"Trois étés" : Madame est sortie

ECRANS | De Sandra Kogut (Br.-Fr., 1h34) avec Regina Casé, Otávio Müller, Gisele Fróes…

Vincent Raymond | Lundi 22 juin 2020

Photo : ©Paname Distribution


Brésil, de nos jours. Gouvernante pour les fortunés Edgar et Marta, Mada organise chaque été avec brio leur traditionnelle fête de Noël. Son patron se retrouvant mis en cause dans des malversations financières, Mada va devoir administrer la luxueuse résidence comme elle peut…

Comédienne brésilienne de tempérament — elle fut en 2001 la polygame Dona Linhares du truculent film d'Andrucha Waddington — Regina Casé porte de toute sa faconde et de son caractère pétulant cette chronique tragi-comique s'écoulant, comme son titre l'indique si bien, sur trois Noël austraux. Trois séquences placées bout à bout, dont les contrastes sont accentués par les ellipses, où le non-dit suggère tant de choses : du faste de la première année à son abandon et la débrouille qui suivent, le domaine tombe aussi vite en déliquescence que les masques. Si propre sur lui en apparence, Don Edgar s'avère un escroc en col blanc de la pire espèce.

Au-delà d'une représentation des “deux mondes“ (bourgeoisie/domesticité) lointainement hérité de La Règle du jeu, et plus récemment au Brésil de l'excellent Domingo voire du plus discutable Les Bonnes Manières, Trois étés évoque la corruption des élites, leur impunité relative également face à une justice… ductile, et l'abandon des classes populaires. Rien de bien nouveau, mais peut-être qu'à force de montrer les ravages de ploutocraties populistes, ça finira par rentrer dans l'esprit des citoyens. Surtout en période électorale.

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Une seconde mère

ECRANS | Val est femme de ménage pour une famille bourgeoise de Sao Paulo, avec qui elle habite vingt-quatre heures sur vingt-quatre ; elle est même devenue (...)

Christophe Chabert | Mardi 23 juin 2015

Une seconde mère

Val est femme de ménage pour une famille bourgeoise de Sao Paulo, avec qui elle habite vingt-quatre heures sur vingt-quatre ; elle est même devenue une deuxième mère pour Fabinho, le fils un peu glandeur qui prépare des études d’architecture. Sauf que Val a aussi une fille, Jessica, qu’elle a abandonnée et dont elle se contente de payer les études à distance, mais qui va débarquer dans sa vie — et dans la maison de ses employeurs — chamboulant les règles strictes imposées à sa mère. Qu’on ne s’y trompe pas, Anna Muylaert n’a pas choisi la voie du drame social pour évoquer ce qui est le thème principal du nouveau cinéma brésilien, au diapason de la réalité du pays : la lutte des classes persistante malgré le boom de son économie. Une seconde mère oscille entre le rire et les larmes, tirant vers une forme de marivaudage où les valets et les maîtres s’observent, se défient, se mélangent parfois, s’écartent souvent. C’est l’idée principale de la mise en scène : le cadre est souvent découpé en deux, posant une frontière entre chaque partie puis les faisant dialoguer par une théâtralité assumée — Val qui commente cachée dans la cuisine les agissements de la famille

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