Twilight : Le vampirisme est un mormonisme
Blog Cinéma publié Jeudi 8 décembre 2011 par Stéphane Duchêne consulté 2376 fois
9 commentaires

Quoi de mieux pour inaugurer un blog qu'une naissance ?
Car oui, il est né le divin enfant. Enfin divin, c'est un bien grand mot, vu qu'il est à moitié démon par son père et humain par sa mère. Giulia Sarkozy ? Presque : l'enfant d'Edward Cullen (Vampire coinços) et Bella Swan (plus oie blanche que cygne), les Roméo et Juliette de Twilight. Car re-oui, Edward et Bella l'ont fait.
ILS-L'ONT-FAIT. Après un mariage digne de ce nom mais somme toute assez classique – encore qu'on ait assez peu de référence en matière de mariage vampires-humains (en tout cas, il y avait une pièce montée), Edward a accepté de mettre sa pétée à Bella qui n'en pouvait plus, la pauvre, de désirer un glaçon sur pattes peu enclin à se retrouver au pieu (ce qui paraît logique pour un vampire) avec sa belle. Après trois épisodes et demi de tergiversations adolescentes, on pensait donc assister, en guise de nuit de noces, à un feu d'artifice, un carnage, une explosion d'hormones et d'hémoglobine.
Mais non, rien. Magie de l'ellipse et de l'angoisse du R-rating (cette classification de film qui vous tue commercialement un film en l'interdisant aux ados). Tout juste voit-on notre ami Edward – M. Je-ne-couche-pas-avant-le-mariage-mais-je-ne-suis-quand-même-pas-le-dernier – fracasser d'une main le Grankula conjugal à la première étreinte. Et Bella de se retrouver, non seulement couverte de bleus (faut-il y voir une parabole sur la femme battue?), mais aussi avec un monstrueux polichinelle dans le tiroir qui lui pompe ses forces et lui pète les côtes de l'intérieur et menace de la tuer.
Alors qu'Edward, en bon futur papa, se bave dessus de panique, Bella refuse d'avorter sous l'influence de ses belles-soeurs Rosalie (qui n'a pu avoir d'enfant avant d'être transformée en vampire et sait donc combien la vie est précieuse) et Alice, le Jacques Attali de la bande : elle a le pouvoir de lire l'avenir mais tape à côté à chaque fois. Alice reprend ainsi quiconque qualifie le lardon de « fœtus » car « c'est un bébé ». Sa vitesse de développement (deux semaines de grossesse) brouillant, il est vrai, fort à propos les pistes dans le sens d'une confusion propre à servir le discours des Pro-Life.
Gossip Girl
Car ce que confirme ce quatrième épisode de Twilight, première partie du dernier acte de la « Saga du Désir Interdit (sans blague?) », réalisé par Bill Condon (on croit rêver) c'est bien la trouble idéologie qui sous tend cette dernière. Et donc le pourquoi de son succès auprès des jeunes filles – outre le facteur (pas au sens postal du terme) Robert Pattinson.
Etrange que de tenir en haleine toute une génération à qui on ne la fait plus sur les choses du sexe, car nourrie aux 90210, Gossip Girl et autres séries sur l'échangisme en milieu adolescent, avec un couple de héros qui ne couche pas avant le mariage. Et qui, ensuite, passe le plus clair de son temps à jouer aux échecs. Et la X-Box c'est pour les chiens ?
Parlons-en des chiens, enfin des loups. Ainsi la compagnie de natifs-américains-garous qui voit en l'héritière un danger pour leur survie (les vampires, qui figurent ici les colonisateurs de l'Ancien Monde sont supposés êtres leurs ennemis), sont-ils présentés comme d'horribles monstres pro-avortement et donc génocidaires.
Faut-il qu'un des leurs, le musculeux Jacob, par la grâce d'une vision champêtre de la bâtarde adulte (bien mignonne il est vrai), s'en mêle pour que le cabots renoncent à leur odieux forfait et que Bella puisse accoucher, comme il se doit, dans une douleur über-biblique (avec césarienne pratiquée à la canine par Monsieur, le médecin de la famille étant parti... chasser).
On ne peut s'empêcher de penser à un épisode de Masters of Horror réalisé par John Carpenter, baptisé Pro-Life, justement, où un fondamentaliste chrétien attaquait un planning familial au fusil de chasse pour empêcher l'avortement de sa fille, sans savoir que le père de son enfant était en réalité... le diable (1). S'il n'y a pas dans Twilight la même ironie, c'est parce que malheureusement, elle est involontaire.
Twilight Chapitre 4 : Révélation 1ère Partie... par Lyricis
Saints des Derniers Jours
En fait, les vampires de Twilight ne sont que très peu démoniaques : ils font plutôt figure de Saints, souffrant mille tourments pour résister à la tentation, littérale, de la chair, et comme les Mormons régulièrement persécutés (le traité de paix du film avec les « Indiens » est le reliquat d'un fait historique reconnu d'alliance de circonstances entre Mormons et natifs face aux persécutions des pionniers américains).
