"Réparer les vivants" de Maylis de Kerangal : coeur de l'univers

Charline Corubolo | Mardi 4 février 2014

Photo : Hélie Gallimard


Il y a la mer, le van, puis l'hôpital. Une succession de lieux décrits avec une précision presque clinique, dont l'apparente froideur est rattrapée par le souci d'une beauté détaillée : celle des êtres et de leurs affects. Le cinquième roman de Maylis de Kerangal, Réparer les vivants, dépeint les actions qui vont s'enchaîner durant vingt-quatre heures à la suite d'un accident de la route dont la victime Simon Limbres, et plus particulièrement son cœur, deviennent le centre d'une attention particulière. Les descriptions aux longueurs frénétiques rendent le style de l'auteure tortueux mais permettent de créer une rythmique dense, au sein de laquelle se nichent les tensions.

Dans cette histoire de transplantation cardiaque, les sauts temporels étirent le récit alors étriqué dans un espace réduit et pesant. Les différentes étapes de cette journée sont décortiquées telle une autopsie dévoilant le talent de l'écrivaine et permettant une respiration, malgré l'extrême électricité des situations, entre les moments empreints d'une émotion débordante, sans pour autant tomber dans le pathos. Le dialogue avalé dans les phrases rend l'écriture cinématographique et décuple les sensibilités mises en œuvre. Dans ce tissage humain, le cœur s'affiche comme le moteur d'une mécanique, mais surtout l'essence symbolique de ce qui anime les hommes : l'amour.

Rencontre avec Maylis de Kerangal, vendredi 7 février à 18h30, librairie Le Square


Maylis de Kerangal

Pour son livre "Réparer les vivants"
Librairie Le Square 2, place du Docteur Léon Martin Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Un Printemps du livre, six coups de cœur

Festival | Qui pourra-t-on rencontrer à Grenoble et aux alentours entre le mercredi 20 et le dimanche 24 mars ? Réponses subjectives.

Stéphane Duchêne | Lundi 18 mars 2019

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Maylis de Kerangal Un monde à portée de main Le monde à portée de main de Paula Karst, c'est celui qui s'offre à elle autant que celui qu'elle apprend à reconstituer à l'Institut supérieur de peinture de Bruxelles où elle étudie le trompe-l'œil. Un art de reproduire la matière qui la conduit jusqu'à Moscou mais aussi au studio de Cinecittà en Italie, avant qu’elle ne se voie confier le chantier du fac-similé de la Grotte de Lascaux. Mais derrière ce récit d'apprentissage, comme toujours, Maylis de Kerangal (photo) nous parle d'elle, et de cet art de faussaire virtuose qu'est l'exercice de la fiction, dans une réflexion vertigineuse sur la création. À la salle Olivier Messiaen vendredi à 16h30 (rencontre) Au musée samedi à 10h30 (rencontre) et 17h (lecture en correspondance) Thomas B. Reverdy L'Hiver du mécontentement Derrière ce titre shakespearien, Thomas B. Reverdy, qu'on peut aisément classer dans la catégorie fantôme des écrivains rock, niche une étude de cette Angleterre de 1979 au bord de basculer dans le thatchérisme et la crise (sujet très reverdyen). Mais une Angleterre d

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Le monde selon Maylis de Kerangal

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Stéphane Duchêne | Mardi 6 novembre 2018

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C'est désormais une incontournable des rentrées littéraires depuis au moins Corniche Kennedy (2008), et plus encore depuis Naissance d'un pont, qui lui valut entre autre le Prix Médicis 2010, et Réparer les vivants (2013), également couvert de prix. Trois romans tous trois adaptés au cinéma. C'est donc peu dire qu'Un monde à portée de main était pour le moins attendu par les fidèles du style très particulier de la romancière. Où la description des gestes investit au plus profond celui de l'écriture jusqu'à l'infuser, jusqu'à faire jaillir la fiction du réel en creusant celui-ci à coups de phrases en colimaçons ou en mille-feuilles. Avec cette histoire d'une jeune femme, Paula, qui apprend l'art du trompe-l'œil et de la reproduction des matières, Maylis de Kerangal poursuit ce travail de fascination et d'exploration de ce réel à portée de fiction et inversement, de transcendance des faux-semblants. Un nouveau récit qu’elle prése

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"Réparer les vivants" : quand la greffe prend grâce à Sylvain Maurice

Théâtre | Et voici une version très aboutie, signée Sylvain Maurice, de "Réparer les vivants", roman de 2013 de Maylis de Kerangal bientôt exploité jusqu'à la moelle ose-t-on à peine écrire. Cela tient en grande partie à l’acteur Vincent Dissez qui, sur un tapis roulant, livre un exercice physique à la hauteur de l’intensité du texte.

Nadja Pobel | Mardi 27 février 2018

C'est l'histoire d'un texte à succès (Réparer les vivants) de Maylis de Kerangal qui a fait la joie d'une cinéaste (Katell Quillévéré) et, surtout, de metteurs en scène, à commencer par Emmanuel Noblet, dont le solo a été couronné d'un Molière du meilleur seul-en-scène l'an passé. En 2016, Sylvain Maurice, directeur du centre dramatique national de Sartrouville, crée à son tour sa version du roman et adjoint à son comédien Vincent Dissez le musicien Joachim Latarjet, indispensable à l'équilibre de ce récit éminemment âpre. Ainsi donc un anesthésiste raconte par le détail comment il va prélever l'organe d'un adolescent décédé brutalement et le transférer dans le corps d'une autre. D'où cette phrase sublime, et désormais usée jusqu'à la corde, extraite de Platonov de Tchekhov : « Enterrer les morts, réparer les vivants.

