Aurélie Dos Santos : « Le NSK détourne pour mieux questionner »

Festival | Conférences, expositions, projections, rencontres… Après une première édition remarquée en 2016, le NSK Rendez-vous prend de nouveau ses quartiers dans divers lieux grenoblois du jeudi 11 au dimanche 14 octobre. Mais c’est quoi le NSK exactement ? Aurélie Dos Santos, déléguée du festival, nous explique les tenants et aboutissants de ce mouvement artistique subversif d’une puissance peu commune.

Damien Grimbert | Mardi 9 octobre 2018

Comment présenteriez-vous le NSK ?

Aurélie Dos Santos : Le NSK, ou "Neue Slowenische Kunst", est un collectif d'art politique né sur les bases du punk, qui questionne les notions d'art, de propagande, d'identité et d'idéologie. Il est apparu au début des années 1980 en Slovénie, après la mort de Tito et avant la dislocation de la Yougoslavie. C'est un mouvement marqué à la fois par la culture industrielle très forte de Trbovlje, la ville de mineurs qui l'a vu naître, et par les grandes avant-gardes historiques et révolutionnaires – dadaïsme, surréalisme, constructivisme… – qui l'ont précédé.

Son objectif était de faire réfléchir la jeunesse yougoslave aux rapports entre l'art et la politique, très ancrés dans les pays d'Europe de l'Est de l'époque. Les artistes du NSK sont donc arrivés avec une démarche très punk : faire du graphisme, de la musique, de la peinture, du théâtre, en détournant les images de propagande des grandes idéologies communistes et nazies, et par la suite capitalistes. Et de fait, ils ont rapidement été interdits en Slovénie, parce qu'ils mélangeaient dans une même affiche, par exemple, des symboles communistes et nazis.

Il y avait une dimension provocatrice : ils voulaient rentrer en confrontation avec l'Etat, mais en utilisant les mêmes armes que ce dernier : manipulation, propagande… C'était pour eux une manière de renvoyer un miroir réfléchissant à la société, en mettant à profit tout ce que les avant-gardes artistiques leur avaient appris. Bien sûr, tout le monde a crié au scandale, mais ils ont en même temps construit de manière très intelligente une réflexion sur l'art d'État, la propagande.

Derrière la provocation se cache donc une forme d'humour à froid…

Il y a beaucoup d'autodérision dans leur travail. Encore une fois, ils parodient les systèmes totalitaires en reprenant les mêmes armes que les systèmes totalitaires. C'est extrêmement subtil comme humour, et lorsqu'on se retrouve confronté pour la première fois à leurs images, leur musique, on est d'abord choqué, on ne comprend pas trop…

Et puis ensuite on commence quand même à se poser des questions : est-ce que c'est du second degré ? du premier degré ? Ils jouent toujours sur cette limite, et c'est ça aussi qui est intéressant, dans le sens où, en tant qu'artistes, ils ne justifient jamais leur travail. Ils l'envoient dans la gueule aux gens, qui peuvent y percevoir absolument ce qu'ils veulent.

Le NSK garde-t-il selon vous sa pertinence à l'heure actuelle, dans un contexte radicalement différent ?

Alors, effectivement, les artistes du NSK sont un peu les enfants terribles de la Yougoslavie des années 1980, c'est ce contexte qui les a fait naître et les a construits. À travers leurs premiers travaux, ils ont ainsi beaucoup mis en garde sur la montée des nationalismes et l'avenir, malheureusement, leur a donné raison : la Yougoslavie s'est désintégrée et la guerre civile a éclaté.

Mais cela n'a pas signé l'arrêt de leur réflexion artistique pour autant : ils se sont ensuite attaqué à d'autres sujets, comme l'implantation du capitalisme naissant dans les anciennes fédérations yougoslaves, à travers, par exemple, l'industrie du disque et de la pop music. Laibach [la formation musicale phare du NSK et sans doute son émanation la plus connue – NDLR] a ainsi fait beaucoup de reprises, ou de détournements, d'hymnes de la pop : pour eux, une rockstar qui donne un spectacle, c'est comme un politicien qui monte sur scène, fait son discours et se fait acclamer par la foule. Ils abordent vraiment ce diktat de l'industrie du disque qui consiste à rabâcher des morceaux en boucle sur la radio pour les mettre dans la tête des gens et écraser ainsi le reste de la création artistique qui ne dispose pas de la même force de communication. Le parallèle avec la politique est évident.

De même, lorsqu'ils font une tournée au États-Unis puis, deux mois après, partent faire un concert en Corée du Nord, c'est bien sûr tout sauf innocent… Donc pour résumer, si le NSK est encore pertinent aujourd'hui, c'est que les rapports entre art et politique qu'ils interrogent depuis leurs débuts restent toujours aussi prévalents dans la société contemporaine, postmoderne, capitaliste, dans laquelle on vit aujourd'hui.

NSK Rendez-vous
Au cinéma Juliet Berto, à la galerie Showcase, à la galerie Unpass et à l'Ecole supérieure d'art et de design du jeudi 11 au dimanche 14 octobre
Programme complet sur www.nsk.ccc-grenoble.fr

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The Demon Inside

"The Demon Inside" : satanique son père | De Pearry Reginald Teo (É.-U., 1h27) avec Robert Kazinsky, Peter Jason, Florence Faivre…

Vincent Raymond | Mardi 9 juin 2020

The Demon Inside

Affecté par la mort de son épouse et traité pour troubles schizophréniques, Joel élève son fils Mason aidé par une baby-sitter mais sous surveillance d’une psy. Lorsque d’étranges phénomènes conduisent un exorciste à s’intéresser à Mason, son foyer chancelant bascule pour de bon… Qu’on aimerait ne pas avoir à renvoyer cette triste série B' à Friedkin, étant donné qu’elle semble insister davantage sur le ressenti douloureux du malade psychique que sur le tintouin grand-guignolesque de la liturgie de dépossession. Sauf que… Trop occupé, sans doute, à peaufiner son décor bleu éteint et à triturer l’esthétique de ses images subjectives, joliment irisées façon kaléidoscope, Pearry Regnald Teo n’a pas jugé utile de proposer quelque nouveauté dans la représentation de l’exorcisme d’un gamin : voix rauque borborygmant du latin, pustules diverses, reflux œsophagien sur curés… Pas l’once d’une nouveauté audacieuse au tableau. Mais le pompon, en ce XXIe siècle censément spirituel, c’est lorsque le prêtre convainc le père aux abois que sa pratique magique est légale, garantie par « le premier amendement ». Aussi imparable, justifié et d’actualité que le port d’

