"Les Hirondelles de Kaboul" : Cachée

ECRANS | De Zabou Breitman & Eléa Gobbé-Mévellec (Fr., 1h33) avec les voix de Simon Abkarian, Zita Hanrot, Swan Arlaud…

Vincent Raymond | Mercredi 4 septembre 2019

Photo : ©Memento films distribution


Dans l'Afghanistan asservi par les talibans, le jeune couple formé par Mohsen et Zunaira tente de résister à la terreur quotidienne. Mais lors d'une dispute, la belle Zunaira tue par accident son amant. Elle est aussitôt incarcérée sous la garde du vieux Atiq, en attendant d'être exécutée…

À l'instar de Parvana, autre film d'animation renvoyant à l'Afghanistan des années de fer et de sang — hélas pas si lointaines — cette transposition du roman de Yasmina Khadra raconte plusieurs mises à mort, symboliques et réelles, consécutives à la prise du pouvoir par les talibans et à leur doctrine fondamentaliste. Certes, les autrices Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec prennent quelques libertés avec le texte initial pour “sauver“ un personnage, en lui octroyant ici des scrupules qu'il n'a pas à l'origine, mais elles ne dévoient pas globalement le sens de ce conte moral au finale aussi marquant symboliquement que visuellement.

Le choix de l'animation trouve ici toute sa légitimité : le trait discontinu enrobe les questions politico-religieuses dans une forme élégante et réaliste — sans l'être trop toutefois — ; quant à la douceur aquarellée des couleurs, elle tempère à bon escient la rudesse du propos, en suggérant

le sentiment diffus d'effacement, d'abrasion, frappant le pays.

Un mot pour finir sur les voix. Si l'on retrouve à la distribution sans surprise aucun Simon Abkarian (l'incontournable passe-partout moyen-oriental), on est en revanche peu habitué à reconnaître dans les personnages les traits physiques des comédiens qui les interprètent (Swan Arlaud, Zita Hanrot…) Un tel privilège est ordinairement réservé aux productions anglo-saxonnes.


Les hirondelles de Kaboul

De Zabou Breitman, Eléa Gobbé-Mévellec (2019, Fr, 1h20) avec Simon Abkarian, Zita Hanrot... Été 1998, Kaboul en ruines est occupée par les talibans. Mohsen et Zunaira sont jeunes, ils s’aiment profondément. En dépit de la violence et de la misère quotidienne, ils veulent croire en l’avenir. Un geste insensé de Mohsen va faire basculer leurs vies.
UGC Astoria 31 cours Vitton Lyon 6e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"L'Audition" : Partitions

ECRANS | De Ina Weisse (All.-Fr., 1h35) avec Nina Hoss, Simon Abkarian, Serafin Gilles Mishiev…

Vincent Raymond | Mardi 5 novembre 2019

Au quotidien, Anna est l’incertitude faite femme. Mais tous au Conservatoire reconnaissent sa rigueur de professeure de violon. Alors, lorsqu’elle repère Alexander en audition, on lui laisse carte blanche. Se doute-elle que le préparer aux concours va chambouler jusqu’à sa vie familiale ? En apparence cousu de fil blanc — ou plutôt de ce noir épais tissant l’étoffe des drames —, ce portrait d’une femme entre deux âges, entre deux hommes, entre deux vies et finalement entre deux enfants, captive par son habileté à déjouer les clichés. Ina Weisse ne s’abandonne jamais à la facilité, ni à une démonstrativité superflue : il suffit de quelques plans, d’une poignées de mots et de regards pour mesurer les relations troubles entre Anna et son père… et comprendre l’origine probable de son exigence disproportionnée comme de son instabilité. Mais L’Audition est aussi un film sur le désir artistique maladif et la jalousie : accordant une attention toute maternelle à Alexander — avant d’être obsessionnelle —, Anna en néglige son propre fils Jonas, violoniste lui aussi. Un fils auquel, de surcroît, elle n’enseigne pas son art. La tension psycholo

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24 révoltes par seconde

Panorama ciné rentrée/septembre | Peu importe qu’il soit passé au tout numérique : lorsqu’il s’agit des colères du mondes, le 7e Art retrousse ses babines et retrouve les bobines. Au moins de celles et ceux qui les incarnent…

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

24 révoltes par seconde

Le feuilleton de l’été ne se suivait pas sur les petits écrans (la saga estivale made in TF1, c’est tellement 1987), ni sur les tablettes (la saison 7 de Orange is the new black qui se fait la malle des serveurs de Netflix France, ce fail trop beau pour être vrai), mais dans les coulisses du cinéma hexagonal dont la plupart des représentants (membres de la SRF, étudiants de la Femis, indépendants…) ont accueilli avec des piques l’éventualité d’une nomination du producteur Dominique Boutonnat à la tête du CNC, l’instance suprême de la profession. Pas uniquement parce que celui-ci figurait parmi les premiers à avoir abondé au comité de soutien du candidat Macron (encore que…) ; plutôt pour le rapport que la Ministère de la Culture lui avait commandé, dans lequel il préconisait le financement privé du cinéma et de l’audiovisuel. Ni la mobilisatio

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Maréchal, la-voilà

Théâtre | Zabou Breitman est à l’affiche de La Compagnie des Spectres, pièce qu’elle a elle-même adaptée du roman de Lydie Salvayre, dont elle signe la mise en scène et tous les rôles. Une prouesse.

