Visages, Villages : Agnès Varda et JR à la colle

Film de la semaine | Sans vraiment se connaître, une figure tutélaire des arts visuels et une nouvelle tête du street art partent ensemble tirer le portrait de bobines anonymes et dévider le fil de leur vie. Hanté par les fantômes d’Agnès Varda ce buddy-road-movie est un surtout film sur le regard.

Vincent Raymond | Mercredi 28 juin 2017

Photo : ©Agnes_Varda-JR-Cine-Tamaris-Social_Animals_2016_01


L'attelage peut paraître baroque. Agnès Varda, auto-proclamée non sans humour “grand-mère de la Nouvelle Vague”, s'allie à JR, l'installateur graphique à la mode. On ne peut suspecter la malicieuse doyenne des cinéastes français de tenter un coup pub. Il s'agit là de curiosité pour la démarche de son cadet : avant même sa naissance, ne tournait-elle pas déjà Mur, murs (1980), un documentaire sur ce support que l'ancien graffeur affectionne ? Donnant le tempo, mais aussi son architecture globale au projet — elle a assumé quasi seule la discipline du montage, c'est-à-dire de l'écriture finale du film —, Agnès Varda guide notre regard et montre ce qu'elle à envie de montrer.

Tout à l'œil

Davantage que la “machinerie” JR (l'alpha et l'oméga du dispositif technique de la photo grand format de gens normaux contrecollée sur des murs), le film capte l'interaction de cette image avec les modèles, les passants ou parfois les souvenirs. La photo se fait catalyseur, porte d'entrée dans leur intimité, dans leurs histoires. Bienveillante maïeuticienne, Varda obtient des fragments de vécu dont le récit surpasse par sa sincérité toute forme de construction plastique éphémère. Elle aussi se raconte, pudiquement, sans s'épargner cependant. D'ailleurs, lorsqu'elle accepte de se faire chambrer (photographier ou affectueusement moquer) par JR, c'est pour servir un sous-thème mélancolique : le chant du cygne de sa propre vision, grignotée par la maladie. Induit-elle chez JR le désir inconscient la représenter face à cette image de son regard qui s'enfuit ? On la suspecte plus encline à l'empathie qu'à la manipulation.

Il y a en tout cas dans ce film un réel méta-réalisateur, le surplombant de sa fantomatique absence et donnant lieu à un singulier coup de théâtre. Cet œil suprême, c'est l'autre survivant de la Vague, le reclus de Rolle, qui joue à l'ermite hermétique — appelons le JLG par commodité. Son invocation à l'intérieur du film (et ce qui s'ensuit) vaudrait Visages, Villages de le créditer comme troisième coréalisateur. Mais elle valide également le proverbe “loin des yeux, loin du cœur”…

Visages, Villages de et avec Agnès Varda & JR (Fr., 1h29) documentaire…


Agnès Varda & JR : « Le hasard est notre meilleur assistant »

Dans le cadre prestigieux de la Fondation Cartier pour l'Art contemporain, mécène de Visages, Villages, Agnès Varda et JR reviennent sur l'aventure inédite de leur tandem…

Votre film parle des autres, mais aussi de vous puisque vous dialoguez énormément à l'écran…
Agnès Varda
: C'est un documentaire sur les gens rencontrés, même si on fait un petit peu les fous dedans. Notre présence dans le film a construit une relation. Mais au départ, je n'ai jamais pensé que ça deviendrait en fait le regard de JR sur moi. On a l'impression d'avoir travaillé modestement pour un projet qu'on avait en commun : approcher et photographier des personnes inconnues, anonymes, dans des villages et d'en tirer le meilleur en paroles et en illustrations sur des murs pour vous les faire connaître.

JR : C'est l'un des rôles de l'artiste d'apprendre à re-regarder. Avec Agnès, on s'est rencontrés pour la première fois de notre vie un lundi à son atelier, elle est venue le mardi dans le mien et le mercredi, on a commencé à travailler ensemble. Elle n'avait jamais coréalisé, moi non plus, et on a passé les deux dernières années ensemble. Quand on ne se voyait pas, on s'appelait ; quand on ne tournait pas, on mangeait des chouquettes (sourires). On a discuté, créé, créé, créé, en partant tous les mois sur la route.

AV : On ne partait pas à l'aventure, quand même ! On avait des points de chute : chez quelqu'un qu'on connaissait ou dans un village dont on nous avait parlé… Par exemple, dans les corons, on a toqué à des portes dans des rues désertes, et on est tombé sur Janine. C'était comme un cadeau : elle était ouverte, elle nous a dit beaucoup de choses. JR a eu l'idée d'évoquer les anciens mineurs en mettant leurs images sur les maisons vides, puis de mettre son portrait en grand sur sa maison, tant elle était extraordinaire. Ça se faisait en se faisant…

JR : Toutes les rencontres se sont faites comme ça, avec le hasard qui est notre meilleur assistant, comme le dit si bien Agnès.

La production du film a suivi, quant à elle, un chemin de croix…
JR
: Le film a coûté un peu plus d'un million d'euros. On n'avait pas de scénario, et des gens nous ont fait confiance en mettant de l'argent sur Internet. C'est comme ça que c'est parti.

AV : Ce sont les premiers 50 000 euros qui ont été envoyés par 20, 50 euros. Et avec ça, on a fait un premier tournage pour voir si ça prenait et si ça nous plaisait. Après, on l'a fait dans des conditions normales.

JR : Mais on a été recalés par l'avance sur recettes et la Région PACA…

AV : Et le CNC a dit qu'on ne donnait pas assez d'informations sur le scénario. Mais on ne peut pas écrire ce que les gens vont dire, vu qu'on ne les connaît pas. C'est le principe des documentaires. Alors, ils nous ont refusés. On l'a ensuite présenté fini, et on a eu quelques sous.

Trouvez-vous normal d'avoir dû passer par ce financement participatif pour lancer la production ?
JR
: C'est un point extrêmement intéressant. Je me serais dit qu'avec Agnès ça allait être simple de monter un film — sachant que je n'en ai monté qu'un seul dans ma vie et que ça avait été compliqué : c'était un combat pour que des marques ne soient pas coproductrices. Quand on s'est mis à travailler ensemble, elle m'a dit avoir beaucoup de mal parce que ses films ne font pas d'argent. Aujourd'hui, on vit dans une telle crise du cinéma que ce sont surtout les comédies qui se retrouvent avec des financements. On a donc fait appel aux gens, ce que nous n'avions jamais fait de notre vie ni l'un ni l'autre : si je donne à chacun quelque chose en échange, c'est un peu comme quand moi je vends mes œuvres pour réinvestir dans mes projets. Et on a levé la somme en deux temps trois mouvements. Quelques personnes nous l'ont reproché.

Maintenant, ça pose des questions. Comment sont montés les documentaires de ce type ? Les films sur les océans ou l'écologie sont financés par des marques qui polluent ; Agnès et moi on voulait protéger ça coûte que coûte. Aux États-Unis où je vis depuis six ans, n'importe qui va mettre des sous sans se poser de questions dans un projet de skateboard électrique parce qu'il a envie que ça existe. Il est temps de bouger les mentalités pour que ça soit possible dans le cinéma. Sinon, les films comme le nôtre ne seront possibles que par le soutien de grandes marques et on deviendra des bannières publicitaires.

Un film, c'est un budget de plus d'un million. Si on veut le faire bien, il faut payer les cadreurs, six mois de montage… Il était hors de question de faire bosser les gens gratuitement, dès le début, on s'est dit que ça prendrait du temps et qu'il faudrait trouver des sous. Mais on l'a fait par étapes. Grâce à ces premiers 50 000 euros, on est partis tout de suite, et petit à petit, des gens sont venus nous aider et le film a été possible. Après Cannes, où il a été montré pour la première fois et primé [l'Œil d'or, NDLR] il a été acheté au Japon, en Italie, en Chine, aux Etats-Unis…

Qu'avez-vous appris l'un de l'autre ?
JR
: Maintenant, je ne dis plus “vieille amie”, mais “amie de longue date” ; j'arrive à placer le mot “facétieux” dans une phrase. Elle m'a appris quelques petites choses comme ça. Un peu plus de politesse, car elle me reprend tout le temps.

AV : (le reprenant) Je ne te reprend pas, non, c'est pas vrai ; j'essaie de commenter tes facéties.

JR : Grâce à moi, elle fera des FaceTime correctement. Je préfère voir ses yeux que ses oreilles. De mon petit âge, je suis content de lui avoir appris quelque chose.


