Cinéma : Quoi de 2019 ?

ECRANS | Entre certitudes et hypothèses, sorties annoncées et tournages en cours, le premier semestre 2019 s’achevant peu ou prou avec Cannes recèle son content de promesses…

Vincent Raymond | Mercredi 9 janvier 2019

Photo : ©eOne Germany


Évidemment, on ne prétendra pas à l'exhaustivité dans ce petit panorama de début d'année : bon nombre de films hésitent encore entre entre Berlin, Cannes ou Venise pour trouver leur place définitive dans le calendrier ; d'autres se passeront des grandes places festivalières ou seront boudées par icelles — ce qui n'ôtera rien à leurs qualités intrinsèques. Bref, tout reste encore à construire et c'est ce qui rend l'année débutante aussi surprenante qu'excitante. Pour autant, on peut déjà cocher quelques dates.

Le 23 janvier, Clint Eastwood sera (enfin) doublement de retour, devant et derrière la caméra, pour La Mule racontant les déboires d'un retraité convoyant de la drogue. Il nous doit un bon film depuis longtemps. Le même jour, Peter Farrelly sortira en solo Green Book : Sur les routes du sud narrant la tournée dans le Sud d'avant les droits civiques d'un pianiste noir homosexuel escorté par chauffeur prompt à la riposte, l'excellent Viggo Mortensen. Son éternel challenger à l'Oscar, le transformiste Christian Bale concourra pour Vice de Adam McKay (Anchorman), biopic de l'abominable Dick Cheney (13 février). Restons dans le trouble pour Grâce à Dieu, évocation d'affaires de pédophilie ayant touché l'épiscopat lyonnais (des affaires judiciaires sont en cours), où François Ozon dirige Melvil Poupaud, Denis Ménochet et Swann Arlaud (20 février). Longtemps annoncé avec Jessica Chastain, Ma vie avec John F. Donovan, le film “hollywoodien“ de Xavier Dolan sortira le 13 mars avec Kit Harington, Jacob Tremblay et Kathy Bates. Il sera au moins autant scruté que le nouveau László Nemes (Le Fils de Saul), Sunset, une fresque historique prévue le 20 mars. Suivra C'est ça l'amour de Claire Burger avec Bouli Lanners en papa solo, triplement récompensé au récent festival des Arcs. Très remarqué à Cannes l'an dernier, Les Oiseaux de passage (10 avril) de Cristina Gallego & Ciro Guerra (L'Étreinte du serpent) raconte un trafic de drogue réglé par des familles et ethnies colombiennes, à l'aube des années 1970. Le Parrain, en version sud-américaine. Enfin, on guettera, Ad Astra une épopée de science-fiction par James Gray avec Brad Pitt et Tommy Lee Jones, calée pile pour Cannes (22 mai). Il n'y a pas de hasard…

Suites, remakes et cie…

Espérés (ou pas), les films suivant s'inscrivent dans la foulée de succès (publics) passés. Tim Burton poursuit, après Alice au pays des Merveilles sa collaboration live-action avec Disney pour un Dumbo forcément sombre, avec Colin Farrell, Danny DeVito et Eva Green (27 mars). Guillaume Canet réunit ses petits mouchoirs pour Nous finirons ensemble (1er mai). Côté Marvel, on note le débarquement de Captain Marvel de Anna Boden et Ryan Fleck (6 mars), Avengers: Endgame de Joe & Anthony Russo (24 avril) et X-Men: Dark Phoenix de Simon Kinberg (5 juin) — pour commencer. Enfin, la Fête du Cinéma verra le retour de Woody et Buzz pour Toy Story 4 de Josh Cooley (26 juin). Heureux ?

