Voir (et revoir) ensemble

CONNAITRE | Début ce mercredi du festival Voir ensemble consacré au cinéma jeune public, avec une programmation témoignant d’un bel éclectisme et d’une ouverture maximale sur le monde. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 18 février 2013

Pour ceux qui pensent que le cinéma jeune public se résume à des grosses productions animées mais sans âme venues des studios hollywoodiens ou à des recueils de courts-métrages inégaux regroupés selon l'âge des enfants auxquels ils se destinent, le festival Voir ensemble remet les pendules à l'heure. Oui, les plus jeunes spectateurs ont aussi droit de succomber à la beauté filmique d'un Ozu, à l'humour slapstick de Jerry Lewis, au réalisme sentimental d'un Comencini et aux documentaires délicats de Nicolas Philibert. C'est tout le pari de Voir ensemble, festival qui prolonge l'action menée tout au long de l'année par le Méliès dans son programme d'éducation à l'image. Pas d'ornières donc dans la programmation, mais au contraire une ouverture maximale sur tous les âges du cinéma, pour tous les âges des spectateurs.

Visions nipponnes

Niveau contemporain, on ne peut que conseiller à nouveau quelques œuvres marquantes de ces derniers mois, Ernest et Célestine et Wadjda en tête, tous deux chaudement recommandés dans nos colonnes. Pour ce qui est des invités du festival, le dessinateur Jung viendra présenter le beau film d'animation Couleur de peau : miel qu'il a co-réalisé avec Laurent Boileau, et Nicolas Philibert reviendra sur son magnifique Le Pays des sourds après avoir offert le12 mars au public — tout le public, et pas exclusivement les plus jeunes — en avant-première son dernier documentaire, La Maison de la radio. Cette ouverture du festival est autant une ouverture sur les formes cinématographiques que sur le monde : ainsi en témoigne la soirée Tokyo, très beau programme regroupant un ciné-concert autour du chef-d'œuvre d'Ozu Gosses de Tokyo et un film inédit sur grand écran de l'immense Satoshi Kon, Tokyo Godfathers — bel hommage au cinéaste récemment décédé. Le Japon sera à l'honneur aussi avec l'avant-première de A letter to Momo et la reprise de Panda, petit panda œuvre de jeunesse d'Isao Takahata, l'auteur du Tombeau des lucioles. Petit événement aussi : après la redécouverte de l'étonnant (et très sombre) The Plague dogs, le cinéma de Martin Rosen refait définitivement surface avec La Folle escapade, qu'il avait tourné quatre années avant, une autre fable animalière où son regard de moraliste amer transpire par-delà l'apparente naïveté du dessin et du récit.

Festival Voir ensemble
Au Méliès, du 20 février au 13 mars


Bonhomme de Neige

Ouverture du festival avec un ciné-concert jeune public. Par le Conservatoire de Grenoble
Le Méliès 28 allée Henri Frenay Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Un Noël dans les rues de Tokyo

ECRANS | Animation. Avec le fabuleux "Tokyo Godfathers", le génie regretté de l’animation japonaise Satoshi Kon livrait en 2003 une relecture aussi singulière qu’émouvante du traditionnel conte de Noël.

Damien Grimbert | Mardi 8 décembre 2020

Un Noël dans les rues de Tokyo

S’il reste avant tout célébré pour ses œuvres les plus avant-gardistes et oniriques, marquées par leur approche "subjective" de la réalité (Perfect Blue, Paprika, la série Paranoïa Agent…), Satoshi Kon, disparu en 2010 à l’âge de 46 ans, n’en a pas moins jamais cessé d’aborder en filigrane, tout au long de sa courte mais irréprochable filmographie, les névroses profondes du Japon contemporain. Une exploration sociétale qu’on retrouve une nouvelle fois à l’œuvre dans Tokyo Godfathers, bouleversante quête de trois sans-abri pour retrouver les parents d’un bébé abandonné pendant les fêtes de Noël. Portrait touchant de trois parias cantonnés aux marges de la société (une femme transgenre au grand cœur, une adolescente fugueuse et revêche, et un père de famille ruiné, râleur et alcoolique), le film s’inscrit ainsi ouvertement dans les codes du conte de Noël, tout en les transcendant sans cesse par sa soif romanesque. À la fois récit initiatique, mélodrame flamboyant, chronique sociale, thriller haletant et fable rédemptrice, le métrage multiplie les registres sans jamais se perdre en cours de route, embarquant le spectateur dans un grand-huit émoti

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"De chaque instant" : Nicolas Philibert sera mercredi à Mon Ciné

ECRANS | Il avait partagé le quotidien d’une institution psychiatrique dans La Moindre des choses (1996), celui d’une école rurale dans Être et Avoir (2002) ; voici (...)