Visages villages

De Agnès Varda et JR (Fr, 1h29) documentaire Agnès Varda et JR ont des points communs : passion et questionnement sur les images en général et plus précisément sur les lieux et les dispositifs pour les montrer, les partager, les exposer. Agnès a choisi le cinéma. JR a choisi de créer des galeries de photographies en plein air. Quand Agnès et JR se sont rencontrés en 2015, ils ont aussitôt eu envie de travailler ensemble, tourner un film en France, loin des villes, en voyage avec le camion photographique (et magique) de JR. Hasard des rencontres ou projets préparés, ils sont allés vers les autres, les ont écoutés, photographiés et parfois affichés. Le film raconte aussi l’histoire de leur amitié qui a grandi au cours du tournage, entre surprises et taquineries, en se riant des différences.
Cinéma Le Méliès Jean Jaurès 10 place Jean Jaurès Saint-Étienne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

"The Last Hillbilly" : Chroniques des Appalaches

ECRANS | ★★★☆☆ De Thomas Jenkoe & Diane-Sara Bouzgarrou (Fr.-Qat., 1h20)… Sortie le 30 décembre

Vincent Raymond | Mardi 8 décembre 2020

Au fin fond du Kentucky, dans une montagne jadis exploitée pour son charbon, subsistent quelques rares familles, dont celle de Brian. Mémorialiste et aède des “derniers bouseux“ de cette contrée, il donne une vision intérieure, volontiers bucolique, de cette population souvent oubliée et généralement assimilée aux “white trash“ dégénérés — les consanguins de Délivrance, la famille de Claytus dans Les Simpson — ou que le dénuement conduit aux lisières du monde social (Winter’s Bones), puis politique (voir les interlocuteurs de Claus Drexel dans son documentaire America). Même si Brian n’a pas le côté survivaliste extrême du Captain Fantastic de Matt Ross, il partage avec lui une forme d’érudition naturaliste plus proche de Thoreau que de Trump. The Last Hillbilly rappelle que cette Amérique existe, au même titre qu’existe chez nous la Creuse ou la Lozère, et que si elle souffre, elle est attachée à son territoire et n’a pas encore abandonné tout espoir. Pour combien de temps encore ?

Continuer à lire

"Un pays qui se tient sage" : Et dans un triste État…

ECRANS | ★★★★☆ Documentaire de David Dufresne (Fr., 1h26)

Vincent Raymond | Mercredi 30 septembre 2020

Le comble pour un journaliste-documentariste est de signer un film en phase avec l’actualité. Hélas, serait-on tenté d’ajouter à propos de celui de David Dufresne, édifiant travail d’information et d’analyse sociologique, intellectuelle, historique sur les violences policières (et leurs conséquences) observées — subies — par les manifestants français depuis 2017. Coïncidence : cela correspond à l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée. Alors que le nouveau dispositif de sécurité (le “schéma national du maintien de l’ordre”) tout juste paru laisse entendre que tous les journalistes et observateurs des manifestations — et donc potentiels témoins d’exactions policières — seront désormais susceptibles d’être interpelés pendant l’exercice de leur métier, en violation de leur imprescriptible droit d’informer, Un pays qui se tient sage tombe à pic. Dufresne a en effet collecté toutes ces images captées durant le mouvement des Gilets jaunes notam

Continuer à lire

"The Great Green Wall" : Et le désert avance…

Documentaire | Documentaire de Jared P. Scott (G.-B., 1h30) avec Inna Modja…

Vincent Raymond | Lundi 22 juin 2020

Pour contrer leur désertification, les États du Sahel et du Sahara ont lancé le projet de “Grande muraille verte“ destiné à doter l’Afrique d’une ceinture forestière d’ouest en est. Du Sénégal à l’Ethiopie, la chanteuse Inna Modja s'en fait l’ambassadrice auprès des populations locales… Voici un bien drôle de fourre-tout, dans lequel il convient de faire le tri : les informations géopolitiques ou écologiques sur la conception, l’inspiration sankarienne, la mise en œuvre et l’intérêt de cette barrière végétale sont recouvertes de diverses couches plus ou moins pertinentes. Passons sur l’enveloppe à la BBC/National Geographic — offrant une vision stéréotypée et impersonnelle d’une nature transcendante grâce à une kyrielle de plans par drones —, mettons de côté la fraction du film aux allures de making off-bonus de l’album en gestation. Ne nous appesantissons pas non plus sur les séquences où Inna Modja interviewe les paysans sur le mode « alors, c’est dur la terre ? » ou une responsable de l’ONU, ni celles où elle est filmée dans les médias locaux faisant la promo de la Grande Barrière Verte ; ni celles où e

Continuer à lire

Correspondances : Les Pages d’Agnès

ARTS | Jeune photographe, Agnès Varda avait en 1955 visité et immortalisé par quelques clichés le Palais Idéal. Celui-ci lui rend son hommage en lui consacrant un triptyque d’expositions dont la première s’admire en ce moment, en toutes lettres…

Vincent Raymond | Mardi 9 juin 2020

Correspondances : Les Pages d’Agnès

Fécondes sont depuis toujours les noces entre les artistes et le Palais Idéal. En particulier ceux et celles dont l’originalité ne souffre pas de frontière ni ne conçoit rien d’impossible. Picasso, Breton, Lee Miller, Éluard, Max Ernst ou Neruda sont ainsi tombés sous le charme de l’étrange édifice quand une masse objectait encore des atrocités sur cette œuvre spontanée. Entre eux, les artistes se reconnaissent, s’inspirent et nouent naturellement d’osmotiques correspondances. Pour les développer, le Palais Idéal accueille depuis une quinzaine d’années dans son enceinte (où il dispose d’un espace muséographique flambant neuf, en sus de la Villa Alicius) ainsi que dans le Château de Hauterives, des expositions en résonance, vibration ou capillarité artistique avec l’univers du facteur. Inventive, fantasque et pluridisciplinaire, la regrettée photographe-cinéaste-plasticienne Agnès Varda a les honneurs des lieux pour non pas une, mais trois expositions, dont la première actuellement visible, porte avec justesse et sobriété le titre de Correspondances. Tournée géniale

Continuer à lire

Mamacita : La mamatriarche

ECRANS | Documentaire de Jose Pablo Estrada Torrescano (Mex., 1h15)

Vincent Raymond | Mercredi 12 février 2020

Mamacita : La mamatriarche

Bientôt centenaire, la Mexicaine Mamacita n’a rien d’une grand-mère gâteau. Partie de rien, cette femme à poigne ayant réussi à monter une chaîne de salons de beauté, avait fait promettre à son petit-fils parti étudier le cinéma en Allemagne, qu’il lui consacrerait un film. Le voici… Impressionnante, irritante et attachante à la fois… Au fil de ses images, Jose Pablo Estrada Torrescano révèle sans filtre une maîtresse-femme assumant fièrement sa coquetterie et son autorité (voire, son autoritarisme) mâtinée d’une redoutable mauvaise foi chronique. Mais cet aplomb d’acier, conjugué à son tempérament baroque, apparaissent comme les piliers de sa résilience, Mamacita ayant eu à dépasser les revers de fortune de ses parents. Bien que volontiers rudoyé par son aïeule, Jose Pablo Estrada Torrescano va parvenir à force de présence et de bienveillance à lui arracher des confidences très intimes sur son rapport à ses “fantômes“ et lui faire fendre l’armure pour la première fois de sa tumultueuse vie. Mamacita aurait-elle livré toutes ces vérités sans l’interface artéfactuelle de la caméra, et donc la certitude d’une part de postérité ? Rien n’est moins sûr. Ce qu’elle

Continuer à lire

Robert Downey Jr. : « Je suis un homme à chats »

Le Voyage du Dr Dolittle | Avenant mais peu loquace, Robert Downey Jr. est venu brièvement à la rencontre de la presse pour présenter son nouveau personnage, le Dr Dolittle.

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

Robert Downey Jr. : « Je suis un homme à chats »

Qu’est-ce qui vous a poussé vers ce nouveau personnage de scientifique atypique ? Robert Downey Jr. : Cela fait plus de dix ans que je fais des films où les enfants se cachent les yeux lorsqu’apparaissent les aliens. Donc je me suis dit qu’il était temps que je fasse un film de famille : je n’en avais jamais fait. Et je vois que tout le monde s’y amuse. WC Field disait qu’il ne fallait jamais jouer avec un enfant ni avec un animal. Or vous partagez l’affiche avec deux jeunes partenaire et un zoo complet. Est-ce que vous aviez envie de relever un défi punk ou de donner tort à Fields ? Oh, Fields ! C’était un dingue — un doux dingue ! Et apparemment, il disait ça aussi des téléphone et de la nourriture, alors… Après avoir côtoyé — par écran interposé — tout ce bestiaire, quel est votre animal préféré ? Je suis un homme à chats. Totalement. Et donc, dans le film, j’aime Barry le tigre, parce qu’il est complètement barré.