Fin de tournages…

Parce qu'ils sont partiellement ou totalement mis en boîte au moment où l'on écrit ces lignes, les films suivants pourraient bien montrer le bout de leur DCP sur la Croisette. Quitte à sortir à l'automne. On s'attend ainsi à découvrir The French Dispatch de Wes Anderson, tourné à Angoulême avec Bill Murray, Frances McDormand, Timothée Chalamet et Léa Seydoux. Laquelle partagera aussi l'affiche de Roubaix, une lumière avec Sara Forestier, Roschdy Zem et Antoine Reinartz sous la direction d'Arnaud Desplechin. Encore jamais retenue en compétition, Anne Fontaine pourrait décrocher son ticket avec sa transposition érotico-contemporaine de Blanche-Neige, avec Lou de Laâge et Isabelle Huppert (tournée à Lyon). Et rejoindre quelques probables habitué·es : Céline Sciamma et son Portrait de la jeune fille en feu où brillera Adèle Heanel, Guillaume Nicloux pour C'est extra (et son duo Depardieu-Houellebecq en thalassothérapie), voire Polanski et sa lecture de L'Affaire Dreyfus, J'accuse, avec Louis Garrel et Jean Dujardin daté au 4 décembre. Sans oublier Kore-eda, qui a tourné à Paris La Vérité (…) avec Deneuve, Binoche, et Ethan Hawke. Se pourrait-il qu'il conquière la Palme deux années de suite ?

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Viggo Mortensen : « C’est le boulot de chaque génération de lutter contre la discrimination »

Green Book : sur les routes du sud | Poète, peintre, photographe, polyglotte, supporter du San Lorenzo de Almagro, Viggo Mortensen est aussi un comédien rare, réservant ses participations à des films porteurs de fortes valeurs artistiques et/ou humaines. Conversation, en français dans le texte.

Vincent Raymond | Mercredi 23 janvier 2019

Viggo Mortensen : « C’est le boulot de chaque génération de lutter contre la discrimination »

Connaissiez-vous avant de tourner ce film l’existence du Green Book, ce “guide“ recensant tous les lieux spécifiquement destinés aux voyageurs de couleur dans les États ségrégationnistes ? Et Don Shirley ? VM : Je ne l’avais pas lu avant de commencer la préparation du personnage, mais j’avais un livre pour les enfants, Ruth and the Green Book, racontant l’histoire d’une petite fille de Chicago qui voyage pendant les années 1950 avec ses parents au sud en Alabama, je crois, et qui voit que ses parents lisent ce livre. Elle ne comprend pas pourquoi ils ne peuvent pas rester ici ou là. C’est intéressant parce que cela raconte l’humiliation quotidienne. Quant à Don Shirley, je ne connaissais que deux chansons, dont Water Boy, mais pas sa vie. Il me fait un peu penser penser à Zora Neale Hurston, une écrivaine très talentueuse des années 1930-1940, oubliée jusqu’aux années 1990. Mais grâce à Alice Walker et d’autres qui ont parlé et écrit sur elle et ses œuvres comme Their Eyes Were Watching God, son travail est depuis reconnu. J’espère que Don Shirle

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Biopic | Un dur à cuire devient le garde du corps d’un pianiste noir gay en tournée dans les états du Sud d’avant les droits civiques. Version alternative de Ebony and Ivory, cette traversée de l’Amérique profonde (et saignante) rappelle qu’on ne saurait compter sans Viggo Mortensen.

Vincent Raymond | Mercredi 9 janvier 2019

New York, 1962. Videur temporairement au chômage, l’Italo-américain Tony Lip est recruté comme chauffeur par le Dr Shirley, un pianiste noir homosexuel sur le point d’entreprendre une tournée dans le Sud ségrégationniste. Tony s’avère en effet idéal pour “régler“ tout type de problème… Ayons d’entrée une pensée pour Peter Farelly qui risque de subir ce que dégustent tous les interprètes de comédie opérant la bascule vers un registre dramatique — transmutation connue en France sous le nom de “syndrome Tchao Pantin“ — : l’étonnement émerveillé le disputera à l’incrédulité. Gageons même qu’une poignée de sot·tes ira jusqu’à évoquer un hypothétique besoin de respectabilité du cinéaste, une quelconque (œuvre de) maturité, entre autres fadaises, renvoyant comme d’habitude ses précédentes œuvres à une sous-culture indigne. Alors qu’elles participent, par la charge, de l’étude sociologique de l’Amérique contemporaine — y compris le trop mésestimé My Movie Project (2013), auquel le temps rendra justice. Voyage dans le temps

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