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"Roxane" : les œufs de la rampe

ECRANS | De Mélanie Auffret (Fr, 1h28) avec Guillaume de Tonquédec, Léa Drucker, Lionel Abelanski…

Vincent Raymond | Mardi 11 juin 2019

La coopérative du village ayant mis un terme au contrat le liant à son exploitation avicole, Raymond tente le tout pour le tout pour sauver ses poules : lui, le passionné de théâtre, se filme sur Internet en train de déclamer des vers à ses gallinacés. Au cas où ça ferait un buzz… Pas très éloigné en thématique (ni sur la carte) du pathétique Normandie nue (2018), ce premier long-métrage de Mélanie Auffret touche infiniment plus juste que la pantalonnade téléfilmesque de Philippe Le Gay. Oh, il y aura bien des esprits forts pour dénigrer par principe une comédie sociale s’inscrivant dans la ruralité ou moquer certains raccourcis. N’empêche : Roxane parle avec une appréciable fraîcheur de sujets aussi profonds que ceux abordés par Hubert Charuel dans Petit paysan (2017) : le cynisme des gros agro-industriels organisant la disparition des petites exploitat

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Retour à Sarajevo avec le NSK Rendez-vous

Festival | Troisième édition déjà pour ce festival dédié au passionnant collectif d’art politique slovène Neue Slowenische Kunst. L’occasion d’explorer cette fois son intervention en 1995 à Sarajevo, en plein cœur d’une ville exsangue car assiégée depuis trois ans.

Damien Grimbert | Lundi 13 mai 2019

Retour à Sarajevo avec le NSK Rendez-vous

Un peu de contexte pour commencer. En 1984, quatre ans après la mort de Tito, dans la partie slovène de ce qui est encore la Yougoslavie, naît le NSK, collectif pluridisciplinaire d’avant-garde dédié à l’exploration des liens explosifs entre art, politique et propagande. En son sein, on retrouve le fameux groupe de musique industrielle Laibach et les artistes plasticiens d’IRWIN, auxquels se joindront par la suite différents "départements" explorant des domaines contingents – théâtre, graphisme, art vidéo, philosophie, architecture… Sept années plus tard, en 1991, la Slovénie devient indépendante, au seuil d’une guerre de dix jours qui va amorcer le démantèlement progressif de l’État yougoslave. Le NSK se métamorphose alors en NSK State In Time, micronation utopique et transnationale définie par des frontières non pas géographiques mais temporelles. C’est à cette période clé que s’attache en grande partie cette troisième édition grenobloise du NSK Rendez-vous. Culture et obus Outre une exposition de l’artiste Bojan Stojčić à la galerie Showcas

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"Fugue" : fermez la parenthèse

ECRANS | De Agnieszka Smoczynska (Pol-Tch-Sué, 1h40) avec Gabriela Muskala, Lukasz Simlat, Malgorzata Buczkowska…

Vincent Raymond | Lundi 6 mai 2019

Sortie de nulle part, Alicja a échoué sur un quai de métro, amnésique. Deux ans plus tard, elle est identifiée par sa famille et se découvre un époux (qui a refait sa vie), un fils, des parents, une existence rangée, loin de sa nouvelle apparence plus "déstructurée". Pourra-t-elle s’y réintégrer ? La réelle question posée par Fugue n’est pas tant la possibilité de restaurer sa mémoire et sa vie passée, mais plutôt le droit à "l’évaporation" telle qu’évoquée jadis par le cinéaste japonais Shohei Imamura – fût-elle comme ici accidentelle. L’amnésie ayant transformé Alicja en une personne différente (et lui ayant conféré une nouvelle identité), elle se trouve confrontée à un traumatisme supplémentaire : se soumettre à un désir de conformité social qui lui est totalement étranger. Comment en effet éprouver sur commande un amour viscéral pour de parfaits étrangers ? Elle et sa famille ont fait leur deuil ; il leur est pourtant imposé de reprendre le cours de leur vie commune, comme si de rien n’était. Déroutant, voire perturbant si l’on s’en tient aux critères habituels du récit raccommodant à tout crin le passé, Fugue

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Kavinsky : pour l’amour des synthés (et du Spring’Alp festival)

Festival | Tête d’affiche, aux côtés de Cut Killer, Bon Entendeur et Joris Delacroix, de la première édition du Spring’Alp, festival électro prévu ce vendredi 29 mars au Palais des sports de Grenoble, Kavinsky défend depuis maintenant plus de douze ans une vision fantasmée des années 1980 où synthés et grosses cylindrées règnent en maîtres. Explications.

Damien Grimbert | Lundi 25 mars 2019

Kavinsky : pour l’amour des synthés (et du Spring’Alp festival)

Si, pour beaucoup, le nom de Kavinsky restera à jamais associé à la bande-son de Drive, polar ouaté et atmosphérique de Nicolas Winding Refn sorti en 2011, la carrière de l’artiste parisien né en 1975 n’en a pas moins démarré cinq ans plus tôt, en 2006 précisément. Ami de longue date du cinéaste Quentin Dupieux alias Mr Oizo (il figurait ainsi à l’affiche de son premier long-métrage Nonfilm en 2001), Vincent Belorgey de son vrai nom fait ainsi des débuts remarqués sur la scène électronique dès son premier EP Teddy Boy, sorti sur le label Record Makers et porté par le tube fracassant Testarossa Autodrive. D’emblée, l'homme porte haut ses influences : un univers profondément marqué par les séries B américaines badass des années 1980 et leurs bandes-son synthétiques vintage, à commencer par celles du cinéaste et compositeur culte John Carpent

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Les neuf vies de Brodinski

Soirée | De ses débuts fulgurants dans le deejaying à son statut actuel de producteur pour la nouvelle génération de rappeurs d’Atlanta, Brodinski n’a cessé d’accumuler les casquettes et les expériences à une vitesse démesurée. Récapitulatif à l’occasion de son passage jeudi 14 mars au Black Lilith.