Continuer à lire

"Le Voyage du Dr Dolittle" : Parle à mon zoo, ma reine est malade

ECRANS | De Stephen Gaghan (É.-U., 1h41) avec Robert Downey Jr., Antonio Banderas, Michael Sheen…

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

Reclus en son domaine depuis la disparition de son épouse bien-aimée, le Dr Dolitlle (qui a le pouvoir de parler aux animaux) est appelé au chevet de la Reine d’Angleterre, gravement malade. Découvrant qu’elle a été empoisonnée, il part en quête d’une plante légendaire pour la sauver… Troisième avatar cinématographique du personnage (extravagant par nature) créé par Hugh Lifting ce Dolittle a été cousu sur mesure pour Robert Downey Jr., puisque le comédien campe un scientifique aussi aventureux qu’auto-destructeur, dont la mélancolie est mâtinée par un goût certain pour la dérision. Le rôle constitue une suite logique (et en redingote) aux aventures de son Iron-Man, dans un décor paradoxalement plus “disneyen“ que celui de la franchise Marvel — la séquence animée qui ouvre le film lui confère d’ailleurs une aura vintage de merveilleux enfantin. Dans ce festival de FX virtuose, où décors et personnages secondaires sont engendrés par numérique, Downey Jr. se trouve en pays de connaissance : devant le fond vert d’un studio. Près de trente ans après le film qui l’a consacré, Chaplin, on sourit en constatant que

Continuer à lire

"Waves" : Ondes de choc

ECRANS | De Trey Edward Shults (É.-U., 2h16) avec Kelvin Harrison Jr., Taylor Russell McKenzie, Sterling K. Brown…

Vincent Raymond | Mercredi 29 janvier 2020

Jeune espoir de la lutte, Tyler cache à son père — lui-même ancien sportif de haut niveau ayant réussi sa reconversion — la gravité de douleurs lancinantes. Son stress le plonge la surmédication, altère son humeur, cause sa rupture et va provoquer une cascade de drames à l’échelle familiale… Les ambitions de Trey Edward Shults sont manifestes : illustrer la théorie des dominos en l’appliquant à une famille où la pression excessive d’un père control freak va bousiller la vie de son fiston en provoquant d’irréparables dégâts collatéraux — un indice : ça va mal se finir, et au tribunal. Mais aussi désagréger ladite famille. Au passage, le fait que celle-ci soit afro-américaine ajoute une lecture sociologique supplémentaire : la stricte méritocratie ne suffisant pas dans un contexte hyperconcurrentiel au sein d’une population où une forme ségrégation perdure, on peut supposer que l’acharnement du père à voir son rejeton suivre scrupuleusement ses traces pour conserver son statut fraîchement acquis est lié à un complexe de classe. Volontiers démonstratif — et surtout, répétitif — dans son arsenal stylistique multiplieant panoramiques circulaires en milieu

Continuer à lire

Vincent Delerm présente son documentaire

ECRANS | Parallèlement à ses deux concerts au festival Les Poly'sons de Montbrison (4 et 5 février prochains), Vincent Delerm en profite pour présenter, au cours de (...)

Nicolas Bros | Mercredi 8 janvier 2020

Vincent Delerm présente son documentaire

Parallèlement à ses deux concerts au festival Les Poly'sons de Montbrison (4 et 5 février prochains), Vincent Delerm en profite pour présenter, au cours de deux séances les mêmes jours à 18h au cinéma Rex de la sous-préfecture ligérienne, son premier quasi long-métrage documentaire Je ne sais pas si c’est tout le monde. Je ne sais pas si c’est tout le monde, de Vincent Delerm, mardi 4 et mercredi 5 février à 18h au cinéma Rex Montbrison, en présence du réalisateur

Continuer à lire

3 potes, 2 roues et une boucle au Vietnam

Road trip visuel & sonore | En février 2019, trois amis, Robert Chauchat, notre confrère journaliste radio Julien Trambouze et notre pigiste Niko Rodamel, partent (...)

Nicolas Bros | Jeudi 21 novembre 2019

3 potes, 2 roues et une boucle au Vietnam

En février 2019, trois amis, Robert Chauchat, notre confrère journaliste radio Julien Trambouze et notre pigiste Niko Rodamel, partent en road-trip dans l'extrême nord du Vietnam, au coeur de la boucle de Ha Giang. Une expédition sans grande préparation mais avec l'envie de se laisser porter au gré des rencontres et des paysages d'un territoire encore préservé du tourisme de masse, « où le temps semble s'être arrêté ». Au lieu de conserver leurs souvenirs seulement pour leurs archives personnelles, Julien et Niko ont décidé d'aller plus loin, en réalisant un film sur cette expédition qui les a marqués. Le résultat constitue une immersion au cœur de la province d'Ha Giang, un géoparc UNESCO à la frontière avec la Chine, avec des photographies de Niko Rodamel et des prises de sons de Julien Trambouze. Une réalisation qui emprunte la route du documentaire mais d'une manière originale. Ha Giang Loop, une immersion photographique et sonore sur les routes du nord Vietnam, mardi 26 novembre à 19h au Méliès Jean Jaurès

Continuer à lire

"Nous le peuple" : Constituante tuée dans l’œuf

ECRANS | Documentaire de Claudine Bories & Patrice Chagnard (Fr., 1h39)

Vincent Raymond | Mercredi 25 septembre 2019

2018. À l’occasion du projet de réforme constitutionnelle, trois groupes travaillent ensemble, échangeant par vidéo. Les uns sont en prison, d’autres dans un lycée ; les troisièmes sont issues d’une association de mères de familles en banlieue parisienne. Que naîtra de leurs débats ? On peut légitimement entrer à reculons dans ce film, redoutant une confiscation de la parole par des médiateurs socio-cu ou le téléguidage par un quelconque sous-bureau d’un vague Ministère de la Cohésion de la Ville et de la Participation participative. Et puis non : l’association agrée d’éducation populaire Les Lucioles du Doc à l’initiative de ces ateliers reste discrète, stimulant les réflexions. Quant aux intervenants, ils sont loin d’être des figurants ou déconnectés de la “chose constitutionnelle“ — ce texte commun, fédérateur et garant des valeurs nationales. Leur voix est patiemment recueillie, soupesée, et naturellement des propositions plus vastes qu’une somme de revendications individuelles se forment au sein de cette agora virtuelle. Hélas, la réussite de ce processus démocratique (entérinant la viabilité d’une démarche participative) va se

Continuer à lire

"Portrait de la jeune fille en feu" : Consumée d’amour

Prix du scénario | Sur fond de dissimulation artistique, Céline Sciamma filme le rapprochement intellectuel et intime de deux femmes à l’époque des Lumières. Une œuvre marquée par la présence invisible des hommes, le poids indélébile des amours perdues et le duo Merlant/Haenel.

Vincent Raymond | Mercredi 18 septembre 2019

Fin XVIIIe. Officiellement embauchée comme dame de compagnie auprès d’Héloïse, Marianne a en réalité la mission de peintre la jeune femme qui, tout juste arrachée au couvent pour convoler, refuse de poser car elle refuse ce mariage. Une relation profonde, faite de contemplation et de dialogues, va naître entre elles… Il est courant de dire des romanciers qu’ils n’écrivent jamais qu’un livre, ou des cinéastes qu’ils ne tournent qu’un film. Non que leur inspiration soit irrémédiablement tarie au bout d’un opus, mais l’inconscient de leur créativité fait ressurgir à leur corps défendant des figures communes ; des obsessions ou manies constitutives d’un style, formant in fine les caractéristiques d’une œuvre. Et de leur singularité d’artiste. Ainsi ce duo Héloïse-Marianne, autour duquel gravite une troisième partenaire (la soubrette), rappelle-t-il le noyau matriciel de Naissance des pieuvres (2007) premier long métrage de Céline Sciamma : même contemplation fascinée pour une jeune femme à l’aura envoûtante, déjà incarnée par Adèle Haenel, mêmes souffrances dans l’affirmation d’une identité intime.

Continuer à lire

"Le Fils" : La fabrique des petits soldats

ECRANS | Documentaire De Alexander Abaturov (Ru.-Fr., 1h11)…

Vincent Raymond | Mercredi 29 mai 2019

Deux trajectoires parallèles : celle du cousin du réalisateur, Dima, soldat d’excellence russe mort au combat, et celle des nouvelles recrues aspirant à rejoindre le corps d’élite des Spetsnaz dont Dima était issu. D’un côté, le deuil sobre ; de l’autre l’exaltation d’une jeunesse ultra patriote… On aimerait que cela fût une fiction et non point un documentaire. Mais Alexandre Abaturov dépeint une réalité crue et froide : celle de de super-soldats contemporains interchangeables et soudés au sein d’une unité impatiente de servir la mère Russie. N’étaient leurs marinières rouges, ils pourraient êtres les bidasses de Full Metal Jacket (1987) effectuant leurs classes sous les ordres d’instructeurs les conditionnant psychologiquement et physiquement, sélectionnant les plus solides (environ un quart du contingent), seuls aptes à porter le distinctif béret rouge des Spetsnaz. Entre les parcours dans la boue, les pugilats “pour de rire“ — avec pommettes en charpie et nez explosé —, les cérémonies d’hommage aux aînés tombés pour la patrie, Abaturov glisse des ins

Continuer à lire

"Séduis-moi si tu peux !" : Secrétaire très particulier

ECRANS | De Jonathan Levine (É.-U., 1h56) avec Charlize Theron, Seth Rogen, O'Shea Jackson Jr.…

