Dans le vif

| Mercredi 10 janvier 2007

Portrait / Regard intelligent, Marjolaine parle, et fort bien de la Villeneuve. Pour autant, elle n'est pas sûre qu'elle n'en partirait pas si elle en avait les moyens, pour se raviser presque aussitôt : «en fait, il y a tout ici. Et surtout, j'y connais beaucoup de monde». Le sentiment d'ambivalence domine d'ailleurs en permanence lorsqu'elle s'exprime sur ce quartier «où il y a du négatif et du positif», et qui l'a vu naître en 74, puis revenir depuis 8 ans pour raisons économiques. Pour resocialiser, elle s'est impliquée progressivement dans les activités du Centre Social de l'Arlequin. Se crée le groupe de femmes auquel elle s'associe. Atelier cuisines. Préparation de repas de quartier. Participation à l'élaboration des costumes pour Quartiers Libres !. «Loin des réunions de bonnes femmes, ces moments m'ont permis de vraiment échanger avec beaucoup de monde très différent». Notamment de rencontrer Christine, plasticienne qui en 2005, fait travailler le groupe sur la fabrication des coiffes, pantalons et débardeurs pour la Batucada de Quartiers Libres !. L'année suivante, elles confectionnent les costumes de la Fanfare pour la même manifestation, épaulée par Monica, une costumière intermittente. L'expérience se renouvellera cette année. Mais Marjolaine qui se juge «pas assez patiente» pour la couture, ne se professionnalisera pas là-dedans. On sent plus une fibre sociale, héritée sûrement de ses parents fortement impliqués dans le projet initial de la Villeneuve. Mais, «la Villeneuve de 70 c'est bien fini», dit-elle, «d'ailleurs, les militants gauchos qui vivent ici et qui voient tout en rose se trompent» ajoute-t elle agacée. Aujourd'hui, elle constate une aggravation de l'individualisation : «ici, c'est comme n'importe où, les gens rentrent chez eux et ferment leurs portes. On s'est alors posé la question de comment réunir un plus grand nombre d'habitants». Réponse avec le “Système d'échange réciproque des savoirs” que le groupe, aidé par le Centre Social vient de mettre en place. Pour Marjolaine, même si la dynamique sociale «bien réelle et importante» perdure depuis 30 ans à la Villeneuve, le quartier «n'est que le reflet de notre société», malade. L'ambivalence, encore.SD

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