"Abou Leila" : Du sang à la dune

ECRANS | De Amin Sidi-Boumedine (Alg.-Fr., int.-12 ans, 2h15) avec Slimane Benouari, Lyes Salem, Meriem Medjkane…

Vincent Raymond | Jeudi 23 juillet 2020

Photo : ©UFO Distribution


Algérie, années 1990. Depuis qu'il a été témoin d'un attentat, un policier dont la raison défaille est persuadé que le responsable de tout est le terroriste Abou Leila. Son ami et collègue Lofti l'accompagne dans sa traque loin de la capitale, vers le sud du pays. Vers la sang et la folie…

Il ne faut pas craindre l'épreuve de la durée ni l'errance dans toutes ses dimensions face à Abou Leila, objet cinématographique transfigurant un épisode de l'histoire politique récente de l'Algérie à travers les yeux d'un policier rendu fou par la guerre civile. Road movie aussi mental que géographique, ce premier long métrage se distingue en naviguant également dans le temps, hors des balises normative d'une trop stricte linéarité, épousant autant que possible les cauchemars hallucinatoires du flic obsédé par sa cible.

Bad trip au sens propre, le voyage se double d'une évocation des Algéries — pluriel signifiant, puisqu'entre la métropolitaine Alger au nord et les saharienne dunes désertiques au sud, on a bien affaire à un pays double, ou partagé. De cette dichotomie à la schizophrénie paranoïaque du personnage ou au mal-être ambiant de toute la population il n'y a qu'un pas.

Progressant par crises successives et violentes, Abou Leila trouve son apothéose dans un finale d'un symbolisme stupéfiant, digne d'un conte épique, hypnotique comme du Van Sant ou du Antonioni. Comme un souffle de magie tragique.

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