Damien Grimbert | Mardi 12 mars 2019

Les neuf vies de Brodinski

Toujours en décalage, mais toujours au bon endroit : c’est peu ou prou ce qui caractérise Brodinski depuis ses débuts il y a maintenant une douzaine d’années. À l’époque, l’opposition est farouche entre garants de l’orthodoxie électro-techno et jeunes pousses grandies à la blog-house et au téléchargement illégal. Une guerre des tranchées à laquelle le Français Louis Rogé de son vrai nom refuse d’emblée de prendre part, ponçant les classiques des décennies passées tout en restant à l’affût des dernières tendances. Ce qui ne l’empêche pas de connaître des débuts fulgurants, enchaînant les DJ-sets à l’international avant même ses vingt ans. Déjà doté d’un solide background en musiques électroniques, il se prend rapidement de passion pour le rap contemporain, qu’il vienne d’Atlanta, Memphis, Houston, Chicago ou la Bay Area. C’est autour de cette double identité qu’il va construire en 2011 l’esthétique musicale de son label Bromance, qui va rapidement servir de terre d’accueil à toute une petite famille d’artistes. Un amour partagé qui va aussi lui permettre de collaborer en 2013 avec Kanye West sur son avant-gardiste album Yeezus, aux côtés de son

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"Rosemary’s Baby" : beauté (cinématographique) du diable

ECRANS | Le Ciné-Club de Grenoble lancera mercredi 5 décembre son cycle "Ô Diable" avec ce film culte de Roman Polanski.

Vincent Raymond | Mardi 27 novembre 2018

Mercredi 5 décembre, le Ciné-Club de Grenoble entamera son cycle "Ô Diable" en invoquant une œuvre à la sulfureuse réputation : Rosemary’s Baby (1968). Oh, il ne la doit pas tant à son histoire délicieusement inquiétante de possession et d’enfantement satanique savamment ourdie par un Roman Polanski alors galvanisé par son premier tournage à Hollywood et la promesse de son avenir radieux avec Sharon Tate ; ni à l’interprétation terrifiante de retenue de John Cassavetes ; pas plus qu’à la puissance de la suggestion qui fit croire à des milliers de spectateurs qu’ils avaient vu le visage du bébé. Ce qui, hélas, a contribué à la postérité de ce film, ce sont les tragédies bien réelles que d’aucuns ont bien voulu lui rattacher : le meurtre de Sharon Tate par les émules de Charles Manson, l’assassinat de John Lennon devant l’immeuble servant de décor, les "errements" de Polanski – et l’on en passe. Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain et revoyons le film pour ce qu’il est : un chef-d’œuvre de l’épouvante, qui glace le sang dès les premières mesures du générique, sur cette berceuse dissonante chantée par une mère détraquée, à qu

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Corps croisés au Mois de la photo de Grenoble

ARTS | Avec une multitude de propositions, le Mois de le Photo, organisé par la Maison de l'Image de Grenoble, est l'occasion rêvée de se faire une cure photographique. Après débroussaillage et repérage dans le vaste programme, nous avons sélectionné quelques-unes des expositions qui ont accroché notre regard. Dont, forcément, celle, place forte de l’événement, proposée à l'Ancien musée de peinture autour du « corps en présence ».

Benjamin Bardinet | Mardi 13 novembre 2018

Corps croisés au Mois de la photo de Grenoble

Chaque année, le cœur battant du Mois de la photo se trouve dans le magnifique (même si plus très en forme) Ancien musée de peinture, place de Verdun. Pour cette édition, le parcours débute avec une présentation des cinq lauréats de l'appel à photo organisé par la Maison de l’image autour du thème « corps en présence ». Ô joie, c'est avec deux propositions inattendues et réussies que s'ouvre la sélection. Dans ses photos, Pablo-Martín Córdoba a enregistré le flux des citadins canalisés par les espaces architecturaux, tandis que Gilberto Güiza-Rojas propose de sobres mais percutantes mises en scène interrogeant la place du corps dans le monde du travail – anonyme pour les uns, bête de somme pour les autres. Autre bonne surprise : plus loin, immergé dans des raves-party dionysiaques, Étienne Racine nous crache à la figure des corps imbibés d'alcool et ruisselants de sueur – à l'opposée de l'imagerie aseptisée des corps stéréotypés de la pub et du cinéma.

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Classique enflammé avec l’Orchestre de chambre de Bâle

Concert | Et c’est parti pour une nouvelle saison musique classique à la MC2. Pour débuter, on a rendez-vous avec du lourd : l’Orchestre de chambre de Bâle (...)

Régis Le Ruyet | Mardi 25 septembre 2018

Classique enflammé avec l’Orchestre de chambre de Bâle

Et c’est parti pour une nouvelle saison musique classique à la MC2. Pour débuter, on a rendez-vous avec du lourd : l’Orchestre de chambre de Bâle programmé vendredi 28 septembre à 20h30. Avec une invitée de marque en la personne de Patricia Kopatchinskaja. Venue du « pays de nulle part » (c’est elle qui le dit), la violoniste moldave arpente pieds nus les parquets du monde. D'un tempérament éclair, son jeu ébouriffant défrise à grands coups d'archet des œuvres que l'on peut juger académiques. Une étincelante frondeuse dont l'interprétation laisse rarement indifférent son auditoire. Avec la formation dirigée par Heinz Holliger, elle devrait notamment donner du fouet au Concerto pour violon en sol majeur de Joseph Haydn. Un concert à retrouver dans le cadre de la thématique musique et humour en place cette saison à la MC2.

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"The Last Family" : il était une fois Zdzisław Beksiński

ECRANS | de Jan P. Matuszynski (Pol., 2h03) avec Andrzej Seweryn, Dawid Ogrodnik, Andrzej Chyra…

Vincent Raymond | Mardi 16 janvier 2018

Principalement connu des amateurs d’art et de faits divers, Zdzisław Beksiński (1929, assassiné en 2005) est un peintre polonais dont la singulière existence, au moins aussi atypique que ses toiles (classées "surréalistes"), méritait a minima un coup de projecteur. Créant de l’étrangeté par son hypernaturalisme, ce biopic propose une approche astucieuse des trente dernières années de ce plasticien vivant quasi reclus avec sa famille (comptant un fils bancal et suicidaire), en faisant se succéder de longues séquences empruntées à leur quotidien. L’acte créatif ne figure pas au centre du propos du réalisateur polonais Jan P. Matuszynski : c’est bien la vie privée, ce ferment de l’imaginaire, qui l’intéresse. Beksiński y apparaît comme exagérément stable dans des situations requérant des émotions chez des individus lambda (comme la maladie ou la mort de ses proches), doublé d’un authentique maniaque enregistrant tout, jusqu’aux conversations domestiques. Imperméable à ce qui se passe hors de son pâté de maison, il l’est aussi aux chamboulements considérables rencontrés par la Pologne durant ces trois décennies : c’est le

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Petit Fantôme et Chapelier Fou : 50 muances de pop

Concert | Posté, a priori, chacun à une extrémité du spectre des musiques actuelles, il se pourrait bien que les deux locataires d'un soir de la Belle électrique – l'electronicien classique Chapelier Fou et son ouvreur rock DIY Petit Fantôme – aient beaucoup plus à voir l'un avec l'autre que supposé.