Cerise Rochet | Mercredi 31 octobre 2018

Maréchal, la-voilà

« Un appel du texte à le jouer ». La Compagnie des Spectres, c’est l’histoire d’une mère et de sa fille qui vivent recluses dans un petit appartement. La première, Rose, habite simultanément le présent et le passé. Les peurs et la révolte de la guerre, la mort de son frère adoré tué en 1943 par deux miliciens analphabètes, en même temps que son petit deux pièces de Créteil et son existence miséreuse. La seconde, Louisiane, est elle-même vampirisée par les souvenirs de sa mère, craint les hommes et s’empiffre de feuilletons télévisés à l’eau de rose. Lorsqu’un huissier de justice chargé de procéder à l’inventaire de leurs biens avant saisie débarque dans leurs vies, il ravive sans le vouloir les affreux souvenirs du passé, devenant bien malgré lui l’interlocuteur de deux femmes hantées par les spectres de l’Histoire. Lorsqu’elle tombe sur le bouquin de Lydie Salvayre au début des années 2000, Zabou Breitman « le dévore » littéralement : « Tout de suite, j’ai eu envie d’en faire une adaptation théâtrale, parce qu’il s’agit d’un roman qui se situe pile poil à l’endroit de la scène, il y a toujours un "je" quelque part », raconte la prin

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Patricia Mazuy : « Il faut garder John Cale sur les rails sans l’empêcher de partir ailleurs »

"Paul Sanchez est revenu !" | Avec sa franchise bienvenue, la trop rare réalisatrice de Saint-Cyr ou Sport de filles évoque la conception de son thriller et tout particulièrement sa troisième collaboration avec l’ancien du Velvet Underground, compositeur de la bande originale de Paul Sanchez est revenu !

Vincent Raymond | Mercredi 5 septembre 2018

Patricia Mazuy : « Il faut garder John Cale sur les rails sans l’empêcher de partir ailleurs »

Est-ce l’affaire Dupont de Ligonnès en particulier qui vous a inspirée ? PM : Je me suis surtout intéressée à une boulimie de Faites en entrer l’accusé : dans quel état cela nous met quand on s’abandonne dans les faits divers les plus morbides qui soient ? On est content de se coucher après en se disant « c’est pas nous ! ». Ce qui est rigolo au cinéma, c’est que l’on pousse les choses à l’extrême, on va plus loin que dans le réel — le film n’est pas du tout naturaliste. C’était bien de travailler cette matière-là. Le film est très ancré dans le Var. Or peu de personnages, notamment parmi les gendarmes, ont l’accent du midi. Cela est-il voulu ? Absolument. Parce que les gendarmes sont souvent mutés, il fallait qu’on retrouve cela — seuls deux ou trois ont l’accent. Et je ne voulais pas tomber dans le syndrome Gendarme de Saint-Tropez : on serait parti sur une autre piste, et on était certain de ne pa

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"Paul Sanchez est revenu !" : Identification d’un homme

Policier | de Patricia Mazuy (Fr., 1h51) avec Laurent Lafitte, Zita Hanrot, Idir Chender…

Vincent Raymond | Mercredi 5 septembre 2018

Aux Arcs-sur-Argens, la gendarmerie a été informée qu’un meurtrier recherché depuis dix ans, Paul Sanchez, a été identifié dans un train. Volontariste, mais souvent gaffeuse, la jeune Marion se lance sur ce dossier dédaignée par ses collègues militaires. Et si elle avait raison d’y croire ? Cinéaste rare faisant parfois des incursions bienvenues devant la caméra (son tempérament pince-sans-rire y est hélas sous-exploité), Patricia Mazuy a toujours su animer des caractères atypiques, et tout particulièrement des francs-tireuses imposant leur loi à l’intérieur de cadres pourtant rigides : Peaux de vaches, Saint-Cyr ou Sport de filles étaient ainsi portés par des battantes qui, si elle n’étaient guère victorieuses, infléchissaient les règles. Marion la gendarme est du même bois, ce qui ne l’exonère pas d’une certaine maladresse la rendant plus attachante et réaliste. Dans ce thriller en forme de chasse à l’homme, davantage que la menace c’est l’omniprésence de la fragilité qui transparaît : la gendarmerie enregistre son lo

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La Fête est finie : Paire et manque

ECRANS | de Marie Garel-Weiss (Fr., 1h33) avec Zita Hanrot, Clémence Boisnard, Michel Muller…

