant ce spectacle, dites-vous que des gangsters et des terroristes s'entretuant après avoir été ridiculisés (ou l'inverse), c'est comme dévorer des yeux un éclair au chocolat en période de régime : ça ne compte pas vraiment…

de Ben Wheatley (Fr-G-B, int.-12 ans, 1h30) avec Brie Larson, Cillian Murphy, Armie Hammer…


Free Fire

De Ben Wheatley (Angl, 1h30) avec Brie Larson, Cillian Murphy... Une vente d’armes clandestine doit avoir lieu dans un entrepôt désert. Tous ceux qui y sont associés se retrouvent face à face : deux Irlandais, Justine, l’intermédiaire, et le gang dirigé par Vernon et Ord. Mais rien ne se passe comme prévu et la transaction vire à l’affrontement.
Cinéma Le Méliès Jean Jaurès 10 place Jean Jaurès Saint-Étienne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Le riffs du Neal

Blues | Le blues sera prochainement célébré d'une bien belle manière au Château du Rozier, avec un double programme qui combine cinéma documentaire et musique live sous les riffs de l'Américain Neil Black.

Niko Rodamel | Mardi 5 février 2019

Le riffs du Neal

Depuis l'invention des Frères Lumières, cinéma et musique ont tissé un lien étroit, l'image et le son se mariant le plus souvent pour le meilleur. Des bandes originales aux documentaires musicaux et autres biopics, en passant par les scopitones puis les clips, le septième art a visiblement toujours su se nourrir de la puissance évocatrice du cinéma. De la même manière, les musiciens ont à leur tour rapidement compris et utilisé la puissance de l'image pour packager leurs compositions dans les médias audiovisuels, quels qu'ils soient. Et lorsque des cinéastes se penchent plus précisément sur l'histoire d'un courant musical, la chose prend alors une tournure encore plus particulière. En matière de blues, on pense bien sûr l'excellente série de sept films produite par Martin Scorsese en 2003, The blues, faisant appel à quelques grands réalisateurs comme Wim Wenders ou Clint Eastwood. Faut-il le rappeler, remonter aux sources du blues c'est aussi retracer le cours de l'Histoire, depuis l'Afrique jusqu'aux USA, celle d'un peuple noir déporté puis exploité, trouvant refuge dans les accords plaintifs d'une musique qui enfantera sans péridurale le jazz et le rock. Black is ba

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"Sorry To Bother You" : Smooth Operator

Allô ? | Quand une entreprise de télé-marketing prolifère sur une traite humaine d’une genre nouveau… Pour son premier long métrage bouillonnant d’inventivité formelle, le rappeur Boots Riley imagine un bizness no limit dans un société jumelle de la nôtre. Allô, quoi…

Vincent Raymond | Mercredi 30 janvier 2019

Cassius vit dans le garage de son oncle, accumulant les échecs sans gloire. Son destin change lorsqu’il commence à travailler pour une plateforme d’appels : il se découvre alors un pouvoir de conviction qui lui fait grimper les échelons. Mais cette ascension a un prix moral et personnel… À la lointaine époque où il ne se prenait pas encore trop au sérieux, Spike Lee aurait pu réaliser un film de cette trempe, empli d’un désir si intense de cinémas qu’il ne se prive d’aucune expérimentation, saute de genre en genre pour ne pas être réduit à une catégorie. Démarrant comme une gentillette comédie suburbaine entre potes fauchés, Sorry to Bother You glisse rapidement vers une satire corrosive, sans jamais perdre sa fantaisie ni sa capacité à se renouveler : le fantastique s’insinue à la Gondry, comme une astuce esthétique, avant de devenir une composante de fond de l’intrigue. Raccrochez, c’est une horreur Se déploie alors une puissante fable métaphorique pour temps

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Call Me By Your Name : WTF ? à l’italienne

ECRANS | de Luca Guadagnino (Fr.-It.-E.-U.-Br., 2h11) avec Armie Hammer, Timothée Chalamet, Michael Stuhlbarg…