Vincent Raymond | Mercredi 15 mai 2019

Reporter talentueux mais un peu trop intègre, Frank démissionne quand un magnat pourri rachète son journal. Au même moment, Charlotte Field, la Secrétaire d’État visant la Maison Blanche recherche une plume. Coup de bol, elle a été la baby-sitter de Fred quand il était ado… Actualisation d’un thème hollywoodien ô combien classique — le mariage de la carpe et du lapin, ou plus prosaïquement, de la belle de la bête — ces retrouvailles sont conformes à ce que l’on peut espérer, compte-tenu de la présence glamour de Charlize Theron et de celle, plus, transgressive de Seth Rogen : une charmante comédie sentimentale, relevée d’une sauce façon Farrelly — on vous passe l’ingrédient principal. À l’inévitable romance permettant à Madame Parfaite (modèle de luxe, avec élégance incarnée) de fendre l’armure et à Monsieur Tout-le-Monde (version très hirsute) de quitter sa posture d’adolescent rebelle, s’ajoutent les possibilités de comédie offertes par le contexte politico-médiatique, dans les coulisses d'une Maison Blanche occupée par un clown moins intéressé par la conduite de la Nation que

Continuer à lire

"Avengers : Endgame" : La fin justifie les grands moyens

MARVEL | Les Avengers s’unissent pour défaire l’œuvre destructrice de Thanos. Après un Infinity War en mode “demande à la poussière“, ce Endgame boucle (quasiment) par un grand spectacle philosophique la 3e phase de l’Univers cinématographique Marvel.

Vincent Raymond | Mercredi 24 avril 2019

Après que Thanos a, grâce au gantelet orné des six Pierres d’Infinité, exterminé la moitié des êtres de l’univers, les Avengers survivants tentent de se rassembler. Il faudra attendre cinq ans que Ans-Man sorte accidentellement de l’infiniment petit quantique, pour que Tony Stark accepte de joindre ses forces à leur plan fou : remonter dans le temps afin d’empêcher Thanos de s’emparer des Pierres… Où l’ensemble des fils et arcs narratifs laissés en suspens depuis 21 films et 3 phases par les différentes franchises Marvel sont appelés à se boucler. Mais de même qu’« il faut savoir finir une grève » comme disait Thorez, mettre un terme à un cycle ne s’improvise pas. Avengers : Infinity War (2018) avait laissé entrevoir une bienheureuse inflexion dans la série : à la surenchère de combats de colosses numériques entrelardés de punchlines boutonneuses (Captain America Civil War), avait succédé une dimension plus sombre, volontiers introspective grâce à l’intégration de Thanos. Un antagoniste moins manichéen qu’il y semblait, semant une

Continuer à lire

"Premières Solitudes" : Dis-moi qui tu es…

Documentaire | de Claire Simon (Fr., 1h40)

Vincent Raymond | Mercredi 14 novembre 2018

À l’occasion d’un partenariat au long cours avec les élèves d’une classe du Lycée d’Ivry, Claire Simon instaure un jeu de rôle leur permettant, par le dialogue, de dévoiler les coulisses de leur vie et de livrer devant la caméra des secrets que leurs potes ne soupçonnaient pas… « On se côtoie tous les jours, mais on ne sait rien les uns les autres ». Telle est, en substance, le déclencheur de ce film mu non par une curiosité voyeuriste, mais l’envie sincère de partager le parcours de vie de ses compagnons d’études. Sans avoir peur de mettre les pieds dans le plats avec une question embarrassante ; sans craindre le regard des autres lorsqu’une confidence s’étrangle dans un sanglot. Or il y a dans ce groupe en apparence banal beaucoup de fractures secrètes, de récits de divorces parentaux, de sentiment d’abandon ou de solitude avérée, d’adoptions… La force des confessions, parfois déchirantes, est estomaquante et compense une construction formelle fragile, voire bancale : un bout à bout de séquences au cadrage incertain, à la lumière inconstante ou au montage minimaliste.

Continuer à lire

"Wine Calling - Le Vin se lève" : La cave se rebiffe

Sans sulfites | de Bruno Sauvard (Fr., 1h30) documentaire

Vincent Raymond | Jeudi 11 octobre 2018

Elles et ils sont vignerons, venu·e·s parfois à la terre sur le tard, mais partagent la même ambition : élaborer un vin naturel, débarrassé de tout intrant et des artifices chimiques. Une passion exigeante mais gratifiante : entraide, plaisir et qualité du produit se trouvent au rendez-vous… Comment ne pas avoir de la sympathie pour ces viticulteurs passionnés et dévoués au produit, plus soucieux du goût que de la faire pisser la vigne ? Comment ne pas souscrire à leur philosophie du partage et de l’environnement ? Comment, enfin, ne pas trouver magnifiques les plans de Bruno Sauvard célébrant la beauté des terroir dans la magic light, et inscrivant de belles personnes à leur avantage dans des cadres amoureusement composés ? Et pourtant… Ce sujet qui aurait de quoi attirer n’importe quel amateur de cru comme les abstinents forcenés, assomme aussi sûrement (et vite) qu’une piquette en cubi. La faute à une enfilade quasi-ininterrompue de témoignages ; un flot de paroles coulant par hectolitres et ne prenant pas le temps de s’oxygéner. Oui, la matière est riche et il y a à dire. Mais il faut faire des choix

Continuer à lire

"Come as you are" : La mauvaise éducation

Drame | de Desiree Akhavan (É.-U., 1h31) avec Chloë Grace Moretz, Sasha Lane, John Gallagher Jr.…

Vincent Raymond | Vendredi 31 août 2018

1993. Surprise en train en plein ébat avec une camarade, la jeune Cameron est envoyée par sa tante dans camp religieux de “réhabilitation“ pour les adolescents “déviants“ placé sous la férule des frère-sœur Marsh. Au sein du groupe, Cameron tente de préserver son intime personnalité… Cette vieille obsession puritano- normative de guérir l’homosexualité par la réclusion et la prière ! Dans l’idée (et l’efficacité), cela rejoint l’antique sacrifice des vierges pour s’assurer de bonnes récoltes ; le fait de croire que l’on peut infléchir des événements sur lesquels l’on n’a aucune prise en sadisant ses semblables au nom de l’intérêt général. La prétendue maison de rééducation religieuse des Marsh est à la fois un lieu de retrait du monde pour des familles honteuses de l’orientation de leur enfant (“cachons ce gay que nous ne saurions voir“) et un centre de torture psychologique. Paradoxalement, le confinement des ados et les chambrées non mixtes tendent à annuler le lavage de cerveau hétéro opéré pendant la journée. Desiree Akhavan épouse avec beaucoup de justesse et de sensibilité

Continuer à lire

"Blue" - Blub blub et bla bla

Documentaire | de Keith Scholey & Alastair Fothergill (É.-U., 1h18) avec la voix de Cécile de France…

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

Dans le sillage des grands dauphins, à travers les mers et les océans… Un environnement liquide d’une valeur incommensurable, peuplé d’une faune extraordinaire de diversité et de menaces ; où la beauté le dispute à la fragilité. Jadis lancé par Cousteau (et repris depuis, notamment par Jacques Perrin), le message de Blue est clair comme de l’eau de roche : la faune marine mérite d’être protégée, c’est une question de survie pour l’écosystème planétaire. Et cette nouvelle production Disneynature — la division documentaire et environnement du studio californien — se dote pour le faire passer des “armes” conventionnelles pour le faire passer : trouver d’attachants protagonistes pour susciter l’empathie et offrir les plus spectaculaires prises de vues possibles. Si grâce aux progrès de la technique, les images sont en effet d’un piqué et d’une richesse chromatique saisissante, les personnages choisis comme fil rouge, les dauphins, restent prisonniers d’un anthropomorphisme un peu dépassé, appuyé par une narration un peu invasive — désolé Cécile de France.

Continuer à lire

"America" : God blesse

ECRANS | de Claus Drexel (E.-U., 1h22) documentaire…

Vincent Raymond | Mercredi 14 mars 2018

Alors que la campagne présidentielle américaine bat son plein, le documentariste Claus Drexel fait une longue escale à Seligman, Arizona. Et donne la parole à ces ressortissants de l’“Amérique profonde”, dont les voix comptent autant que celles, plus médiatisées, des Côtes Est et Ouest. À la manière d’un zoom, America complète et approfondit le We Blew it de Jean-Baptiste Thoret, tourné partiellement (et concomitamment) à Seligman : on note d’ailleurs quelques protagonistes en commun, dont le coiffeur vétéran. Avec Martin Weil pour l’émission Quotidien, Drexel est l’un des rares à avoir ausculté la réalité, pressentant ce qu’aucune bonne conscience (malgré le précédent Bush/Gore) ne se résolvait à considérer comme possible. Prenant le temps d’interroger longuement des citoyens — gens ordinaires, électeurs, militants ou non —, le documentariste fouille une conscience sociale baignée plus qu’abreuvée par les discours de propagande de Trump. On ne voit pour ainsi dire jamais les images du candidat républicain, mais sa band

Continuer à lire

Comme c'est curieux

Festival | Pour sa 39ème édition, le festival de films Curieux Voyageurs prend davantage d'ampleur. Du 9 au 11 mars, au total 37 séances et 25 films seront proposés aux visiteurs entre le Centre des congrès, l'amphi annexe de l'école des Mines mais également pour la première fois au Planétarium.

