"Climax" : Redrum on the dance floor

Rouge qui tache | Le réveillon d’un corps de ballet vire inexplicablement en orgie hallucinatoire et sanglante, rythmée par le tempo du DJ. Après Love, Gaspar Noé signe un nouveau film de beat ; un cocktail de survival et de transe écarlate soignant au passage la télé-réalité à la sangria arrangée.

Vincent Raymond | Mardi 4 septembre 2018

Photo : © DR


Chorégraphe, Selva a réuni une équipe internationale de danseurs pour son nouveau projet qu'elle achève de répéter dans une salle isolée. Après un ultime filage, la troupe s'octroie un réveillon festif sur la piste, s'enivrant de musique et de sangria. Mais après quelques verres, les convives se mettent à vriller sérieusement. Qu'y avait-il donc dans cette satanée sangria ?

On achève bien les chevaux, Orange mécanique, La Mort en direct et Chorus Line (à sniffer) sont sur un parquet. Et c'est Gaspar Noé qui mène le bal, imprimant son rythme de contredanse dès une brève ouverture proleptique annonçant la boucherie finale, sur fond de générique (grandiose) à rebours. Comme un shoot de futur pour amplifier par l'excitation de l'attente l'effet obtenu par la désagrégation progressive de la mécanique artistique la plus disciplinée qui soit : une chorégraphie. Sauf que celle-ci se déroulant durant un réveillon — point d'orgue dionysiaque de tous les paganismes — est vouée à la dilacération.

Piste rouge

S'il n'y a paradoxalement rien de nouveau dans le propos du cinéaste — qui ressasse à l'envi son axiome « le temps détruit tout », fixe sur l'incarnat de l'écran ses effets délétères, accélérés et divergés par l'usage de stimulants ou de psychotropes ; s'offre le luxe, par le privilège du montage, d'en chambouler la continuité et scande ses images de sentences —, son chapitrage interroge la narration en valsant de l'extérieur objectif à l'intérieur subjectif de l'infernale soirée. De l'après (la résultante)/avant (le visionnement du casting des danseurs, formidable ellipse singeant les confessionnaux de télé-réalité) au temps réel du drame, “moment“ de vérité constituant le climax. Cette incandescence où les pires tabous sont franchis.

Inutile de gloser sur la virtuosité des séquences et l'immersion qu'elles permettent dans le désordre épouvanté d'une troupe sous LSD ; pas besoin ici de lunettes 3D pour mesurer les hauts et les bas : le ressenti est physique, psychologique, organique, orgasmique, émétique, grâce aux conjugaisons acrobatiques du cadre et des interprètes. Et même s'il fait l'impasse sur Sophie Ellis-Bextor, trop tardive pour être intégrée à la B.O. se limitant au mitan des années 1990, ce Climax bourré de Bangalter, Cerrone, Soft Cell et consorts va laisser des traînées ainsi que, naturellement, des tracks…

Climax de Gaspar Noé (Fr., 1h35) avec Sofia Boutella, Romain Guillermic, Souheila Yacoub … (19 septembre)

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