Stéphane Duchêne | Mardi 28 novembre 2017

Petit Fantôme et Chapelier Fou : 50 muances de pop

À première vue, il n'y a pas grand-chose de commun entre les deux artistes français qui se partageront la scène de la Belle électrique ce soir du 1er décembre. Pas grand-chose à part un nom qui évoque l'univers du conte pour enfants : Chapelier Fou pour l'un, Petit Fantôme pour l'autre. Pour le reste, l'un est lorrain et verse dans un savant alliage d'électronica premium et de musique classique ; l'autre est basque et se révèle enfant du rock "do it yourself", de la pop sucrée, des guitares saturées et des synthés vintages. De fait, rien ne pourrait davantage éloigner deux personnages dont la transversale géographique n'a d'égale que la diagonale musicale qui les sépare plus qu'elle ne les relie. Pourtant, si l'on se penche plus avant sur le cas de Louis Warynski et Pierre Loustaunau, on s'aperçoit qu'au-delà des esthétiques propres à chacun et de leurs sobriquets, il y a comme un cousinage : une histoire de démarche, une manière d'être à la musique dans sa conception, un amour commun pour le travail de laborantin et le syncrétisme musical. Quand l'un, Chapelier fou, accouche dans son home-

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Gore Verbinski : « "A Cure for Life" essaie de pénétrer en vous psychologiquement »

Interview | Réalisateur des trois premiers volets de "Pirates des Caraïbes", de "Rango" (2011) et de "Lone Ranger" (2013), Gore Verbinski s’essaie au thriller fantastico-métaphysique avec "A Cure for Life". Rencontre.

Vincent Raymond | Mardi 14 février 2017

Gore Verbinski : «

Pourquoi avoir situé A Cure for Life en Suisse germanophone ? Gore Verbinski : Parce que notre influence principal avec le coscénariste Justin Haythe, c’était La Montagne magique de Thomas Mann. Nous voulions l’idée d’un sanatorium en hauteur depuis des siècles, contemplant la société, et qui ait été le témoin de la révolution industrielle, de l’avénement des ordinateurs. En somme, toutes ces choses ayant petit à petit mis l’Homme moderne dans la condition de maladie où il se trouve. Ce lieu est aussi un endroit de purification, comme une bulle, hors de l’espace-temps : quand l’on s’en approche, les portables ne marchent plus, les montres s’arrêtent, le temps s’écoule dans un registre différent. Lorsque le héros y arrive, il est "ailleurs". Quelles sont vos autres influences, en particulier cinématographiques ? Au moment de la production, alors que le film était déjà écrit, l’un des producteurs m’a conseillé de regarder Trai

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"A Cure for Life" : le conte (gothique) n'est pas bon

ECRANS | de Gore Verbinski (ÉU.-All, 2h27) avec Dane DeHaan, Mia Goth, Jason Isaacs…

Vincent Raymond | Mardi 14 février 2017

Impatient de gravir les échelons de son entreprise, l’ambitieux Lockhart accepte une étrange mission : aller chercher l’un de ses patrons en cure dans une clinique suisse. Mais, sur place, le jeune trader se trouve piégé dans cet institut aux procédés peu orthodoxes. Au point d’en devenir patient… La lecture de La Montagne magique de Thomas Mann peut entraîner des effets secondaires différant selon les tempéraments. Ainsi, quand Wes Anderson développe un Grand Budapest Hotel d’une noire fantaisie baroque, le bien prénommé Gore Verbinski accouche d’une série B horrifique aux tendances schizoïdes. Las ! Sa symbolique ampoulée suggère plutôt le Alan Parker tardif découvrant les mutations stylistiques des années 1990, tout en le plaçant bien loin des atmosphères Mitteleuropa saturées de vapeurs jaunâtres exhalées par

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Les huit expositions à voir ou à revoir pendant les fêtes

Sélection | Si la vie culturelle de l’agglo est loin d’être intense pendant les vacances de Noël, pas mal de lieux d’exposition, eux, restent ouverts pour assurer au public un service d’intérêt général. Nous vous avons du coup sélectionné les huit propositions immanquables du moment, à parcourir en famille ou entre adultes consentants. Bonne(s) visite(s).

La rédaction | Mardi 20 décembre 2016

Les huit expositions à voir ou à revoir pendant les fêtes

Kandinsky au Musée de Grenoble C’est la grosse expo du moment, comme seul (ou presque) le Musée de Grenoble sait le faire. Se concentrant sur la période parisienne de l’artiste (de 1933 à 1944), le musée dévoile les dernières années de création de Vassily Kandinsky avec une scénographie sobre et chronologique. Les toiles du père de l’abstraction jouent avec les formes et les couleurs, ouvrant ainsi un nouveau monde sensible. La sélection présentée dévoile alors une nouvelle grammaire plastique marquée par le biomorphisme et une palette chromatique plus douce, pour une exposition céleste. Tlj sauf mar de 10h à 18h30 (17h30 sam 24 et 31 décembre). Fermé les dim 25 déc et 1er janv 8€ (5€ en tarif réduit, et entrée libre pour certains publics – demandeurs d’emploi ou moins de 26 ans notamment) Ateliers et visites guidées complets pendant les vacances ________ Pic & Bulle au Musée de l’Ancien Évêché

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"Une semaine et un jour" : cocotte-minute, sauce demi-deuil

ECRANS | Sa semaine rituelle de deuil accomplie, un couple de quinquagénaires ayant perdu son fils prend des détours baroques pour achever sa consolation. Tout sauf funèbre, cette tranche de vie après la mort est l’œuvre d’un prometteur jeune cinéaste israélien, Asaph Polonsky.