Aliénor Vinçotte | Mardi 6 mars 2018

Comme c'est curieux

Pour sa 39e édition, Curieux Voyageurs revient avec une mosaïque de 25 films de voyage — autant de pays, de cultures et de terrains infinis révélés par des aventuriers partageant leurs expériences vécues avec la caméra. Créé il y a près de 40 ans par cinq amis passionnés, le festival n’a cessé d’étendre son territoire ; en 2017, 16 000 “curieux” étaient ainsi venus le visiter. Au programme du millésime 2018, les spectateurs pourront suivre un chef papou dans son combat pour la protection de la nature, marcher sur les traces de la voyageuse Ella Maillart, ou encore grimper le redouté K2 avec l’alpiniste Sophie Lavaud. À l’issue des projections, des rencontres seront organisées avec les aventuriers-réalisateurs — mais aussi avec un responsable d’Amnesty International dans la foulée de Le Vénérable W réalisé par Barbet Schroeder, troisième volet de sa Trilogie du Mal, où il raconte l’histoire d’un moine bouddhiste birmane très influent prônant la violence.

Continuer à lire

L'Insoumis : Un portrait un peu gauche

ECRANS | de Gilles Perret (Fr., 1h35) documentaire avec Jean-Luc Mélenchon…

Vincent Raymond | Mercredi 28 février 2018

L'Insoumis : Un portrait un peu gauche

Au soir du premier tour de l’élection présidentielle de 2017, on s’étonnait de ne pas avoir dès 20h de déclaration à chaud ni d’images de Jean-Luc Mélenchon. Cette absence médiatique du bouillonnant candidat, si présent durant la campagne, était-elle consécutive à la stupéfaction, la déprime ou une bouderie de se retrouver classé quatrième à l’issue du scrutin ? Près d’un an plus tard, cet instant d’actualité, devenu fragment d’histoire immédiate, nous parvient grâce à la “caméra embarquée” exclusive d’une production privée — le paradoxe s’avère pour le moins étrange concernant le champion de La France Insoumise — ; celle du documentariste Gille Perret, alors en train de tourner son portrait. Las, on devrait parler d’hagiographie tant le film du bon camarade Perret, partageant les idées de Mélenchon, s’emploie à renvoyer du candidat un reflet flatteur, visant à rectifier la caricature de loup-garou ordinairement diffusée par ses adversaires. D’un côté comme de l’autre, il s’agit pourtant de propagande, et aucune n’est donc recevable. Proche idéologiquement de son sujet, il peut d

Continuer à lire

The Ride : Sur la réserve

File indienne | de Stéphanie Gillard (Fr.-É-U., 1h26) documentaire…

Vincent Raymond | Lundi 12 février 2018

The Ride : Sur la réserve

En hommage à leurs ancêtres Sioux massacrés à Wounded Knee, les jeunes du peuple Iakota accomplissent chaque hiver sous la conduite de leurs aînés une chevauchée de 450 km à travers le Dakota. Un rite initiatique pour perpétuer le souvenir de Sitting Bull et de leur culture… Au-delà de la chronique d’un voyage de formation, ce documentaire raconte simplement comment les Américains natifs ont été spoliés et comment aujourd’hui leur culture serait dissoute dans le tout-venant étasunien s’ils n’avaient pris l’initiative de ce pèlerinage pacifique. Garants d’une histoire et de traditions, ils font en sorte de les préserver de l’ultra-modernité qui, insidieusement, les contamine. Lorsqu’ils communiquent entre eux, c'est toujours sans fil-qui-chante, mais désormais sans fumée : avec un téléphone portable, comme tout le monde. Le “moment” que constitue cette équipée rituelle, précédée de la cérémonie de “décolonisation des âmes” (quel symbole !) est pour les Iakotas, si attachés à leurs noms et à la transmission orale, un monument immatériel qu’aucun colon ne pourra jamais confisquer ni

Continuer à lire

Atelier de Conversation : Un salon où l’on cause

Documentaire | de Bernhard Braunstein (Aut.-Fr., 1h10)

Vincent Raymond | Mercredi 21 mars 2018

Atelier de Conversation : Un salon où l’on cause

Pareille à un aquarium posé au milieu de la Bibliothèque publique d’information du Centre Pompidou, une drôle de salle accueille chaque semaine des étrangers résidents en France pour une session de discussion dans la langue de Molière. Un sacré melting-pot — pardon : mélange. Bribes de séances, fragments d’échanges captés lors de ces ateliers, intervenants de tous les pays filmés en plan rapproché devant s’acquitter une seul règle (parler en français)… Le dispositif, des plus minimalistes, suffit à bâtir un film d’une incroyable richesse humaine en télescopant les unes contre les autres les destinées de celles et ceux qui s’expriment ici, dans le sanctuaire du groupe. Chacun·e vient lesté·e de son histoire — qui réfugié·e, qui étudiant·e, qui retraité·e — et participe à la construction d’un récit contemporain d’une authentique mixité. La volonté commune de maîtriser l’idiome du pays hôte est supérieure à toute considération, et les emportements naissants sont vite apaisés par les modératrices et modérateurs du lieu, garants de la stricte neutralité de l’enclave. Documen

Continuer à lire

NakSooKhaw veut optimiser

Raggap | Après plusieurs expériences en groupe avec Full Faya et Art’maniak, le rappeur stéphanois Méca a commencé une carrière solo avec notamment un album (...)

Nicolas Bros | Jeudi 1 février 2018

NakSooKhaw veut optimiser

Après plusieurs expériences en groupe avec Full Faya et Art’maniak, le rappeur stéphanois Méca a commencé une carrière solo avec notamment un album sorti en 2013 et intitulé Le devoir nous appelle. Puis, l'envie de reprendre une aventure en groupe a été plus forte. Mais au-delà de seulement repartir de l'avant avec un groupe, Méca a décidé de faire bouger ses lignes artistiques. Voilà comment NakSooKhaw a vu le jour, mélangeant le flow hip-hop du chanteur aux rythmes reggae-dub d'un quatuor constitué par des musiciens issus de la scène stéphanoise (notamment des formations telles que Datune, Jah Gaïa ou Souls Sonics). Leur style ? Le "raggap". Rien de révolutionnaire ici mais des compositions de qualité qui s'apprécient à leur juste valeur. Produit par le célèbre Sam Clayton Jr., le premier album de la formation, intitulé Optimise, propose une vision d'ensemble de son univers, dans la même veine que les symboles Dub Inc. Si vous en doutiez, cet album vient confirmer que Saint-Étienne est définitivement une ville possédant une scène reggae et dub très active. NakSookhaw - Optimise [R'Pur Prod et Urban Conception] ; sortie le 9 février

Continuer à lire

"Sugarland" : Le sucre, notre poison quotidien

ECRANS | Pour prouver la nocivité du sucre, un Australien s’impose le régime moyen de ses compatriotes et observe les résultats sur son organisme. Une plongée terrifiante dans nos assiettes donnant envie de gourmander nos dirigeants. Sans aucune douceur.

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Après avoir découvert ce documentaire, le moindre hydrate de carbone d’extraction industrielle vous semblera plus pathogène qu’un virus Ebola fourré au cyanure ; même l’écoute d’un titre de Sixto Rodriguez vous incitera à tester votre glycémie à jeun et d’expier par précaution avec une heure de step. Sortant sur les écrans en pleine période de détox, Sugarland aura-t-il une influence sur le consommation des crêpes au sucre durant la Chandeleur d’ici moins de dix jours ? Peu de chances, en tout cas, de le voir programmé dans des salles vendant du pop-corn : il y a des limites au masochisme. Le réalisateur australien Damon Gameau, lui, l’est tout de même un brin. Suivant le principe de Supersize Me! (2004), il s’inflige devant la caméra pendant deux mois le régime “normal” d’un de ses compatriotes comptant 40 cuillers à café de sucres quotidiennes (!) Des sucres cachés, présents dans l’alimentation transformée en apparence saine et/ou bio, qu’il ingurgite donc sans même recourir à la junk food. Évidemment catastrophiques, les résultats sur son organisme révè

Continuer à lire

"A Ghost Story" : L’âme, nasse fantôme

ECRANS | Comme attaché à la maison où il a vécu ses derniers jours terrestres, le fantôme d’un homme attend quelque chose sans trop savoir quoi, imperméable au temps qui passe. Un Paranormal (in)activity dépouillé et sublimé, à l’intersection entre Gus van Sant et Stanley Kubrick.