C'est que, la chose est connue, Stephenie Meyer, auteure de la saga livresque originelle est une mormonne convaincue. Comme Joseph Smith (1805-1844), l'auteur du Livre de Mormon (une relecture américaine du Nouveau Testament qui fonde cette religion), elle raconte avoir eu une « vision » de son livre. Et à travers tout Twilight transpire l'influence de la doctrine de l'Eglise des Saints des Derniers Jours (LDS en Anglais), pas d'alcool, pas de café, pas de thé (les Cullen, eux, se refusent à boire du sang humain, le raccourci est aisé), pas de sexe (avant le mariage).
En gros pas de plaisir, présenté ici comme un danger mortel, mais un mode de vie pour autant très « American Dream-compatible » basé sur la discrétion et le secret (de leurs revenus notamment). Ainsi, si « Papa » Cullen est un médecin sans patient, la « famille » vit dans un palace et collectionne les objets d'art – quand on entre chez eux, les Cullen sont toujours debout à ne rien faire, comme décoratifs mais avec l'air d'être dérangés.
C'est ce tiraillement entre des convictions rigides d'un autre âge – la doctrine, comme les vampires, sont d'un autre siècle – et une certaine souplesse face aux exigences matérielles que met aussi en lumière Twilight. Au fond, au-delà du mormonisme – souvent qualifié d'hérésie par les autres chrétiens mais guère différent dans la pratique de nombreux cultes réformés « américains » –, Twilight est un concentré d'Amérique puritaine et de cette hypocrisie qui coule dans ses veines comme un venin.
Mais il y a aussi dans Twilight, comme un symptôme du mormonisme, disons, moderne, comme une volonté de s'acheter une respectabilité, de paraître moderne tout en restant traditionaliste. Un grand écart auxquels les Républicains sont généralement habitués mais qui, pour les Mormons, semble plus compliqué à accomplir, du fait notamment des préjugés dont ils sont victimes. Ainsi les Cullen, comme les Mormons, sont-ils régulièrement « persécutés » par les Volturi, que l'on pourrait qualifier de Vatican des vampires, ou en tout cas représentants de l'autre christianisme.
Pas étonnant que le sous-texte idéologique de Twilight semble, en tout cas chez nous, totalement échapper à ses spectateurs, pour qui le second degré l'emporte bien souvent sur le premier. Oui, on rit beaucoup devant Twilight. Comme dans la variation très Twilightienne du mythe du Petit Chaperon Rouge commise par Catherine Hardwicke (2), la réalisatrice du premier épisode de la saga, lourde de symboles (le loup comme prédateur sexuel, le sexe comme indissociable de la marque du sang), les ficelles sont un peu grosses et on ne voit des bourgeons du puritanisme que les fleurs bleues qui en sortent (sauf quand Edward déchire l'utérus de sa femme à coups de dents).
Mais quand on sait que le premier devoir des Mormons est l'évangélisation (pour un taux de réussite somme toute décourageant (3)), qu'ils baptisent même les morts pour les convertir (4), la dernière image de Twilight, en attendant la suite, est assez saisissante : Bella qu'on croyait morte en couche, est ressuscitée. Et donc convertie. Désormais immortelle.
(1) En France, un couple vient de se voir interdire par l'état-civil de prénommer son bébé Daemon.
(2) Avec Amanda Seyfried de l'immense série Big Love, justement consacrée aux déboires d'une famille de mormons polygames (une pratique marginale et clandestine interdite par l'Eglise mormonne officielle mais toujours en vigueur).
(3) Broadway et les auteurs de South Park en ont d'ailleurs tiré une, paraît-il, hilarante comédie musicale sur les aventures de deux jeunes missionnaires mormons en Afrique : The Book of Mormon.
(4) Louis de Funès, Anne Frank (ainsi que de nombreuses victimes de l'Holocauste), la mère de Barack Obama et même, on ne rit pas, Guillaume Depardieu auraient ainsi été baptisés post-mortem.
Vos commentaires (9)
- Herbert (publié le Jeudi 8 décembre 2011)
Oui et ben figure-toi que ça me dérange énormément que tu aies fait une blague vaseuse sur Sarkozy !
Bon d’accord j’ai compris ton propos. Pour le coup c’est moi qui ai peut-être été trop radical dans ma façon de présenter les choses.
On va laisser le puritanisme américain de coté pour l’instant (même si c’est un sujet passionnant si l’on y réfléchit. Pourquoi vouloir être pur ?) car nous avons une élection qui approche et j’espère qu’il se déclenchera quelques discussions flamboyantes (et lourdes de sens) sur le site.