Vincent Raymond | Mardi 13 décembre 2016

La perte d’un enfant possède la peu enviable réputation de surpasser en abomination tous les chagrins ; d’être également, pour les auteurs les moins scrupuleux (ou les plus crapuleux), un fructueux gisement romanesque. Si Asaph Polonsky a choisi, pour son premier long-métrage, de tourner autour de ce noir sujet, il l’aborde presque à contrepied : en arrivant "après la bataille", c’est-à-dire après le trépas du fils. Il nous épargne la maladie, l’agonie, puis la disparition du corps. Pour autant, la guerre, loin d’être gagnée, ne fait que commencer pour les parents. La vie, après la mort En particulier pour le pittoresque personnage du père incarné par Shai Avivi, que l’accablement et la colère vont désinhiber à la manière de Kevin Spacey dans American Beauty : comportements impulsifs face à ses voisins, petites (ou grosses) transgressions en compagnie de leur grand rejeton, semi-fugue… Autant de sorties de routes incongrues, jusqu’à une rencontre fortuite avec la mort – une autre mort – parvenant à lui faire digérer sa révolte et accepter l’inacceptable. Polonsky se sert du contexte d’un service funèbre pour cristalliser

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Kandinsky au Musée de Grenoble

ARTS | Un reportage sur l'exposition "Kandinsky - Les années parisiennes (1933-1944)" proposée jusqu'au dimanche 29 janvier au Musée de Grenoble

La rédaction | Mercredi 7 décembre 2016

Kandinsky au Musée de Grenoble

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Musée de Grenoble : Kandinsky ou l’abstraction affranchie

ARTS | Pionnier de l’abstraction, animé par une « nécessité intérieure », Vassily Kandinsky (1866-1944) a fait œuvre de spiritualité dans sa peinture. Une peinture qui versa dans le biomorphisme durant ses dernières années à Paris, centre de la nouvelle exposition du Musée de Grenoble. Une présentation qui dévoile les tenants, plastiques et symboliques, de cette période pour une exposition céleste.

Charline Corubolo | Lundi 31 octobre 2016

Musée de Grenoble : Kandinsky ou l’abstraction affranchie

Des lignes anguleuses découpant la couleur aux cellules constellant la toile, l’œuvre de Vassily Kandinsky est animée par le même dessein, ponctué d’évolutions plastiques qui creusent, au début du XXe siècle, le sillon de l’abstraction. Né à Moscou en 1866, l’artiste russe connaîtra plusieurs exils qui marqueront son art. C’est dans ce contexte que le Musée de Grenoble dévoile l’exposition Kandinsky, les années parisiennes [1933-1944] et cherche ainsi à parcourir l’œuvre d'un des pères de l’abstraction à travers le prisme de son histoire personnelle, marquée par diverses ruptures qui influencent alors sa touche. Au début de sa carrière, Kandinsky déploie une abstraction profondément mentale d’abord à Munich, en théorisant notamment l’abondant de la figuration au profit d’une « nécessité intérieure » dans Du spirituel dans l’art en 1911, puis au Bauhaus de Weimar, école allemande dans laquelle il enseigne jusqu’à sa fermeture par les nazis. L’artiste explore une abstraction picturale plus douce et imagée lors de

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Expo : les cinq temps forts de la saison à Grenoble et dans l'agglo

Saison 2016 / 2017 | Cette année, direction le Musée de Grenoble, la galerie Spacejunk, le Musée dauphinois, le Musée de l'Ancien Évêché ou encore la Ville d'Échirolles.

Charline Corubolo | Mardi 27 septembre 2016

Expo : les cinq temps forts de la saison à Grenoble et dans l'agglo

Le bleu de Paris Les femmes (Georgia O'Keeffe et Cristina Iglesias) vont laisser place aux artistes disparus au Musée de Grenoble. Et si en mars prochain l'institution se consacrera à la touche d'Henri Fantin-Latour, sa saison s'ouvrira avec les années parisiennes de Vassily Kandinsky (1866-1944). Père de l'art abstrait dont l'œuvre est principalement connue pour sa construction géométrique, le peintre russe a laissé son style flirter avec le biomorphisme durant ses dernières années à Paris (1933-1944), lorsqu'il fuyait le nazisme. Les angles deviennent courbes, manifestation de sa passion pour les sciences, comme autant d'organismes cellulaires perdus dans le Bleu du ciel, pour une abstraction au plus près de la nature sous forme de synthèse d'œuvre. L’exposition de cette rentrée 2016. Kandinsky, les années parisiennes (1933-1944)

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Kandinsky au Musée de Grenoble fin octobre

ARTS | Considéré comme l'un des pionniers de l'art abstrait, Vassily Kandinsky (1866 - 1944) fera l'objet d'une exposition au Musée de (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 27 juillet 2016

Kandinsky au Musée de Grenoble fin octobre

Considéré comme l'un des pionniers de l'art abstrait, Vassily Kandinsky (1866 - 1944) fera l'objet d'une exposition au Musée de Grenoble (du 29 octobre 2016 au 29 janvier 2017) centrée sur ses années dites "parisiennes", de 1933 à 1944. Des années marquées par son intérêt accru pour les sciences et la spiritualité, et, plastiquement, par une synthèse entre son vocabulaire géométrique et des tracés plus aléatoires et ondulants. Pour en savoir plus sur cette exposition, et plus largement sur toutes celles prévues cette saison à Grenoble et dans l'agglo, rendez-vous le mercredi 28 septembre, date de sortie de notre numéro Panoram’Art.

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"Le Labyrinthe du silence" : le passé allemand regardé en face

ECRANS | Mon Ciné, à Saint-Martin-d'Hères, organise ce mercredi un ciné-débat autour du film de Giulio Ricciarelli sorti en avril 2015. Soit, en 1958, l'histoire d'un jeune procureur qui met la main sur des pièces essentielles permettant l’ouverture d’un procès contre d’anciens SS...

Vincent Raymond | Lundi 13 juin 2016

Si le match France-Albanie de ce mercredi 15 juin ne suscite en vous qu’une curiosité modérée, préférez au petit écran l’immersion dans la grande Histoire proposée par Mon Ciné à l’occasion d’un ciné-débat autour du film Le Labyrinthe du silence (2015). Soit un retour aux temps du "Wirtschaftswunder", c’est-à-dire l’époque où l’économie de l’Allemagne de l’Ouest se relevait triomphalement, conduisant un pays pacifié malgré sa partition à sa réintégration dans le concert des nations. Un pays où, durant près de quinze ans après les procès de Nuremberg, le passé honteux et criminel du régime nazis avait été comme tu, permettant à des dignitaires SS reversés dans la haute administration ou le patronat de mener une carrière florissante sans être inquiétés. Jusqu’à ce qu’une troupe de magistrats opiniâtres ouvre une instruction en 1958, et mène devant les tribunaux des anciens tortionnaires d’Auschwitz. Très proche du récent Fritz Bauer, un héros allemand, le film de Giulio Ricciarelli relate

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Subversion à la slovène avec le NSK Rendez-Vous

CONNAITRE | Du jeudi 19 au samedi 21 mai, le Mark XIII et le cinéma Juliet Berto se proposent de décrypter le NSK (l’acronyme du "Neue Slowenische Kunst – Nouvel Art Slovène"), mouvement artistique méconnu en France.

