Tout un poème

François Cau | Lundi 23 janvier 2012

Yves Bonnefoy, l'un des plus flamboyants poètes français, explique qu'il y a « malentendu profond entre le lecteur et la poésie », le premier ayant « le désir de trouver la signification du texte », et concluant souvent que « la poésie, c'est parler pour ne rien dire ». Il fait là l'évident constat du désarroi général face à l'absence d'un sens immédiat, facile à appréhender. Or, c'est bien l'essence de la poésie que de justement contourner l'évidence, jouer avec le langage, le libérer des chaînes de la raison pure et de l'exigence de sens du « discours conceptuel ordinaire ». Le poète incarne ce noble combat, mené par les mots, orienté par la fantaisie, et tendu vers le dévoilement de ces « forces qui à la fois nous composent et nous déchirent ». Cette contradiction fondamentale qui, inlassablement, se détermine comme centre de gravité, engageant le lecteur à se projeter personnellement dans l'expérience poétique. En bon critique, essayiste et homme dévoué non seulement à l'art qu'il pratique en virtuose mais aussi à sa réception – en d'autres termes, son devenir dans l'interprétation du lecteur -, Yves Bonnefoy compte parmi ceux qui nous rappellent le bonheur de l'introspection au détour de ces bijoux salis par leur usage au quotidien : les mots.
Laetitia Giry

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Œdipe roi

ARTS | Livre / Critique et poète français ô combien respecté et respectable, Yves Bonnefoy est l’auteur d’une monographie de Giacometti fortement recommandée et (...)

Laetitia Giry | Lundi 11 mars 2013

Œdipe roi

Livre / Critique et poète français ô combien respecté et respectable, Yves Bonnefoy est l’auteur d’une monographie de Giacometti fortement recommandée et recommandable. Entre la biographie et la critique d’art, à la croisée de la sphère intime et de l’œuvre rendue publique, l’écrivain fouille les beautés et la genèse de l’acte de créer. Jamais voyeur, mais toujours juste et conscient de l’importance de la vie menée par l’Homme pour expliquer l’artiste, il offre au lecteur une déambulation enchanteresse à travers l’enfance d’Alberto, à travers ses rêves écrits et commentés, ses tortures, ses interrogations et ses doutes. Tout au plus pourrait-on lui reprocher une lecture tellement évidemment psychanalytique qu’elle en devient presque suspecte. Suspecte dans le sens où la relation à la mère semble tenir autant de l’interprétation de l’auteur (dans la position du psychanalyste) que des faits. Rééditée cette année sous une forme financièrement plus abordable, cette monographie de 500 pages peut effrayer. Pourtant, sa lecture est fluide et passionnante, ponctuée de reproductions d’œuvres bienvenues, divisée en chapitres dont les thématiques épousent la chronologie : de l’enfance en I

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Des visages, des figures

ARTS | Giacometti au Musée de Grenoble constitue un événement en soi. Accessible et pointue, l’exposition convainc à la fois par la grandeur des œuvres présentées et le parcours autour d’elles, invitation à une déambulation magique à travers l’esprit d’un génie. What else ? Laetitia Giry

Laetitia Giry | Lundi 11 mars 2013

Des visages, des figures

Il y a de cela soixante-deux ans, Jean Leymarie, alors directeur du Musée de Grenoble, s’enthousiasma pour l’artiste italien Alberto Giacometti. Ses recherches plastiques extraordinaires lui semblèrent réunies dans une œuvre : La Cage. Bien décidé à l’intégrer aux collections du musée, il parvint à faire céder la municipalité et conclut l’achat en 1952. Bien au chaud dans les collections depuis, La Cage est aujourd’hui le fil rouge, prétexte et argument de l’exposition Espace, tête, figure. Restaurée à l’occasion par la Fondation Alberto et Annette Giacometti (qui prête la plupart des pièces montrées), cette Cage concentre en effet nombre des préoccupations de l’artiste. « Enfermer sa sculpture dans une cage fut un procédé récurrent chez Giacometti, il exprime si naturellement l’obsession sans issue, l’inquiétude sur l’avenir. […] Proximité, promiscuité même, intenables, et pourtant séparation, infinie, sont signifiées simultanément, dialectiquement, dans l’espace brisé, abstrait, gén

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