Vincent Raymond | Mercredi 20 décembre 2017

Un homme et une femme paraissent filer le plus parfait amour dans leur belle maison. La mort brutale du premier change la donne, et pousse la seconde à quitter les lieux. Pourtant, le fantôme de l’homme persiste à hanter leur demeure commune, dans l’attente d’un hypothétique contact… Sur le papier, A Ghost Story tient de la chimère. Irréductible à un genre, irrespectueux des codes, ce film fantastique ET sentimental à l’ascétisme radical semble s’ingénier à se saborder : minimalisme assumé, refus des effets spéciaux attendus, recours à une représentation du fantôme plus que désuète, car usée jusqu’à la trame et risible — le vieux drap troué de deux orifices pour les yeux ! —, occultation totale du comédien principal pendant plus d’une heure (Casey Affleck, pourtant dernier récipiendaire de l’Oscar), quasi mutisme des personnages… Et pourtant. À force de clichés détournés, d’extrémisme narratif et de paris insensés, David Lowery atteint une étrangeté poétique fascinante. Melo-drap-ma Confiant l’instance narrative à

Continuer à lire

"12 jours" : Depardon psittasice

ECRANS | de Raymond Depardon (Fr., 1h27) documentaire…

Vincent Raymond | Mardi 28 novembre 2017

Film de demande plus que de commande, 12 jours répond à une invitation de tourner dans un établissement psychiatrique (en l’occurence, le Vinatier à Bron) avec des patients hospitalisés sans consentement lors de leur présentations devant un juge des libertés et de la détention — celle-ci devant se dérouler au plus tard 12 jours après leur première admission. S’ensuivent donc dix auditions, à la queue-leu-leu. Dix portraits entre détresse et absurde de la “folie” ordinaire, et surtout un épuisant sentiment de déja, déjà-vu. Car malgré tout le respect et toute l’estime que l’on porte à Depardon, force est de constater qu’il éprouve de moins en moins l’envie de sortir du cadre et des repères qu’il a jadis balisés. 12 jours transpose en effet de manière manière mécanique son dispositif de Délits flagrants ou de 10e chambre, instants d’audience dans un décor lui aussi familier pour le cinéaste, qui avait déjà arpenté avec San Clemente

Continuer à lire

L'École de la vie : Entre deux

ECRANS | de Maite Alberdi (Fr.-Chi-.P.-B., 1h32) documentaire…

Vincent Raymond | Mercredi 15 novembre 2017

L'École de la vie : Entre deux

La vie quotidienne dans une école chilienne spécialisée accueillant des adultes atteints du syndrome de Down (la Trisomie 21) : le travail à l’atelier gastronomie, l’amitié et les histoires de cœur minées par les décisions des tuteurs légaux… Maite Alberdi cadre les élèves serrés, dans une très grande proximité, à l’extrême limite parfois de l’intimité gênante (sans franchir la ligne jaune de l’obscénité), gardant parents et éducateurs dans un flou visuel volontaire. Ce dispositif tranché facilitant la focalisation sur ses héros — Rita, au régime, qui tente de soustraire du chocolat en cachette, Anita et Andrés désireux de se marier malgré l’opposition parentale…—, et permettant d’adopter plus aisément leur point de vue, est sans doute la meilleure idée de ce documentaire. L’École de la vie laisse en effet une impression mitigée, découlant pour partie des méthodes en apparence paradoxales de l’école. Certes, les élèves semblent disposer d’une liberté d’action complète et s’épanouir lorsqu’ils préparent de la pâtisserie, mais ils sont étrangement infantil

Continuer à lire

Éric Caravaca : « Pour être un bon réalisateur il faut être un peu pervers ; je ne le suis pas totalement »

ECRANS | Éric Caravaca a entrepris un parcours solitaire pour apaiser une douleur muette qui minait sa famille depuis un demi-siècle. Son documentaire raconte "Carré 35" cette démarche, et lui raconte son cheminement ?

Vincent Raymond | Mardi 31 octobre 2017

Éric Caravaca : « Pour être un bon réalisateur il faut être un peu pervers ; je ne le suis pas totalement »

Qu’est-ce qui vous a convaincu de démonter “la vérité” racontée par vos parents ? EC : C’est quelque chose qui s’imposait. Au départ, j’avais envie de redonner une existence à une enfant qui, au fond, était presque morte deux fois. Comment la réhabiliter ? Quand j’essayais d’en parler, je sentais que les choses et la parole se fermaient ; je sentais quelque chose de honteux. Et puis aussi, c’était un peu obsessionnel : quand on cache quelque chose à un enfant — même à un grand enfant, il a l’instinct de chercher. J’avais cette envie d’éclaircir, de déshumilier une mémoire, de réhabiliter une enfant. Et puis, surtout, j’ai commencé à questionner des gens parce qu’une tante — la sœur aînée de ma mère est mort. Puis son mari, ensuite une autre demie-sœur de ma mère qui avait fait un AVC avait perdu la parole. Quand j’ai vu que mon père allait lui aussi y passer, j’y suis allé en me disant si je ne le fais pas maintenant, je ne le ferai jamais. Comment expliquez-vous que votre mère, qui a elle-même souffer

Continuer à lire

"L’Assemblée" : Retiens la Nuit

ECRANS | de Mariana Otero (Fr., 1h39) Documentaire…

Vincent Raymond | Lundi 16 octobre 2017

Fin mars 2016. Le projet de Loi de réforme du Code du travail (dite Loi El Khomri) provoque l’inquiétude de nombreux salariés. À Paris, des citoyens occupent la place de la République où ils tiennent réunions et assemblée générales durant des semaines. C’est Nuit debout. Du crépuscule du soir à son petit matin bien blême, Marina Otero arrive à condenser l’utopie boiteuse de Nuit debout dans ce qu’elle a de sympathique, de spontané et de désorganisé. Même sans connaître l’issue du mouvement, on lit dans cette micro résurgence d’un mai-68 hivernal (plus diurne que nocturne) son inéluctable inaboutissement : l’agora de la place de la République semble pleine, mais bien vide du peuple authentique (combien d’ouvriers, de précaires réels, de pauvres ?). Et si faible face aux forces de l’ordre, qui dispersent gaz lacrymogènes et manifestants avec une redoutable efficacité. Vécu de l’intérieur, en sympathie avec les apprentis néo-démocrates de la place, L’Assemblée est un document pour mémoire ; la trace mélancolique de ce mois de mars d’une centaine de jours…

Continuer à lire

"Latifa, le cœur au combat" : Mère qui roule…

ECRANS | de Olivier Peyon & Cyril Brody, (Fr., 1h37), documentaire avec Latifa Ibn Ziaten…

Vincent Raymond | Mercredi 27 septembre 2017

Après l’assassinat de son fils par le terroriste Mohamed Merah, Latifa Ibn Ziaten a voulu dépasser la douleur : elle a donc converti son malheur en un combat contre la haine, sillonnant les routes à la rencontre d’une jeunesse à qui elle prêche la tolérance. Des causes justes n’inspirent pas forcément des films exempts de reproches. Ce documentaire, en voulant rendre hommage à Latifa Ibn Ziaten, met en évidence quelques aspects paradoxaux de sa démarche. Dédiant sa vie à son association (la confondant avec elle ?), Latifa est devenue une “icône” du dialogue, partout accueillie et célébrée. Si son deuil inspire le respect, il l’enferme aussi dans une position de victime appelant une compassion légitime et dont la parole ne peut jamais souffrir la moindre contradiction. Donc d’interlocutrice non qualifiée pour un réel dialogue, ni apte à déconstruire des argumentaires de jeunes radicalisés. Latifa porte en outre un message bien ambigu en arborant en permanence un foulard (alors que des photographies anciennes la montrent tête nue…) qu’elle justifie par son deuil ou le fait que l’é

Continuer à lire

"Une suite qui dérange : le temps de l'action" : La cause n’est toujours pas entendue

ECRANS | Dix ans après Une vérité qui dérange, le Prix Nobel de la Paix et ex vice-président étasunien Al Gore poursuit son combat en faveur de l’environnement, alors que l’actualité mêle COP21, cataclysmes climatiques et élection d’un climato-sceptique aux USA. On se bouge ?