Damien Grimbert | Mardi 17 mai 2016

Subversion à la slovène avec le NSK Rendez-Vous

Mouvement artistique aussi passionnant que méconnu, le NSK (pour Neue Slowenische Kunst, ou Nouvel Art Slovène) interroge avec force les jonctions entre art, politique et propagande. Créé en 1984 dans ce qui est encore la Yougoslavie, le collectif pluridisciplinaire, qui regroupe le fameux groupe de musique industrielle Laibach (en photo), la troupe de théâtre contemporain Noordung et les artistes plasticiens d’IRWIN, va créer une véritable onde de choc. Et pour cause : en se réappropriant les codes et l’esthétique propagandiste de régimes totalitaires antagonistes tout en refusant systématiquement de s’en justifier, le NSK confronte la société de son époque à des questionnements et tabous qu’elle aurait préféré esquiver. « Toute forme d’art est soumise à la manipulation politique, excepté celle qui utilise le langage même de cette manipulation » expliqueront plus tard les théoriciens du collectif. Dédiée à mettre en lumière l’univers riche et complexe du mouvement, la manifestation NSK Rendez-Vous regroupera sur trois jours une exposition, une soirée multimédia autour de Laibach, et surtout la projection d’un documentaire rarissime, Predictions o

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Passeurs d'histoires au Centre d'art Bastille

ARTS | Dans une ère accélérée, la maxime « résister au temps » tend à accentuer la nécessité de se raconter. Un socle réflexif pertinent proposé par le Centre d'art Bastille dans le cadre de ses dix ans, avec l'exposition collective "N(v)otre H(h)istoire". Une sorte de rétrospective qui interroge les murs du lieu mais aussi la pérennité de l'art contemporain, à travers nos histoires individuelles et communes.

Charline Corubolo | Mardi 3 mai 2016

Passeurs d'histoires au Centre d'art Bastille

Si la dernière exposition du Centre d'art Bastille questionnait notre mémoire collective à travers l'Histoire des déportés politiques sous l'empire colonial, l'actuelle s'insère dans un souvenir local et artistique, où chacun se raconte. N(v)otre H(h)istoire, regroupant 15 œuvres d'artistes français et étrangers, interroge le temps qui passe à travers la notion d’implantation, sur le site même de la Bastille comme carrefour historique et touristique grenoblois, et la persistance de l'art, en tant qu'objet mais aussi expérience. En une décennie, une cinquantaine de projets ont eu lieu entre ces murs de pierres, et tel un mémento artistique introspectif, l'exposition sonde les esprits sur ce qui doit rester de ces dix ans. Face à la perte de mémoire, l'Histoire et les histoires intimes s'entremêlent pour résister à l'effacement. Des souvenirs croisés que le centre d'art tente de rejoindre en présentant quelques artistes déjà passés ici, comme pour défier le temps qui passe et réactiver un moment où plusieurs éléments étaient en jeu : l'expérience individuelle, la participation commune à une exposition et l'apport de l'art contemporain. Rémin

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Le Trésor

ECRANS | Touchant à tous les registres sans faire de tapage, Corneliu Porumboiu compose, film après film, une peinture méticuleuse de la société roumaine contemporaine. Et s’impose comme le plus important cinéaste actuel de son pays. Nouvelle perle à sa filmographie, “Le Trésor” ne fait que le confirmer. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 9 février 2016

Le Trésor

Qu’est-ce qu’un trésor ? À cette question, chacune et chacun possède au moins deux réponses. L’une sentimentale, se référant à un objet matériel ou immatériel dénué de toute valeur marchande ; l’autre, absolue, désignant un bien universellement reconnu comme précieux, source de richesse potentielle pour son détenteur. Il est rare dans notre monde matérialiste que les deux définitions se superposent ou que l’une parvienne à se substituer à l’autre, à moins que l’on ait conservé une âme innocente. C’est le cas de Corneliu Porumboiu qui, malgré sa lucidité d’adulte, sait encore décocher des regards en direction d’un naturel merveilleux. Avoir un tel sens de l’absurdité et faire preuve d’autant de poésie relève du prodige. De l'ironie à la pelle Chaque époque connaît sa quête du Graal, plus ou moins ludique, plus ou moins comique. Ce film en est une, qui renvoie à un temps et à un imaginaire révolus – celui des romans peuplés de pirates dissimulateurs, ou de ces contes que le héros Costi lit le soir à son fils. Seulement, en étant transposée de nos jours à l’échelle d’un jardin, l’aventure se trouve comme vidée de sa substance héroïque, de son éclat, d’une form

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Le Labyrinthe du silence

ECRANS | De Giulio Ricciarelli (All, 2h03) avec Alexander Fehling, André Szymanski…

Christophe Chabert | Mardi 28 avril 2015

Le Labyrinthe du silence

Alors que les spectateurs français ne manifestent pas une passion débordante pour l’Histoire contemporaine de leur propre pays, ils ont tendance à acclamer la moindre fiction évoquant celle de l’Allemagne. Le Labyrinthe du silence a déjà moissonné on ne sait combien de prix du public dans les festivals et s’apprête à faire le bonheur des enseignants lors des séances scolaires, le film étant taillé sur mesure pour être transformé en chair à débats et exposés. Niveau cinéma, en revanche, l’affaire est carrément discutable. Car s’il est bon de rappeler que l’Allemagne a mis près de vingt ans à instruire le procès des criminels SS qui, la guerre terminée, avaient tranquillement retrouvé une place dans l’establishment du pays, on aurait aimé que Giulio Ricciarelli empoigne le sujet avec autre chose qu’une reconstitution ripolinée, une mise en scène impersonnelle à l’Américaine et quelques bons gros clichés qui, c’est un comble, finissent par semer le doute sur la crédibilité de ce que l’on nous raconte. Il faut dire qu’à force de brushings impeccables (l’ambassadeur américain, proche de la parodie façon OSS 117), de musiques emphatiques et de grands élans

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Rocktambule : vingt ans et toutes ses bulles

MUSIQUES | Fini l’adolescence, le festival Rocktambule a atteint ses vingt ans ! Et compte bien les fêter de la plus belle manière, c’est-à-dire en musique et pendant trois soirs d’affilée, sur le site de l’esplanade. De notre côté, on a été piocher dans la prog’ nos petits favoris, avec l’éternelle subjectivité qui nous caractérise. Damien Grimbert et Stéphane Duchêne