Vincent Raymond | Mercredi 28 février 2018

Call Me By Your Name : WTF ? à l’italienne

Italie, dans la moiteur de l’été 1983. Elio traîne ses 17 ans entre son piano, ses doctes échanges avec ses parents, et un flirt avec Marzia. L’arrivée du nouveau doctorant de son père, Oliver, le met étrangement en émoi. D’abord distant, celui-ci se montre aussi sensible à ses appâts… Cette roublardise de moine copiste, aux forts relents de Maurice, Chambre avec vue, Mort à Venise entre autres films avec éphèbes torse nu et/ou James Ivory au générique et/ou Italie vrombissante de cigales, a beaucoup fait parler d’elle dans tous les festivals où elle a été distillée depuis un an — même Hugh Jackman a succombé à son charme. Ah, c’est sûr que Luca Guadagnino ne lésine pas sur les clichés pour fédérer dans un même élan les publics quadra-quinqua (indécrottables nostalgiques, toujours ravis qu’on leur rappelle leur adolescence) et gays (jamais contre une idylle entre deux beaux gosses, dont un façon Ruppert Evere

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Juin : on bouge ou on reste ?

Panorama ciné | Les ponts de mai vous ont donné des envies de vacances ? Dommage, il vous faut encore patienter. Profitez donc du mois de juin, qui s’achève par la Fête du Cinéma, pour faire escale dans les salles obscure (et climatisées) ; vous irez ensuite cuire au soleil.

Vincent Raymond | Mardi 6 juin 2017

 Juin : on bouge ou on reste ?

“Should I Stay or Should I Go“ ? Qu’il s’agisse de rester groupés ou de prendre son indépendance, d’hésiter entre rester sur place ou aller de l’avant ; de prendre son élan avant d’accomplir un acte décisif, nombreux sont les films semblant illustrer ce mois-ci le lancinant refrain des Clash ! Mais n’en déplaise aux survivants de la formation punk-rock, leur hymne convient particulièrement à des films marqués par la violence et la guerre. À commencer par l’adaptation du roman de Laurent Binet, HHhH (7 juin). Signée Cédric Jimenez, cette biographie du nazi Reinhard Heydrich (le concepteur de la Solution finale) s’attache aussi aux martyrs ayant organisé son exécution à Prague — l’Opération Anthropoid. Malgré quelques efforts d’originalité dans sa construction, l’ensemble peine à conjurer la malédiction de l’euro-pudding. Tiré du Terroriste noir de Tierno Monénembo, lequel s’inspirait de l’histoire authentique d’un résistant noir, Nos Patriotes de Gabriel Le Bomin (14 juin) se déroule à la même époque. Et n’est pas exempt de critiques, tant il accumule de facilités et de conventions :

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Silence : Du doute, pour une foi

ECRANS | En relatant le chemin de croix de jésuites du XVIIe siècle éprouvant leur foi en évangélisant un Japon rétif à ces conversions, Scorsese le contemplatif explore ici sa face mystique — ce nécessaire ubac permettant à son œuvre d’atteindre des sommets

Vincent Raymond | Mardi 31 janvier 2017

Silence : Du doute, pour une foi

Loin d’être monochromatique, la filmographie de Scorsese reflète depuis toujours une admiration conjointe pour deux mondes ritualisés : le temporel des truands et le spirituel des religieux. S’il n’y a guère de malfrats dans Silence, on y découvre toutefois quelques châtiments pratiqués par les autorités nippones sur les chrétiens refusant d’apostasier, et que des mafieux trouveraient à leur goût ! La violence des confrontations entre ces deux univers autour de la notion de foi ne pouvait que fasciner le réalisateur de Taxi Driver et de Casino. Pour autant, Silence ne s’inscrit pas dans la veine stylistique des Infiltrés ou des Affranchis : la question intérieure et méditative prime sur la frénésie exaltée. Lent, posé, d’inspiration asiatique dans sa facture, il se rapproche du semi ésotérique Kundun (1997). Chacun sa croix Débutant par la recherche d’un missionnaire porté disparu, Silence se poursuit par une succession d’introspections pour le père Rodrigues parti sur ses traces, telles que : feindre u

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Blues brodeurs

MUSIQUES | Depuis The Blues, excellente série documentaire produite par Martin Scorsese, les amateurs du genre étaient restés sur leur faim. Deux Stéphanois viennent de (...)