Vincent Raymond | Mercredi 28 février 2018

La Fête est finie : Paire et manque

La cure de désintox’, c’est l’ultime chance pour Sihem et Céleste, deux jeunes femmes ayant déjà trop usé (et abusé) des psychotropes. Chacune a besoin de soutien, chacune trouve dans l’autre l’appui nécessaire, surtout quand après une bêtise de trop, elle se font renvoyer du centre… Deux boiteuses peuvent-elles réapprendre marcher droit en se reposant l’une sur l’autre ? Grandement inspiré du propre parcours de la réalisatrice (qui n’en fait pas mystère) La Fête est finie semble vouloir le démontrer par l’image, en détaillant la lente expulsion de la béquille chimique, les immanquables chutes et les douleurs qu’elles provoquent. Si fête il y eut jadis, elle fut illusoire et fort brève. Par son approche réaliste, et la nature complexe du lien de dépendance mutuelle unissant les héroïnes, ce premier film rappelle à bien des égards le destin cabossé des comparses en galère dans La Vie rêvée des anges (1998), tiraillées entre phases de complicité absolue et rivalité forcenée. Marie Garel-Weiss creuse leur toxicomanie jusqu’à l’ori

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Je compte sur vous

ECRANS | Pourquoi les artistes, et tout particulièrement les comédiens, éprouvent-ils une telle attirance pour les escrocs ? Sans doute parce qu’ils reconnaissent en (...)

Vincent Raymond | Mercredi 23 décembre 2015

Je compte sur vous

Pourquoi les artistes, et tout particulièrement les comédiens, éprouvent-ils une telle attirance pour les escrocs ? Sans doute parce qu’ils reconnaissent en eux des doubles inversés, des alter ego tombés du mauvais côté de la loi ou de la morale, puisqu’ils usent de leurs talents à des fins exclusivement crapuleuses. Pascal Elbé ne fait pas exception, fasciné qu’il a été par la "carrière" de Gilbert Chikli, inventeur d’une méthode d’extorsion douce reposant sur la séduction vocale. En jouant de son autorité et de son charisme au téléphone, mais également en décryptant le profil psychologique de ses victimes (et leurs éventuelles fragilités), le détrousseur les convainc qu’il est habilité à exiger d’elles un transfert de fonds. Après enquête, Elbé a rencontré Chikli ; il s’est inspiré de ce mythomane toxique pour composer son scénario… avant de bien vite s’en éloigner. Osera-t-on dire qu’il signe un polar "honnête", à défaut d’être flamboyant ? "Son" Gilbert a trop de circonstances atténuantes : l’origine de sa malhonnêteté est imputée à sa mère, elle-même indélicate ; il est inconséquent, joueur et quelque part victime de malfrats plus puissants. Et

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The Cut

ECRANS | Fatih Akin passe à côté de son évocation du génocide arménien, transformée en mélodrame académique sans souffle ni ampleur, comme si le cinéaste avait été paralysé par l’enjeu. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2015

The Cut

Devant les premières séquences de The Cut, avec sa reconstitution si proprette qu’elle paraît totalement factice et ses images désespérément mièvres de bonheur familial édifiant avec un Tahar Rahim peu crédible en forgeron arménien murmurant des paroles sucrées à sa femme et ses filles, on se pince un peu. Est-ce bien Fatih Akin, le cinéaste rock’n’roll de Head on ou celui, à l’humanisme rugueux de De l’autre côté, derrière la caméra ? Cette introduction semble au contraire singer un cinéma hollywoodien impersonnel qui s’emparerait d’un grand sujet : le calvaire de Nazareth qui, en 1915, va vivre le génocide organisé par les Turcs contre les Arméniens. Séparé de sa famille, condamné avec d’autres camarades d’infortune à des travaux forcés pour construire une route, il assiste, impuissant, à leur massacre et sera le seul rescapé de cette tuerie. Les images ont beau chercher à tout prix à glacer le sang du spectateur, quelque chose ne prend pas, une étrange distance entre Akin et ce qu’il montre, comme s’il avouait son impuissance à donner de l’ampleur à son récit. De fait, The Cut ne quitte jamais le point de vue de Nazareth, accompagna

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24 jours

ECRANS | D’Alexandre Arcady (Fr, 1h50) avec Zabou Breitman, Jacques Gamblin, Pascal Elbé…

Christophe Chabert | Mardi 29 avril 2014

24 jours

«La vérité sur l’affaire Ilan Halimi» dit le sous-titre façon Faites entrer l’accusé de 24 jours. Arcady choisit d’entrée son point de vue, celui de la famille Halimi et surtout de la mère, qui devine ce que la police se refuse de voir : l’enlèvement n’est pas seulement crapuleux, mais aussi motivé par un antisémitisme aussi stupide que dangereux. OK. À partir de là, et même si Arcady voudrait nous le faire oublier («la vérité» du sous-titre), 24 jours est avant tout du cinéma, et sur ce critère-là, il est simplement calamiteux. D’abord, Arcady trahit son point de vue initial et va filmer le gang des barbares, réduits à des jeunes de banlieue «wesh wesh» et à un Youssouf Fofana représenté comme le plus caricatural des bad guys de série B — sa première apparition de face, au ralenti avec musique menaçante, est à hurler de rire. Clichés regrettables dans un film qui prétend justement dénoncer ceux qui les véhiculent… Les flics ne sont pas mieux lotis : s’exprimant avec des dialogues à la Julie Lescaut, ils sont des ectoplasmes que le cinéaste ridiculise sans vergogne — et ses acteurs avec, le pauvre Jacques Gamb

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