Damien Grimbert | Mardi 7 octobre 2014

Rocktambule : vingt ans et toutes ses bulles

Rustie & Hudson Mohawke Jeunes prodiges de la fertile scène de Glasgow devenus en l’espace de quelques années de véritables stars internationales, Rustie et Hudson Mohawke n’ont rejoint que tardivement la programmation du festival, mais cette nouvelle n’aurait pu nous faire plus plaisir. Déjà parce qu’on les suit depuis leurs presque tous débuts, aux alentours de 2008, lorsqu’à peine sortis de l’adolescence, ils repoussaient du fin fond de l’Écosse les frontières devenues encombrantes à leurs yeux entre électronica scintillante, rap mutant, R’n’B dégoulinant et bass music acérée. Ensuite parce que leur formule a depuis fait recette, leur permettant de signer sur le label de référence Warp en 2009, puis de conquérir progressivement la planète électronique comme les ténors du rap U.S. mainstream dans les années qui suivent, engendrant même au passage une nouvelle esthétique musicale (la trap). S’ils ont toujours su garder une distance prudente avec les excès pas toujours très finauds de cette dernière, leur marque de fabrique s’est néanmoins construite sur une fine frontière entre une production maximaliste (basses surpuissantes, synthés toni

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Les soirées de février

MUSIQUES | Balkan Beat Circus Pour son tout premier événement, la jeune association grenobloise Bakkus propose une alléchante soirée pluridisciplinaire au Drak-Art, (...)

Damien Grimbert | Mardi 4 février 2014

Les soirées de février

Balkan Beat Circus Pour son tout premier événement, la jeune association grenobloise Bakkus propose une alléchante soirée pluridisciplinaire au Drak-Art, placée sous le double signe de la musique balkanique et des bazars forains d’antan. Au programme, des Dj-sets orientés balkan beat par le Barcelonais Grounchoo (photo) et les locaux du BSP Crew (Little Tune, Matt Tracker et DJ Akor), mais également trois spectacles visuels signés par les Lyonnais de Freaks Factory : Lady Dada (show burlesque), Erica Jolibellule (hula-hoop) et E Kartel Perf (fakirisme). Le tout sous l’égide de la mystérieuse femme à barbe Jessica Morrigan, qui jouera le rôle de maîtresse de cérémonie tout au long de la soirée. Histoire de rajouter encore un peu à l’ambiance, précisons que les déguisements insolites seront les bienvenus… Balkan Beat Circus, samedi 8 février au Drak-Art

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À la guerre comme à la guerre

SCENES | Il y a plusieurs façons de tirer sa référence lorsqu’on est mis à la porte. On peut, par exemple, jouer la carte du contre-pied frondeur, façon de signifier à (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 17 janvier 2014

À la guerre comme à la guerre

Il y a plusieurs façons de tirer sa référence lorsqu’on est mis à la porte. On peut, par exemple, jouer la carte du contre-pied frondeur, façon de signifier à ceux qui vous ont viré qu’ils ont fait une belle connerie. On peut aussi continuer sa route comme si de rien n’était, en restant fidèle à son univers, quitte à donner raison à ses contempteurs. C’est cette deuxième voie qu’a choisie le metteur en scène Jacques Osinski, directeur jusqu’au 31 décembre 2013 du Centre dramatique national des Alpes. Un CDNA qui a disparu depuis, sur décision des différentes tutelles, et dont les missions seront avalées par la MC2 (mais c’est encore flou). Pour sa dernière pièce à domicile (oui, même si le 31 décembre est passé, la MC2 a quand même tenu ses engagements de programmation décidés avant la fusion), Jacques Osinski renoue avec le dramaturge de langue allemande Ödön von Horváth qu’il affectionne tant (il a déjà monté plusieurs de ses textes). Son Don Juan revient de guerre reste alors dans la lignée de ses précédentes créations : même scénographie froide, même héros en retrait

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La Vénus à la fourrure

ECRANS | Une actrice, un metteur en scène, un théâtre et "La Vénus à la fourrure" de Sacher-Masoch : un dispositif minimal pour une œuvre folle de Roman Polanski, à la fois brûlot féministe et récapitulatif ludique de tout son cinéma. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 6 novembre 2013

La Vénus à la fourrure

À sa sortie, on avait pris Carnage pour une sorte de repli stratégique de la part de Roman Polanski. L’adaptation de la pièce de Yasmina Reza venait après ses déboires avec la justice suisse, et le choix d’un huis clos à quatre personnages lui permettait de tourner vite en déclinant en virtuose sa science du découpage et de la mise en scène. Surtout, il y circulait une rage que l’on imaginait circonstanciée, là encore liée à cette énième humiliation dans une vie déjà chaotique. Derrière sa réjouissante santé, par-delà la comédie de mœurs labyrinthique à laquelle Polanski nous convie, La Vénus à la fourrure poursuit ce double geste de façon enthousiasmante. C’est une charge virulente contre l’époque et ses travers, ici pris sous l’angle de la lutte des sexes, et c’est à nouveau un huis clos tiré d’une pièce de théâtre, signée cette fois David Ives ; sauf que cette fois, le théâtre est le lieu et la matière du film, même si, en transparence, le cinéaste vise aussi tout ce qu’i

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"L’Histoire du soldat / L’Amour sorcier" : mention assez bien

Spectacle | Réunir les trois directeurs des centres de création affiliés à la MC2 pour un spectacle forcément événement : voilà le projet du diptyque composé de "L’Histoire du soldat" d'Igor Stravinsky et de "L’Amour sorcier" de Manuel de Falla. Avec donc aux commandes Marc Minkowski des Musiciens du Louvre Grenoble, Jacques Osinski du Centre dramatique national des Alpes, et Jean-Claude Gallotta du Centre chorégraphique national de Grenoble. Pour une création agréable mais finalement assez convenue.

