«Je ne suis pas un auteur à hypothèses»

CONNAITRE | Interview / Zahia Rahmani, née en Algérie d’un père harki, est arrivée en France en 1967. Dans “France récit d’une enfance”, elle narre les paysages tumultueux de sa construction. Propos recueillis par Séverine Delrieu

Séverine Delrieu | Mercredi 21 mars 2007

Vous faites le récit de votre construction à travers souvenirs, travail de mémoire. En quoi était-il important, pour vous, d'écrire ce livre ?Zahia Rahmani : Tous les livres sont importants, au moment où on les fait. Je pense qu'à ce moment-là, il y avait deux urgences : l'une était la confrontation avec la question de la mort de ma mère. Ce qui a fait surgir en moi un sentiment de panique, une peur, et la question du territoire. C'est-à-dire, je me suis retrouvée, de fait, convaincue d'être dans un territoire, parce que j'y avais été emmenée, et je ne m'étais pas vraiment posée cette question-là, tant que la mère vivait. C'était ma patrie. D'autre part, les commentaires cumulés ces dernières années sur les individus venant de pays musulmans et plutôt du Maghreb, l'histoire du voile, les émeutes, ne me laissaient pas de répit. En ce sens où moi, je suis arrivée en France en 67, et je n'imaginais pas dans les années 70 d'être confrontée, 20 ou 30 ans plus tard, à une nécessité de dire : je suis d'ici. Et donc dire, je suis d'ici, cela signifiait pour moi raconter comment j'avais grandi dans cette campagne française. Le “je suis d'ici”, cela ne veut pas dire raconter un attachement, ni dire “je suis profondément picarde ou autre”, c'était dire, ce que j'ai en mémoire moi de mon enfance et de mon adolescence ancrées dans un territoire donné qui appartient à l'Hexagone. Et ça, on ne pourra pas me le défaire.Votre écriture est à la fois sobre, vive, vous circulez entre les temps. Une forme d'abstraction s'en dégage.Oui. C'est juste. J'aime jouer sur les temporalités, les déconstruire. Ce n'est pas une lecture sécurisante. Ensuite, la question de l'écrit chez moi est vraiment liée à la formation intellectuelle, esthétique, politique. C'est ce qui m'emmène à écrire comme ça aujourd'hui : c'est-à-dire sans gras, sans un décor littéraire qui serait peut-être le témoin de mon impuissance à dire quelque chose du monde. Je travaille une écriture tendue, mais parce que je viens de l'Art contemporain et de l'Art Abstrait. Je viens du 20e siècle. Je n'aime pas qu'il y ait un point central dans la surface du texte. Je veux que tout le texte subisse un traitement qui soit équivalent. Je ne suis pas un auteur à hypothèses.Zahia Rahmani Rencontres avec l'auteur le 16 mars à 14h30, Biblothèque Centre-Ville et à 18h30 Bibliothèque Barnave. Le 17 mars à 16h, Bibliothèque du Centre-VilleLivre : “France récit d'une enfance“ (Ed. Sabine Wespieser)

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