La tour Perret, phare grenoblois en quête d'avenir

Patrimoine | Illuminée de bleu en son sommet et révélée une fois par an par les feux d'artifices du 14 juillet, la tour Perret, située en plein parc Paul-Mistral, demeure un emblème grenoblois, à plus d’un titre. Car malgré sa façade grisâtre, l’édifice de presque un siècle porte les ambitions modernistes du début du XXe, entre esthétique épurée et béton armé. Mais malgré les prouesses techniques, la tour se dégrade. Un chantier de rénovation va donc être lancé pour redorer le phare Perret. On remonte le fil de l'histoire.

Charline Corubolo | Vendredi 14 avril 2017

Photo : Pablo Borowicz (Flickr)


1924. L'effervescence bat son plein dans la capitale dauphinoise car Grenoble reçoit, l'année suivante, l'Exposition internationale de la houille blanche (pour qualifier la force hydraulique de l'écoulement de l'eau transformée en énergie électrique) et du tourisme. Point de chute de cette grande manifestation, le parc Paul-Mistral avec un gigantesque aménagement de pavillons. Mais à l'ère où Internet n'était qu'une douce utopie, comment se repérer dans ce dédale labyrinthique ?

C'est ainsi qu'apparaît Auguste Perret (1874-1954), architecte moderne notamment à l'ouvrage pour le Théâtre des Champs-Élysées à Paris. Il soumet un projet de tour à usage d'orientation en béton armé, fleuron de l'industrie du ciment dans la région. La proposition est acceptée, la team Perret n'a plus qu'à mettre les mains dans le ciment.

En un temps record de neuf mois, la tour Perret, haute de 95 mètres pointe comprise sur une base octogonale, se dévoile au milieu de montagnes. Avec 15 mètres de fondation, un diamètre de 8 et 8 poteaux verticaux, la tour s'érige en véritable phare. Une table d'orientation fait le tour du bâtiment à 60 mètres afin de se situer dans l'exposition de 20 hectares. Terminée le 4 mai 1925, la tour est prête à recevoir le public pour l'ouverture de l'exposition le 21 du même mois.

Seconde jeunesse pour le phare

Le problème, c'est que la première tour d'Europe en béton armé devait être, tout comme l'exposition, éphémère. Aujourd'hui seul vestige de la manifestation, l'édifice résiste mal aux outrages du temps. Les premières dégradations sont constatées en 1950, quelques réparations sont effectuées en 1952, puis en 1987, mais l'accès est fermé au public depuis 1960. Inscrite en 1975 aux monuments historiques, elle est classée en 1998 et labellisée "Patrimoine du XXe siècle". Ainsi protégé, le symbole de la modernité grenobloise du siècle dernier attend depuis plusieurs décennies une cure de jouvence pour redorer sa structure en coffrages modulaires répétitifs.

Des spécialistes s'attaquent alors au phare imprenable du parc Paul-Mistral. Des études menées en 2004 et 2012 prouvent la stabilité de l'édifice mais les dégradations du béton seront irréversibles si une réhabilitation n'est pas opérée. En novembre 2016, le conseil municipal vote le sauvetage de la tour Perret. Des travaux sont prévus prochainement, avec notamment le soutien de partenaire financiers publics et privés, des subventions institutionnelles et du mécénat d'entreprises afin de redonner sa splendeur à l'esthétique avant-gardiste du monument. Une rénovation qui permettra d'emprunter à nouveau les escaliers hélicoïdaux du dernier étage, ou l'ascenseur pour les moins Grenoblois d'entre nous. Tour Perret, bientôt, nous te visiterons à nouveau.

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Au chevet de la tour Perret

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Au chevet de la tour Perret

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Grenoble : zoom sur douze bâtiments phares du XXe siècle

La tour Perret, phare grenoblois en quête d'avenir Illuminée de bleu en son sommet et révélée une fois par an par les feux d’artifices du 14 juillet, la tour Perret, située en plein parc Paul-Mistral, demeure un emblème grenoblois, à plus d’un titre. Car malgré sa façade grisâtre, l’édifice de presque un siècle, inauguré en 1925 pour l’Exposition internationale de la houille blanche et du tourisme, porte les ambitions modernistes du début du XXe, entre esthétique épurée et béton armé. Mais malgré les prouesses techniques, la tour se dégrade. Un chantier de rénovation va donc être lancé pour redorer le phare Perret. On remonte le fil de l'histoire dans cet article. Des halles au Magasin

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ESCAPADES | Grenoble n’est pas que béton : il reste en ville un patrimoine historique riche, qui pourtant s’effrite. Place de Verdun, l’Ancien musée de peinture fait partie de ces joyaux en déshérence. On a fait un tour de table pour comprendre comment on en était arrivés là, avec notamment la mairie d’aujourd’hui et celle d’hier.

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Grenoble : attention, patrimoine en danger

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