"The Hunt" : La firme des animaux

Un groupe de nantis issus d’une même société kidnappe des citoyens apparemment ordinaires pour en faire les cibles d’un safari géant. Mais l’une des proies leur échappe. Un scénario d’anticipation cauchemardesque, une cinglante critique contemporaine. Orwellien et captivant.

Longtemps sur la ligne du rasoir — ce qui, au demeurant, est assez cohérent avec sa tonalité saignante —, The Hunt bascule finalement du côté d’une sortie dans les salles obscures. Précisément dès leur réouverture. On pourrait croire à de l’opportunisme d’Universal eu égard à la situation actuelle des États-Unis, au bord de l’explosion à la suite de l’assassinat de George Floyd et des escalades provocatrices de Donald Trump. Pourtant, ce que le film imagine n’est rien d’autre qu’une extrapolation horifico-satirique de l’état réel d’une société clivée jusqu’à la moelle, où l’hypocrisie d’un politiquement correct de façade peine à masquer les pulsions ségrégationnistes des dominants. Pulsions sans limites, grandissant autant que la fortune et l’hybris des ploutocrates.

Du plomb dans la cervelle

Reprenant ici sous la bannière Blumhouse le principe des Chasses du Comte Zaroff (1932) — depuis décliné sous bien des formes jusqu’à Hunger Games — Craig Zobel signe une très intéressante variation transcendant les attentes d’un survival par sa forme autant que son fond. Si ses milliardaires-chasseurs s’avèrent plus stupides que des bidets et caricaturaux dans leurs comportements de néo-yuppies du XXIe siècle (les American Psycho de l’ère UberGAFA), la charge politique est plutôt bien armée, se fragmentant pour toucher juster en effleurant moult sujets concernants du lumpenproletariat redneck au sort des réfugiés en passant par les anciens combattants d’Afghanistan, de l’inévitable liberté d’expression à l’inaliénable droit de s’armer comme un char d’assaut, du complotisme rampant à la violence économique. The Hunt livre surtout une vision transversale de la société américaine, en définitive moins binaire que l’on suppose, carrossée dans un thriller de baston efficace et portée — c’est encore trop rare pour qu’on le passe sous silence — par deux antagonistes féminines badass. Plus accoutumée des séries, Betty Gilpin campe ici la proie avec une attitude et des mimiques qui donnent envie de la voir dans le rôle de, disons, Harriet Callaghan si jamais un remake de Dirty Harry était envisagé.

De Craig Zobel (É.-U., 1h31) avec Betty Gilpin, Hilary Swank, Wayne Duvall…

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