Fais quand même attention à la fierté des mamans parce qu’elles peuvent te flinguer avec ça. - Merci Bernard (publié le Jeudi 8 décembre 2011)
Si tu es anti ennui ! - Stéphane Duchêne (publié le Mercredi 7 décembre 2011)
Merci pour tous ces compliments, ma maman va être fière. Ceci étant dit, il n'y a rien d'anti-quoi que ce soit dans ce billet (une petite blague vaseuse sur Sarkozy, oui bon) simplement une analyse (subjective), un constat et la tentative de dresser des parallèles entre une oeuvre de fiction à succès et ce qu'elle peut véhiculer d'idéologie (volontaire ou pas), d'ère du temps ou de reflets d'une certaine réalité, celle d'une certaine forme de puritanisme américain. Pour le reste j'avoue mon impuissance (sic) à justifier l'emploi d'une expression qui ne se voulait être qu'une... expression. Et dans le doute je souscrit à votre explication. - Herbert (publié le Mercredi 7 décembre 2011)
Tout d’abord il faut que tu saches que je suis un de tes fervents admirateurs. J’aime ta prose et je lis souvent tes articles alors même que j’écoute peu de musique et que je suis totalement largué au niveau du vocabulaire.
Bon il faut dire aussi que vous êtes plutôt bons tous autant que vous êtes.
Je vous trouve bien meilleurs que les grolandais par exemple.
Ton blog est intéressant mais il aborde des sujets dont il n’est pas facile de débattre à l’aide de commentaires.
Tu affiches clairement une position : anti-sarkosienne, anti-républicaine (pour les américains), anti-chrétienne ? Et bien que n’étant ni sarkosien, ni républicain, ni même chrétien j’ai du mal à aborder ces sujets d’une façon aussi radicale.
Ce que je trouve intéressant c’est justement d’essayer de comprendre pourquoi un tel clivage ? Avons-nous là plus que deux idées fixes qui s’affrontent ? Deux postures ethniques pourrait-on dire ?
Alors je reconnais que le dilemme sexuel devant lequel on se trouve parfois dans un rapport hétéro est en quelque sorte une métaphore à l’envers de certaines questions plus élevées : dois-je prendre la voie habituelle et traditionnelle ? Ou dois-je prendre une voie inexplorée qui ne sera peut-être pas féconde ?
Et la réponse est peut-être dans l’ambiguïté que recèle cette fameuse locution : « donner sa pétée à ».
Tu vois que finalement je n’étais peut-être pas si hors sujet que ça !
Amitié Stéphane ! - Stéphane Duchêne (publié le Mercredi 7 décembre 2011)
Cher Herbert, voilà une question qui mériterait d'être posée lors d'une épreuve de commentaire textes au bac de Français. J'ignorais l'origine Grolandaise du terme et c'est donc moi qui apprend quelque chose. Mais est-ce vraiment le sujet ? En tout cas ne comptez pas sur moi pour venir vous aider à "poser des rideaux" chez vous. Ni même pour quelque menu travaux que ce soit. Vous me semblez avoir une conception toute particulière du bricolage. Vous êtes du genre à maroufler non ? - Herbert (publié le Mercredi 7 décembre 2011)
Oui tu as raison MerciBernard, je ne connaissais pas le néologisme « mettre sa pétée à ». Quel en est le sens exact et quelle est son étymologie ? Mon dictionnaire de l’académie française ne dit rien à ce sujet. Comme l’expression a été en partie popularisée par les Grolandais et qu’ils ne sont pas réputés pour avoir une sexualité très orthodoxe, un doute subsiste sur la forme exacte et précise que décrit la locution « mettre sa pétée à ». J’ai connu « poser des rideaux » qui était plus clair et qui représentait l’acte standard pouvant le cas échéant déboucher sur une grossesse ce qui semblerait convenir au cas qui nous préoccupe. Donc il subsiste une question : L’expression « mettre sa pétée à » a-t-elle été utilisée correctement ? - Merci Bernard (publié le Mercredi 7 décembre 2011)
Cher Herbert, tu deviendras un jour un as de la pop culture grâce à l'aide de Stéphane ! - Herbert (publié le Mercredi 7 décembre 2011)
J’aurais aimé t’accueillir avec un commentaire plus intelligent mais surtout plus constructif parmi la grande famille des blogueurs du Petit Bulletin mais je n’ai pas lu les livres de Stephenie Meyer et je n’ai vu que le premier film de la saga du désir interdit mais enfin bien content quand même d’apprendre qu’il lui a mis sa pétée parce que c’est vrai que c’était pas évident au départ. - Merci Bernard (publié le Mardi 6 décembre 2011)
Robert Pattinson avait dénoncé une certaine malhonnêteté de la part des journalistes qui portent cette accusation : "Je pense que les gens font toutes ces références pour qu’ils puissent publier leurs articles dans des journaux sérieux comme le New York Times.Tant pis si Stephenie Meyer a dit elle-même que ca n’a rien à voir, et que tout est basé sur un rêve." Quel idiot ! ne pas citer le Petit Bulletin est une véritable injure ! Un grand bravo pour cet article et longue vie à Pop Up !





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