Vincent Raymond | Mercredi 27 septembre 2017

Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. Les mots prononcés par Chirac durant le sommet de Johannesburg pourraient figurer dans chacun des one-Gore-show que Al le pèlerin promène de par le monde. Ces conférences — sortes de monologues nourris de Powerpoint, d’images sans cesse réactualisées de villes dévastées par des catastrophes météorologiques ; de diagrammes pour certains affolants (l’élévation de la température moyenne), pour d’autres encourageants (l’évolution de la production d’énergie renouvelable et l’abaissement de son coût) — servent une nouvelle fois de socle à ce documentaire. Reconverti prêcheur, l’ancien politicien se fait l’avocat médiatique de la planète, le témoin de ses hauts-le-cœur et, plus intéressant, lobbyiste au service de sa cause : il est montré comme ayant favorisé la ratification de l’Inde à l’accord de Paris. Dégagé de tout mandat, mais jouissant d’une aura et d’un capital sympathie considérables (que ce film, malin, contribue à accroître), Gore prouve que dans son cas ne plus gouverner, c’est agir et prévoir. Un film Gore Ne craignant jamais

Continuer à lire

"Le Maître est l'enfant" : Mauvais points

Documentaire | de & avec Alexandre Mourot (Fr., 1h30) documentaire avec également Anny Duperey, Christian Maréchal…

Vincent Raymond | Mercredi 27 septembre 2017

Jeune papa, Alexandre Mourot trouve que la société protège trop les tout-petits en bridant leur instinct d’apprentissage. Pensant avoir trouvé la panacée éducative dans la méthode Montessori, il s’immerge une année dans une classe adhérant à ce modèle pédagogique alternatif… Classe apaisée, encadrant à la voix douce bannissant le dirigisme, quasi absent pour que s’exprime la spontanéité de chaque enfant ; encourageant les approches expérimentales et l’entraide…Bien que tourné dans le Nord, ce film tient de l'image d’Épinal. Scandé d’extraits de textes théoriques de la pédagogue italienne ayant donné son nom à la “méthode”, s’il livre une image idyllique de l’enseignement, il tient davantage de la réclame que du documentaire impartial — puisque grandement financé par les écoles et leurs apôtres. Et si ce qu’il montre semble positif sur les enfants, ce qu’il tait (ou ce qu’il omet de préciser) est problématique : payantes, privées, hors contrat avec l’Éducation nationale, les Montesori ne sont pas des parangons de mixité sociale. Ces oublis, inconscients ou non, lui confèrent une o

Continuer à lire

"Laetitia" : Ring parade

ECRANS | de Julie Talon (Fr., 1h20) documentaire avec Laetitia Lambert…

Vincent Raymond | Mercredi 27 septembre 2017

Après avoir décroché la couronne mondiale de boxe thaïe, Laetitia Lambert peine à trouver des adversaires et ne combat plus. Plusieurs mois plus tard, lorsqu’elle se remet sérieusement à l’entrainement, elle doit presque repartir de zéro. Il faut souffrir pour rester au top. Très bonne surprise que ce documentaire sur ce sujet pourtant ô combien rebattu du·de la champion·ne repartant en conquête d’une gloire évanouie. Car au-delà de la conservation du titre, il est question du corps sous toutes ses coutures : de la condition physique (l’obsédante maîtrise du poids, la préparation toujours insuffisante) à l’apparence physique (ce qu’il faut montrer à l’adversaire, ce que l’on doit cacher de ses émotions). Discrètes et nécessaires, les incursions dans la vie privée de l’athlète contribuent à l’équilibre de ce film épique, où les enjeux sont davantage humains que sportifs : Laetitia gère l’économie domestique, élève son fils, manque des entraînements, se fait chapitrer par Jean-Marc son entraîneur, craque, persévère ; parle de sa féminité, ne s’épargne jamais. Il y a là une pureté et une sincérité sans commun

Continuer à lire

"Des rêves sans étoiles" : Prison de filles

ECRANS | de Mehrdad Oskouei (Irn., 1h16) documentaire…

Vincent Raymond | Mercredi 8 novembre 2017

Iran. Des jeunes femmes à la lisière de la majorité sont filmées dans leur quotidien de détenues d’un centre de “réhabilitation” pour mineures. Souvent en rupture de famille, certaines sont délinquantes, d’autres enceintes, voire mères ; toutes dans l’angoisse de leur sortie… Voilà un projet intéressant sur le papier, qui peine pourtant à aller au-delà de ses évidentes bonnes intentions. Notamment parce que le réalisateur parasite son propre film, en intégrant des interviews qu’il réalise, voix off, avec les détenues. De témoin, il devient acteur des événements ; il interagit avec ceux. À ces “tête-à-tête“ trop polis pour être honnêtes (ont-ils été répétés ? ont-ils été surveillés durant le tournage ?), on préfère les rares séquences d’imprévus, plus crues, montrant la détresse d’une gamine tétanisée par l’irruption de ses parents, ou une autre effondrée parce que sa grand-mère refuse de l’accueillir. Le cours d’instruction religieuse, abordant la question de l’égalité homme-femme, est aussi un grand moment.

Continuer à lire

Buena Vista Social Club : Adios : Leçons de son

ECRANS | de Lucy Walker (É.-U.-Cu., 1h50) documentaire avec Ibrahim Ferrer, Omara Portuondo, Manuel Mirabal… (26 juillet)

Vincent Raymond | Vendredi 11 août 2017

Buena Vista Social Club : Adios : Leçons de son

Vingt ans ou presque après le documentaire de Wenders, y avait-il encore des choses à apprendre sur le groupe d’octo- et nonagénaires cubains ? Étonnamment, oui. Réalisé à l’occasion de la tournée d’adieux du Buena Vista Social Club, ce film est davantage qu’une séquelle du précédent opus : il creuse aussi ses racines grâce à un luxe d’archives inédites. Si Lucy Walker opte pour la structure plus classique et une réalisation moins “virtuose” que son prédécesseur allemand, elle compense par un supplément de valeur informative et d’émotion : les maîtres du son dont elle établit le parcours médiatique (Ibrahim Ferrer, Compay Secundo, Rubén González…) avant leur entrée dans l’illustre orquesta sont désormais tous mort, exception faite de la vaillante Omara Portuondo. La cinéaste exhume par ailleurs des images (parfois tendues) de la conception de l’album de 1996, rendant au producteur Nick Gold des lauriers souvent indument tressés au seul bottlenecker Ry Cooder, qu’elle panache de moments forts de l’ultime tournée — tel un segment politique avec Barack O

Continuer à lire

Macadam Popcorn : Grandeurs et évolutions des petits commerces de cinéma

ECRANS | de Jean-Pierre Pozzi (Fr., 1h19) documentaire avec Mathieu Sapin…

Vincent Raymond | Mercredi 28 juin 2017

Macadam Popcorn : Grandeurs et évolutions des petits commerces de cinéma

Voici un documentaire qu’on voudrait aimer par principe ; autant pour son sujet que pour l’opiniâtreté de sa démarche et ses (modestes) tentatives formelles. Jean-Pierre Pozzi et son camarade le dessinateur Mathieu Sapin y écument la France des salles de cinéma alternatives, après le passage au “tout numérique”, et donnent la parole aux défenseurs acharnés de l’exception “art et essai” — ces propriétaires de salles maintenant coûte que coûte leurs écrans dans le paysage. Scandé de trop rares séquences animées, ce road movie leur a pris des mois, voire des années. Hélas, une partie de leur énergie s’est diluée au fil du temps, et le film s’en ressent : on devine à sa réalisation bancale, à son montage façon coq-à-l’âne et à l’absence hurlante de continuité que les protagonistes (au jeu merveilleusement approximatif) ont dû caler les sessions de tournage au gré de leurs disponibilités. Cette forme inachevée, parasitant un fond édifiant (notamment les témoignages d’intervenants pittoresques, aventureux et sympas — clin d’œil au vaillant CinéDuchère) montre les limites d’un cinéma militant privilégiant les inte

Continuer à lire

Le regard sur la maladie

Soirée spéciale | Le cancer est une maladie devenue malheureusement commune dans nos vies. Qui n'a pas été touché de près ou de loin par ce fléau ? Les œuvres qui traitent de ce dernier peuvent vite tomber dans le pathos. Une soirée spéciale proposée en avril proposera une autre approche avec deux films aux caractères singuliers : "Cléo de 5 à 7" d'Agnès Varda et "Maladie Nocturne" de Mickaël Gauthier.

Nicolas Bros | Mercredi 5 avril 2017

Le regard sur la maladie

Au fil du temps, le cancer est malheureusement plus synonyme de maladie que de signe astrologique... Le regard que l'on porte sur lui a quelque peu évolué, il est clairement entré dans de nombreux foyers, a bousculé de nombreuses familles et personnes en leur sein. Le combat contre ce foutu "crabe" n'est pas fini. Mais ce n'est pas pour autant qu'il est temps de se laisser aller. Au contraire le questionnement, le partage, l'ouverture sont des points qui doivent permettre d'avancer dans le combat permanent contre cet ennemi si difficilement palpable. Parmi les multiples initiatives qui existent, l'art permet de faire des focus sur des points essentiels et pourtant trop souvent oubliés dans la situation des malades. Deux œuvres pour interpeller Le regard empreint de peur que l’autre pose encore trop souvent sur un malade est lourd de conséquences. Comment peut-on le modifier ? Comment maintenir les liens qui se distendent parfois au fil des traitements ? Comment se retrouver quand on a l’impression que tout a changé : soi, l’autre, le temps, la vision de la vie ? C'est l'ensemble de ces questions qu'abordent deux magnifiques films proposés en visionnage lors

Continuer à lire

Le regard sur la maladie

Court métrage | Peut-on concilier cancer et désir ? C'est la question qu'a souhaité traiter le réalisateur Michaël Gauthier dans le court-métrage Maladie Nocturne, tourné à (...)

