Comme on fait son Lee...

CONNAITRE | Au programme du prochain Cinéma de Quartier, "Prime Cut" et "Canicule", deux perles noires méconnues confrontant le grand Lee Marvin à un environnement rural hostile et décadent. Damien Grimbert

François Cau | Lundi 20 février 2012

Petit chef d'oeuvre de cinéma déviant, violent et, osons le mot, romantique des années 70, Prime Cut cache pourtant bien son jeu au premier abord : un réalisateur peu connu (Michael Ritchie), un pitch minimaliste (un gangster de Chicago envoyé par ses employeurs au Kansas pour recouvrer une dette)… Pas de quoi s'affoler a priori. Mais rapidement, tout se trouble. Un cadavre dénudé dans une usine de saucisses, des adolescentes nues et droguées dans les boxes en paille d'une foire au bétail, une kermesse rurale qui vire au jeu de massacre, une traque au fugitif en moissonneuse-batteuse… On sent très vite que tout, absolument tout, peut arriver, et pourtant, on ne décroche pas du scénario une seconde, on s'attache à chacun des personnages comme s'il était doté d'une existence propre, on se laisse prendre aux tripes par l'atmosphère déliquescente de ce Kansas rural et primitif inhospitalier. Et c'est cette dualité permanente qui fait toute la force de ce film noir empathique : le ton est désabusé mais pas désespéré, les protagonistes archétypaux mais non dénués de nuance, la mise en scène d'une belle fluidité mais jamais ostentatoire, le rythme enlevé mais aucune scène expédiée… Porté qui plus est par un casting quatre étoiles (Lee Marvin en dur à cuire, Gene Hackman en redneck dégénéré, Angel Tompkins en femme fatale et la toute jeune Sissy Spacek en ingénue troublante), Prime Cut est l'exemple même du film qui ne relâche jamais la pression. Et quand Lee Marvin recharge sa mitraillette sous un ciel zébré d'éclair dans l'attente de l'affrontement final, on réalise que le bonheur pur au cinéma tient parfois à pas grand-chose.

Voir la Beauce et mourir

Film un peu mineur dans la filmographie de haut vol d'Yves Boisset (Dupont-Lajoie, Le Prix du Danger…), Canicule se regarde néanmoins avec grand plaisir, malgré un rythme un peu en dent-de-scie. Douze ans après Prime Cut, on y retrouve de nouveau Lee Marvin en gangster paumé dans la cambrousse, cette fois aux prises avec une famille franchouillarde aussi dégénérée que cupide. L'occasion pour Boisset de se livrer à un jeu de massacre bien acide comme il aime tant à le faire, aidé par une belle brochette d'acteurs (Miou-Miou, Jean Carmet, Victor Lanoux, Jean-Claude Dreyfus, Bernadette Lafont…) tout acquise à sa cause. Si l'absence globale d'enjeu scénaristique affaiblit un peu l'impact du film, voire tout ce beau monde se vautrer dans l'impolitiquement correct avec une telle allégresse reste un bonheur dont on aurait tort de se priver à l'heure actuelle.

Cinéma de quartier n°29
Lundi 27 février à 19h (Prime Cut) et 21h (Canicule) à la Salle Noire

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Le cinéma de quartier des Barbarins fait le grand écart

CONNAITRE | Choc des cultures en perspective pour la 40e édition du cinéma de quartier des Barbarins fourchus, qui oscillera d’un soir sur l’autre entre perles psychédéliques oubliées du cinéma bis des années 1970 et séries Z 80’s ineptes d’un hallucinant mauvais goût. Damien Grimbert

Damien Grimbert | Mardi 19 avril 2016

Le cinéma de quartier des Barbarins fait le grand écart

Loin de l’uniformité aseptisée dont souffre une part conséquente du cinéma contemporain, l’univers du cinéma bis offre a contrario une infinité de possibles. Ce dont témoignent justement ces deux soirs de projection organisés à la Salle Noire par l’équipe des Barbarins fourchus, qui regrouperont successivement le meilleur et le pire de ce cinéma méconnu. Lors de la première soirée, c’est ainsi deux chefs-d’œuvre éblouissants du cinéma britannique du début des années 1970 qui seront à l’honneur. Réalisé par Robin Hardy en 1973, le fantastique The Wicker Man (en photo) suit ainsi le chemin de croix d’un sergent de police dévot, rigide et austère, parti enquêter sur la disparition d’une jeune fille dans une petite île d’Écosse coupée du monde, dont les habitants ont rejeté le christianisme pour s’adonner à des rites animistes païens ancestraux. Partageant avec ce premier film un goût affirmé pour le mystère et les atmosphères oniriques troubles teintées de surréalisme, Don't Look Now de Nicolas Roeg suit quant à lui le séjour mouvementé à Venise d’un jeune couple qui se remet avec difficulté de la mort accident