Vincent Raymond | Lundi 17 septembre 2018

Il avait partagé le quotidien d’une institution psychiatrique dans La Moindre des choses (1996), celui d’une école rurale dans Être et Avoir (2002) ; voici que Nicolas Philibert s’est intéressé à la formation des élèves infirmiers et infirmières pour De chaque instant, en salle depuis le 29 août. De l’apprentissage de l’hygiène manuelle et des gestes qui soignent et soulagent jusqu’aux stages avec les patients en milieu hospitalier et à l’évaluation finale, le documentariste montre le parcours prenant de ces jeunes dévoué·e·s à leur mission. Nul doute que des aspirant·e·s aux métiers de la santé auront envie d’échanger avec lui lors du débat suivant la projection du mercredi 19 septembre au 20h à Mon Ciné.

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Voir Ensemble : le cinéma à hauteur d'enfant au Méliès

Festival | Le cinéma grenoblois propose du mercredi 14 au dimanche 25 février la sixième édition de son incontournable festival dédié au jeune public. On détaille le programme.

Aliénor Vinçotte | Mardi 6 février 2018

Voir Ensemble : le cinéma à hauteur d'enfant au Méliès

C’est peu dire que le cinéma le Méliès fait ce qu’il faut pour mériter son label "jeune public". Par exemple, tout au long de l’année, il accueille dans ses salles les enfants (et leurs parents) pour des séances suivies d’un débat. Et, surtout, lorsqu’arrivent les vacances de février, il organise Voir Ensemble, festival avec une trentaine de films pour jeunes spectateurs et spectatrices. Lors de cette sixième édition, où onze films tenteront de décrocher le Prix du public, neuf avant-premières seront projetées. Parmi elles, le célèbre classique américain Croc-Blanc (photo) de Jack London pour la première fois dans une adaptation animée, en présence de son réalisateur Alexandre Espigares (le film sortira fin mars). Certaines séances seront suivies d’ateliers, d’autres accompagnées par des cinéastes – comme Jean-Michel Bertrand, auteur du documentaire en compétition La Vallée des loups sorti il y a un an. Un hommage sera également rendu à la société de distribution jeune public Les Films du préau, qui

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La Maison de la radio

ECRANS | 24 heures à l’intérieur de la « maison ronde » à l’écoute des diverses antennes de Radio France : Nicolas Philibert signe un beau documentaire où l’on regarde ce que produire du son et de la voix veut dire, de l’anecdote à l’essentiel. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 28 mars 2013

La Maison de la radio

C’est une maison ronde accrochée à la Seine… Celle de Radio France, un bâtiment mythique pour un service public qui, pour une fois, n’est pas en crise. C’est même un média en pleine santé que filme Nicolas Philibert, comme si la radio survivait à tout, marasme de la presse écrite, explosion d’Internet, prolifération de l’information personnalisée et socialisée… La Maison de la radio est ainsi un documentaire allègre qui recrée par le montage la polyphonie des stations à travers une chronologie allant du rituel 7/9 d’Inter à sa préparation le lendemain, traversant les murs pour y attraper des sons, des voix et des corps. Démarche casse-gueule : en révélant les visages de ces hommes de parole, Philibert prend le risque de tuer l’illusion ou de sombrer dans le clin-d’œil complice. Tiens, c’est lui, Philippe Lefébure ? Et ce Hervé Pochon qui va interviewer sur le toit d’un immeuble un photographe d’orages, il se promène toujours comme ça avec son magnéto autour du cou ? Heureusement, le choix de zapper d’une antenne l’autre, de s’aventurer hors des murs de la Maison ronde

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Paprika

ECRANS | Grâce aux bons offices du Centre Culturel Cinématographique, on va pouvoir redécouvrir sur grand écran l’un des derniers chefs-d’œuvre du cinéma d’animation : le vertigineux "Paprika" du grand Satoshi Kon. François Cau

François Cau | Lundi 27 février 2012

Paprika

En août 2010, la planète cinéphile s’est mangée la nouvelle de la mort de Satoshi Kon (à l’âge de 46 ans) en pleine face, brusquement orpheline d’un créateur à la filmographie beaucoup trop courte par rapport à son potentiel. Un thriller sous haute influence hitchcockienne (Perfect Blue, dont Darren Aronosky racheta les droits pour en remaker une séquence dans Requiem for a Dream), l’un des plus splendides hommages au cinéma (le scandaleusement inédit Millenium Actress), un conte de Noël bouleversant (Tokyo Godfathers), une série animée conceptuelle et incroyablement osée (Paranoia Agent), et enfin Paprika, spectaculaire film somme des partis pris esthétiques et thématiques de l’auteur. Réflexions sur les images renvoyées et reçues, sur les nouveaux modes de communication, sur les obsessions pathologiques d’un Japon névrosé, le tout dans une architecture narrative complexe, où les écrans sont autant de miroirs à la Lewis Caroll et où l’identité se trouble dans des simulacres aliénants, Paprika est un film à la richesse infinie, dont chaque nouvelle vision réserve son lot de révélations. La science des rêves

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