Niko Rodamel | Mardi 2 juin 2015

Blues brodeurs

Depuis The Blues, excellente série documentaire produite par Martin Scorsese, les amateurs du genre étaient restés sur leur faim. Deux Stéphanois viennent de vivre un rêve éveillé sur les routes du blues. Au printemps 2011 Thibaud Degraeuwe et Vincent Hugo, passionnés de blues, étaient restés bouche bée et oreilles scotchées devant la prestation de Toronzo Cannon, musicien originaire de Chicago, venu enflammer la scène du Climax Club Legend à Riotord (43). Une première rencontre qui se prolongera sur Facebook puis par des retrouvailles inespérées lors d’une tournée française en 2013. «L'occasion était trop belle, nous avons donc saisis cette opportunité de réaliser un de nos rêves : suivre et filmer un artiste de blues sur une tournée. Nous avons donc réalisé des captations sur plusieurs shows de Toronzo Cannon.» Encouragés par un premier teaser posté sur Youtube, Thibaud et Vincent voient plus grand et décident de taper plus fort. Arpentant de nombreux lieux dédiés à ce style musical, les deux complices croisent la route des acteurs les plus importants du blues hexagonal et débutent tambour battant la réalisation d’un vrai documentaire, de la naissance du blues à son d

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Le Loup de Wall Street

ECRANS | La vie de Jordan Belfort, courtier en bourse obsédé par les putes, la coke et surtout l’argent, permet à Martin Scorsese de plonger le spectateur trois heures durant en apnée dans l’enfer du capitalisme, pour une fresque verhovenienne hallucinée et résolument burlesque, qui permet à Di Caprio de se transcender. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 27 décembre 2013

Le Loup de Wall Street

«Greed is good». C’était la maxime de Gordon Gecko / Michael Douglas dans le Wall Street d’Oliver Stone. Un film de dénonce balourd qui a eu pour incidence contre-productive de transformer Gecko en héros d’une meute d’abrutis cocaïnés et irresponsables, trop heureux de se trouver un modèle ou un miroir selon le degré d’avancement de leur ambition. Jordan Belfort, auquel Martin Scorsese consacre cette bio filmée de trois heures et à qui Leonardo Di Caprio prête ses traits, est de cette génération-là, celle qui a eu Gecko pour modèle et son slogan comme obsession. Le film, passé son prologue provocateur — grosse bagnole et coke à même l’anus d’une prostituée — attrape d’ailleurs son héros dans un instant paradoxal : le lundi noir de 1989 où, alors qu’il s’apprête à concrétiser son rêve et devenir courtier à Wall Street, la bourse plonge et avec elle une partie de l’économie mondiale. Faux départ, retour à zéro : l’itinéraire de Jordan Belfort s’édifie sur un moment de purge financière supposée assainir le système et qui ne fait que préparer l’avènement d’une corruption plus grande encore, par de jeunes loups ayant tiré les leçons du passé… L’important, ma

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Touristes !

ECRANS | Ben Wheatley continue de frapper fort, quelques mois seulement après «Kill list», avec cette comédie très noire et très gore où un couple d’Anglais moyens se témoignent leur amour en assouvissant leurs pulsions les plus violentes. D’un salutaire mauvais esprit. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 21 décembre 2012

Touristes !

Pour ceux qui ont succombé au parfum sulfureux et aux énigmes ésotériques et irrésolues de son précédent Kill list, Touristes ! fera l’effet d’un étonnant pas de côté de la part de Ben Wheatley. Si Kill list affichait une évidente ambition de renouveler un genre (le thriller horrifique) par une mise en scène suspendue, proche par instants d’un Malick, Touristes ! est beaucoup plus direct : comme au temps des premiers Peter Jackson, il s’agit de faire rire le spectateur à travers une farce très noire où les excès sont bienvenus. À commencer par ceux des deux personnages principaux : un couple d’Anglais un peu beauf charriant un tas de névroses que seul le lien amoureux qui les unit semble capable de refouler. Elle vit avec une mère acariâtre, rongée par la culpabilité liée à la mort de son chien adoré ; lui ne supporte pas l’impolitesse, les pollueurs et plus globalement tout ce qui, de près ou de loin, entre en conflit avec ses valeurs. Alors qu’ils vont jouer les touristes dans l’Angleterre profonde (visitant des lieux aussi palpitants que

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