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Le cinéma de quartier des Barbarins fête ses dix ans

CONNAITRE | Pour fêter ses dix ans d’existence, le cinéma de quartier des Barbarins fourchus propose quatre jours de programmation entièrement dédiés au cinéma bis. L’occasion de (re)découvrir quelques classiques dans un cadre cinéphile et convivial. Damien Grimbert

Damien Grimbert | Mardi 24 mars 2015

Le cinéma de quartier des Barbarins fête ses dix ans

Avant de devenir progressivement la chasse gardée des cinéphiles érudits, le cinéma bis fut pendant longtemps un divertissement de prédilection des classes populaires qui s’évadaient ainsi de leur labeur quotidien à l’occasion de programmes exotiques projetés dans des petites salles de quartier décrépies à la fréquentation interlope. Monstres géants, ninjas, aliens, samouraïs, zombies, mercenaires, aventuriers, vampires, cow-boys, maîtres de kung-fu et pirates s’y affrontaient à l’écran pour les beaux yeux de jeunes filles peu farouches, offrant généreusement évasion, frissons, imaginaire et divertissement bon marché aux jeunes prolétaires en mal de sensations fortes… Une époque désormais révolue mais ponctuellement ressuscitée depuis dix ans à Grenoble par l’équipe des Barbarins fourchus avec des doubles-séances dont on s’est souvent fait l’écho dans ces pages. Demandez le programme Et pour cause : contrairement aux salles de l’époque, les films sélectionnés par les Barbarins réunissent exclusivement des perles du genre, à même de convaincre aussi bien cinéphiles aguerris que néophytes curieux. Ces derniers pourront ainsi en l’espace de quelques

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Stéréotypes pour tous

CONNAITRE | Les filles sont douces, belles et sveltes, adeptes de crudités et de cocktails colorés ; alors que les garçons, eux, sont bourrus, virils et casse-cou, fans (...)

Aurélien Martinez | Mardi 3 juin 2014

Stéréotypes pour tous

Les filles sont douces, belles et sveltes, adeptes de crudités et de cocktails colorés ; alors que les garçons, eux, sont bourrus, virils et casse-cou, fans de cacahuètes et de bière. Un tableau digne d’un sketch de Florence Foresti que les Barbarins fourchus reprennent à leur compte pour la deuxième année consécutive dans leur fameuse Fête du cinéma de quartier, sur deux jours. Avec « une soirée mecs » et une « soirée gonzesses », pour jouer de toutes les possibilités offertes par la situation, tant dans la déco, les animations, la nourriture... Et surtout niveau cinéma, avec des films soumis aux votes des spectateurs via des catégories. Exemple, côté masculin : « Hé les mecs ! Vous verrez sûrement un film avec Schwarzy, Stallone, Chuck Norris, Bruce Lee, Mel Gibson, Charles Bronson ou Steve McQueen… » L’an passé, hasard du calendrier, l’auteur de ces lignes s’était retrouvé en pleine soirée gonzesses –

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Les filles à la vanille, les garçons au citron

CONNAITRE | Ciné-kermesse / Volontairement provocateur, le cinéma de quartier des Barabrins de cette semaine envoie du cliché à tout va : une soirée intitulée « films (...)

Laetitia Giry | Lundi 27 mai 2013

Les filles à la vanille, les garçons au citron

Ciné-kermesse / Volontairement provocateur, le cinéma de quartier des Barabrins de cette semaine envoie du cliché à tout va : une soirée intitulée « films d’hommes » et une « films de gonzesses », des cacahuètes accompagnées de sandwichs pâté-jambon d’un côté, des crudités de l’autre… Voilà qui pourrait faire hurler les bien-penseurs ! Mais, foutredieu, tout cela n’est qu’une couverture, un jeu subtil avec les stéréotypes des genres. Arrivé en salle, le public devra choisir un thème parmi une liste et sera peut-être surpris du résultat, car on nous a soufflé que « ce qui est annoncé n’est pas forcément ce que l’on va voir ». Par exemple, voter pour l’ami Schwarzy n’ouvrirait pas la porte à un Terminator mais plutôt à un film comme Jumeaux (ceci n’est que supputation, hein !). Pour mieux jauger l’intensité de la fête, des chiffres : huit films, quatre par soir, diffusés deux par deux (la Salle noire se dédouble pour l’occasion), suivis quand ils se terminent par une ambiance kermesse avec des stands animés par les fameux Barbarins – babyfoot, poker, co

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