Nicolas Bros | Jeudi 2 mars 2017

Le regard sur la maladie

Peut-on concilier cancer et désir ? C'est la question qu'a souhaité traiter le réalisateur Michaël Gauthier dans le court-métrage Maladie Nocturne, tourné à proximité de Saint-Étienne. Psychiatre de métier, il a eu l'occasion d'accompagner des malades et a décidé de travailler un film autour de la question de leur désir et du regard de l'autre sur eux. « J’ai accompagné des personnes atteintes du cancer, explique le réalisateur. Je les ai vues évoluer physiquement et moralement, j'ai vu le regard de leurs proches changer. Considérées comme des malades, elles se retrouvent alors prisonniers du statut qu’on leur attribue. Est-il normal de ressentir du désir quand on a un cancer ? De se sentir désiré ? » Avant d'être projeté publiquement au Méliès Saint-François lors d'une soirée spéciale offerte par La Ligue contre le Cancer - Comité de la Loire, qui a co-financé le projet, le film fait un appel aux dons pour boucler son budget. Ca se passe juste ici. Soirée spéciale 50 ans

Continuer à lire

Trashed : Le plastique, c’est satanique

ECRANS | Jeremy Irons nous guide à travers le monde des déchets gouverné par de belles saloperies : dioxines et plastiques — des polluants ubiquistes impossibles à recycler, résidus de la révolution industrielle et des Trente glorieuses. Un documentaire aussi édifiant qu’effrayant.

Vincent Raymond | Mercredi 16 novembre 2016

Trashed : Le plastique, c’est satanique

Fin octobre, le WWF publiait une étude révélant l’extinction de 50% des espèces de vertébrés durant les quarante dernières années. À qui la faute ? Trashed délivre davantage qu’une ébauche de réponse à ce cataclysme supérieur à tous les accidents géologiques passés, en accumulant des strates d’informations. Pour certaines collectées au grand jour ; pour d’autres ramassées dans la fange putride de nos poubelles. Lesquelles, sous nos yeux obstinément aveugles, ont gagné notre espace vital. Elles gagneront tout court, si l’on n’y prend garde. Ordures ! Sur le front environnemental, d’aucun(e)s pensent qu’il est plus productif pour la cause d’encenser en sautillant benoîtement un chapelet de micro-initiatives positives, en prenant grand soin d’éviter de s’attarder sur la situation actuelle, décidément trop anxiogène. Une étrange forme de méthode Coué consistant à consentir un traitement, sans accepter de reconnaître la maladie — tout à fait en phase avec notre époque de l’aseptisé triomphant. Ici, Jeremy Irons ne fait pas de cœurs avec les doigts, ni n’étreint ses interlocuteurs sur fond chill-out. Pas plus qu’il ne déverse un discours ruissel

Continuer à lire

Les Habitants : un Depardon décevant

ECRANS | Raymond Depardon déplace un studio-caravane sur les routes de France, invitant les badauds à poursuivre devant sa caméra la discussion qu’ils tenaient sur (...)

Vincent Raymond | Mercredi 27 avril 2016

Les Habitants : un Depardon décevant

Raymond Depardon déplace un studio-caravane sur les routes de France, invitant les badauds à poursuivre devant sa caméra la discussion qu’ils tenaient sur le trottoir. Le cadre, fixe, est partout identique, mais les propos (re)tenus très inégaux : l’on passe ainsi de la philosophie de comptoir à quelques (trop rares) considérations constructives. Comme si Depardon avait manqué de matière utile dans ses rushes, et s’était cru obligé de conserver des séquences d’habitants mal à l’aise devant l’objectif, ressassant artificiellement leur conversation, ou meublant le vide par des rires gênés (voir le joli couple évoquant sa prochaine union). Le dispositif rappelle Délits flagrants, mais en moins intense du fait de son montage plus lâche. Il ressemble surtout à une sorte de face B (ou de bonus DVD grand format) du remarquable Journal de France (2012), portrait itinérant de l’Hexagone à travers ses paysages et quelques témoignages saisis sur le motif. La déception se situe donc à la mesure de l’attente. Doit-on la tempérer en affirmant que les Français n’ont, en réalité pas grand-chose à dire et que Depardon a fidèlement restitué leurs pensées ? Év

Continuer à lire

Marion Stalens : « Tous les artistes ont en eux une part de folie »

SCENES | Après avoir été marraine de la 5ème édition du festival DesArts//DesCinés, la réalisatrice Marion Stalens, sœur de Juliette Binoche, revient à Saint-Étienne afin de présenter deux de ses documentaires : "Les acteurs singuliers" et "L'actrice et le danseur". Ces films sont des œuvres marquantes de sa filmographie tournant principalement autour de la thématique de la relation à l'autre. Une question plus que jamais d'actualité... Propos recueillis par Nicolas Bros.

Nicolas Bros | Mercredi 3 février 2016

Marion Stalens : « Tous les artistes ont en eux une part de folie »

Vous allez présenté deux films lors de votre venue à Saint-Étienne : Les acteurs singuliers et L'actrice et le danseur. Concernant le premier, vous vous êtes rapprochés d'acteurs handicapés pour réaliser ce documentaire ? J'ai suivi pendant quelques mois une troupe de comédiens en situation de handicap psychique, c'est-à-dire des autistes, des schizophrènes, des gens ayant des pathologies de type trisomie... Ce sont tous des comédiens professionnels avec un réel talent, des artistes à part entière. Ce qui était passionnant, c'était de voir à quel point ils sont bons acteurs mais également, et surtout, de pouvoir capter leurs personnalités. Même si la maladie est présente, on peut sentir une parenté avec eux, puisque nous avons tous des failles même en étant « bien portants ». Nous avons tourné pendant six mois. Je les ai suivis dans le montage d'un spectacle d'après des poèmes d'Henri Michaud. Ils rendent la poésie accessible et vivante, une poésie qui nous bouleverse. Parallèlement, l'acteur et metteur en scène Olivier Brunhes les a fait parler à partir d'écrits que les comédiens ont eux-mêmes r

Continuer à lire

Insomniaque octobre 2015

MUSIQUES | 05 et 07.10.15 CinéMix Mineurs de Sons avec Charlotte Gravillon + Losless Dans le cadre de son Master Administration et Gestion de la Musique à (...)

Nicolas Bros | Mardi 29 septembre 2015

Insomniaque octobre 2015

05 et 07.10.15 CinéMix Mineurs de Sons avec Charlotte Gravillon + Losless Dans le cadre de son Master Administration et Gestion de la Musique à l'Université Jean Monnet, la jeune Charlotte Gravillon a eu une idée étonnante : travailler avec le duo de house progressive stéphanois Losless (dont on vous déjà pas mal parler au PB) afin de créer un projet inédit mêlant vidéo d’archives de mineurs et musique électronique. Le résultat est un ciné-mix permettant de voir la mine autrement que par le prisme muséal seulement. Une idée à saluer pour son originalité. À la Maison de l’Université, le 05/10 à 19h30. À la Cinémathèque de Saint-Etienne, le 07/10 à 20h. 09.10.15 Leonard de Leonard [+Mathieu Besset + Pierre G. Desenfant +...] Dans le monde des Léonard, vous trouverez l'ingénieux Vinci, le chanteur dévoué au plaisir Herbert ou encore le roi de la permanente de la reine Marie-Antoinette - le coiffeur Léonard. Mais il y a également

Continuer à lire

Iron Man 3

ECRANS | Ce troisième volet des aventures de Tony Stark n’est pas à la hauteur des deux précédents, et l’arrivée de Shane Black derrière la caméra s’avère plutôt contre-productive, partagé entre retrouver son mauvais esprit années 80 et s’inscrire dans une ligne post-Avengers. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 25 avril 2013

Iron Man 3

Les deux premiers Iron Man avaient séduit par leur sens du contre-courant : à une époque où les super-héros au cinéma se devaient d’avoir une névrose intime et où le réalisme à la Nolan commençait à faire école, Jon Favreau, pourtant pas le cinéaste le plus fin de la terre, avait fait de Tony Stark un homme sans états d’âme, déconneur et flambeur, œuvrant pour la bonne cause comme un industriel exploiterait un marché juteux. Surtout, Iron Man se confondait avec son acteur, Robert Downey Jr, dont le débit mitraillette et la décontraction affichée avaient dans le fond plus de poids que la lourde armure qui le transformait en justicier. Une sorte de héros cool et pop dont ce troisième volet ne sait plus tellement quoi faire… Shane Black, scénariste culte dans les années 80 et 90, réputé pour son esprit badass et ses vannes provocatrices, par ailleurs auteur d’une très bonne comédie policière déjà avec Downey Jr, Kiss Kiss Bang Bang, a été appelé à la rescousse de la franchise, et se retrouve avec un fardeau à porter : faire le premier film de super-héros Marvel p

Continuer à lire