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Théâtre : les 15 pièces à voir cette saison à Grenoble et aux alentours

Panorama de rentrée culturelle 2017/2018 | On a épluché l'ensemble des programmes des salles de l'agglo, et on en a sorti ce qui nous semble le plus pertinent. Sortez votre agenda : il y aura de quoi faire les prochains mois.

La rédaction | Mercredi 13 septembre 2017

Théâtre : les 15 pièces à voir cette saison à Grenoble et aux alentours

Le Oliver Saint-John Gogerty Mais que l’on aime au PB les Chiche Capon, clowns déjantés créateurs d’univers forts et de personnages très, mais alors très très hauts en couleur. Après avoir présenté leur LA 432 l’an passé au Théâtre municipal, ils reviennent cette saison dans les mêmes murs avec un précédent spectacle sur l’évolution de l’homme à la réputation plus que flatteuse – le spectacle, pas l’évolution. Et qui se trouve être celui qu’ils préfèrent dans l’ensemble de leur répertoire – c’est ce qu’ils nous avaient affirmé l’an passé en interview. On sera dans la salle. Au Théâtre municipal de Grenoble le 19 octobre Saigon

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"Corniche Kennedy" : plouf !

ECRANS | de Dominique Cabrera (Fr., 1h34) avec Lola Creton, Aïssa Maïga, Moussa Maaskri, Alain De Maria …

Vincent Raymond | Lundi 16 janvier 2017

Lycéenne rangée rongée par l’ennui, Suzanne s’abîme dans la contemplation des jeunes de son âge qui, sous ses fenêtres, défient le vide en plongeant du haut de la Corniche Kennedy. Sa fascination et son désir l’emportant sur sa timidité, elle force l’entrée de ce groupe flirtant avec le risque. À plus d’un titre… Comédienne dont les cinéastes ont compris qu’ils n’avaient aucun intérêt à se priver, Aïssa Maïga se trouve cette semaine par les semi-hasards de la programmation en compétition avec elle-même sur les écrans (voir Il a déjà tes yeux). De cet absurde combat, elle sort forcément victorieuse. On ne peut pas en dire autant de cette adaptation de Maylis de Kerangal (quelques semaines après l’escroquerie aux sentiments Réparer les vivants, cela commence à peser) reposant sur du pur cliché. Cette fable de la jouvencelle bourgeoise en pinça

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"Réparer les vivants" : Simon, as-tu du cœur ?

ECRANS | de Katell Quillévéré (Fr, 1h43) avec Tahar Rahim, Emmanuelle Seigner, Anne Dorval…

Vincent Raymond | Lundi 31 octobre 2016

À l’hôpital où des parents viennent d’apprendre que Simon, leur ado accidenté, se trouve en mort cérébrale, un médecin aborde avec tact la question du don d’organes. Ailleurs, une femme attend un cœur pour continuer à vivre… Cette transplantation du roman multiprimé de Maylis de Kerangal sur support cinéma présente des suites opératoires tout à fait attendues, en regard du protocole suivi. En convoquant une galerie d’interprètes popu/tendance autour d’un sujet touchant à un drame intime et à l’éthique, Katell Quillévéré est en effet assurée d’avoir son film-dossier programmé en amorce de mille débats, et que ses comédien(ne)s recevront un prix ici ou là. D’accord, elle nous évite avec raison toute forme d’hystérie et de tachycardie artificielle dans le montage (pour ne pas singer Urgences), mais le rythme est tout de même bien pépère et l’ambiance cotonneuse. Sage, gentiment didactique et surtout un brin trop aseptisé.

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Mes amis, mes amours, mes emmerdes

SCENES | "J’ai 20 ans qu’est-ce qui m’attend ?": un titre programmatique pour un spectacle inégal néanmoins enthousiasmant dans ses meilleurs moments. Merci François Bégaudeau et Joy Sorman ! Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Vendredi 12 octobre 2012

Mes amis, mes amours, mes emmerdes

On reproche souvent au théâtre contemporain français de ne pas s’intéresser au monde qui l’entoure. Un reproche en partie avéré, si l’on compare notamment avec ce qu’il se passe hors de France (les Anglais, par exemple, ne se privent pas d’interroger sur scène l’actualité brulante). Bien sûr, certains artistes français refusent ce constat, et c’est d’ailleurs souvent ceux qui nous passionnent le plus. J’ai 20 ans qu’est-ce qui m’attend ?, le projet de Cécile Backès, avait donc tout pour attirer notre attention. À savoir porter sur le plateau les doutes et les aspirations d’une génération dont on peine à définir les contours. La metteuse en scène, après avoir mené son enquête sur le terrain, a laissé le soin à cinq auteurs quadragénaires de livrer chacun un texte sur le sujet. À elle ensuite d’en faire un spectacle. On stage Des textes qui, s’ils évoquent des questions pratiques (trouver un appartement, une colocation, un boulot), ont une plus grande ambition. Et c’est justement là que le bât blesse : quand les auteurs sont dans la simple démonstration. La partie de Maylis de Kerangal, sur un jeune couple contraint de falsifier son dossier pour espérer

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