Aurélien Martinez | Jeudi 17 octobre 2013

C’est l’histoire de trois artistes (plus ou moins) installés dans les murs de la MC2, évoluant chacun dans son domaine (la musique classique pour Minkowski, la danse contemporaine pour Gallotta et le théâtre pour Osinski), livrant régulièrement de nouvelles propositions artistiques. Trois figures emblématiques d’une certaine culture grenobloise qui ont fini par bosser ensemble – une idée vieille comme le monde comme nous l’expliquait le trio en interview. Le fil directeur de leur réunion ? Un projet qui puisse laisser chacun de trois participants s’exprimer. Le choix effectué ? Un diptyque composé du ballet-opéra de chambre L’Histoire du soldat (1917) d’Igor Stravinsky et du ballet-pantomime L’Amour sorcier (1915) de Manuel de Falla, dévoilé mercredi 16 octobre à la MC2. La soirée se découpe donc en deux parties. On a d’abord droit à une Histoire du soldat tirée à quatre épingles, où l’histoire (justement) de ce soldat pactisant avec le diable se

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Les trois mousquetaires

SCENES | Casting de luxe pour le diptyque "L’Histoire du soldat" / "L’Amour sorcier". Aux commandes de ce double spectacle, qui sera dévoilé cette semaine, rien de moins que les trois artistes résidents de la MC2 : Marc Minkowski des Musiciens du Louvre Grenoble, Jacques Osinski du Centre dramatique national des Alpes, et Jean-Claude Gallotta du Centre chorégraphique national de Grenoble. Du coup, on a rencontré les trois. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Vendredi 11 octobre 2013

Les trois mousquetaires

La collaboration Marc Minkowski : Réunir les directeurs des trois centres de création de la maison, c’est en discussion depuis que je suis arrivé ici, il y a 17 ans. Le projet était déjà évoqué du temps de Laurent Pelly, le prédécesseur de Jacques, mais n’a jamais abouti...Jacques Osinski : Quand je suis arrivé en 2008, l’idée est revenue, mais elle a mis du temps à se matérialiser compte tenu des agendas de chacun. Et surtout du fait que l’on devait apprendre à se connaître...Jean-Claude Gallotta : Une fois le projet lancé, j’étais sur l’idée de l’amitié, de faire quelque chose ensemble. On est partis sur ces deux pièces, mais à la limite – et c’est un peu con ce que je vais dire ! –, ils auraient proposé n’importe quoi, j’aurais quand même accepté ! L’Histoire du soldat MM : Avec Jean-Claude, on a souvent parlé de Stravinsky, et notamment du Sacre du printemps, qu’on avait imaginé faire ensemble – mais ça ne s’est pas fait. Puis Jacques est arrivé dans la boucle : j’ai alors essayé d’imaginer une œuvre qui mélange nos trois disciplines. L’Histoire du soldat

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L'union des trois

MUSIQUES | Belle ouverture symbolique : pour la première fois les trois compagnies associées à la MC2 – les Musiciens du Louvre Grenoble, le Centre Dramatique National (...)

Aurélien Martinez | Jeudi 5 septembre 2013

L'union des trois

Belle ouverture symbolique : pour la première fois les trois compagnies associées à la MC2 – les Musiciens du Louvre Grenoble, le Centre Dramatique National des Alpes et le Centre Chorégraphique national de Grenoble – se retrouveront réunis sur un même plateau. Selon leurs affinités, chacun des directeurs a pris part au projet monté autour de L'Histoire du soldat d'Igor Stravinsky et de L'Amour sorcier de Manuel de Falla. Marc Minkowski ayant proposé dans le rôle de l'ardente gitane la non moins incandescente Olivia Ruiz, c'est à Jean-Claude Gallota qu'il échoit de régler les pas de danse tandis que Jacques Osinski officie à la mise en scène des intrigues. En toile de fond, la figure du mal et de l'amour. Ainsi le ballet-opéra de chambre de L'Histoire du soldat cristallise, par le gage avec le diable d'un violon contre le livre de la fortune, la concupiscence et la perte du soldat. Quant au ballet pantomime L'amour sorcier, c'est le spectre de l'ancien amant que vient contrarier l'union de la belle Candelas à son hidalgo. RLR L'Histoire du soldat / El Amor brujo, du mercredi 16 au samedi 19 octobre, à la MC2

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L’insolente jeunesse des vieux cinéastes

ECRANS | Alors que la rentrée cinéma est dominée par des cinéastes entre 40 et 60 ans, deux octogénaires vont surprendre par la vigueur de leurs derniers opus, aussi inattendus que flamboyants de maîtrise : Woody Allen avec "Blue Jasmine" et Roman Polanski avec "La Vénus à la fourrure". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 27 août 2013

L’insolente jeunesse des vieux cinéastes

Une expression bien aimée de la critique française parle des "films tardifs" des grands cinéastes pour évoquer leurs derniers opus. Manière élégante de dire qu’ils sont comme les combats de trop d’anciens puncheurs n’ayant plus les jambes pour suivre le rythme imprimé par la génération montante et réclamé par un public avide de nouveautés. Si les exceptions ne sont pas rares – de John Huston à Kinji Fukasaku – on a pris cette habitude de regarder vieillir les metteurs en scène que l’on aime avec un mélange d’affection et d’affliction. Or, en cette rentrée 2013 riche en événements, ce sont deux cinéastes ayant dépassé les 80 printemps qui vont frapper très fort, et montrer que le talent, mieux que les cellules, se régénèrent au contact de défis inédits dans leur carrière. Deux cinéastes nomades En même temps, quoi de plus différent que Blue Jasmine de Woody Allen et La Vénus à la fourrure de Roman Polanski ? Et quoi de commun entre les deux cinéastes – à part, diront les mauvais esprits, les scandales de mœurs auxquels ils ont été mêlés ? Allen enchaîne tel un métronome un film par an, au risque pas tou

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Lone Ranger

ECRANS | Curieux cocktail du duo Verbinski / Depp, entre hommage sincère et pastiche façon Pirates des caraïbes, qui tente de retrouver l’esprit des westerns de série en le mâtinant de réflexion politique sur l’origine de l’Amérique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 7 août 2013

Lone Ranger

Un gamin américain joufflu déguisé en cowboy fausse compagnie au cours d’une fête foraine à ses parents et va s’aventurer sous une tente qui célèbre l’histoire de l’Ouest américain. Dans cette attraction désuète à base de statues de cire façon musée Grévin, le gosse s’arrête devant la reproduction folklorique d’un campement avec un vieil Indien figé et fripé trônant en son centre. Soudain, ses yeux se mettent à bouger ; la statue était en fait un véritable indien, mais ce petit tour de passe-passe pose aussi le vrai propos politique de Lone Ranger. Ce n’est pas seulement ce qui reste d’une culture qui se retrouve dans cette scénographie tristement folklorique, mais aussi ses derniers descendants, contraints de rejouer muets et immobiles le rôle que les pionniers ont fini par leur donner, des sauvages pittoresques rétifs aux avancées de la civilisation capitaliste. De la part de Gore Verbinski et de Johnny Depp (qui, sous la couche de maquillage, incarne l’Indien Tonto), une telle ambition peut surprendre. C’est même un sacré pied de nez aux Pirates des Caraïbes, franchise née d’une attraction populaire des parcs Disney. Verbinski et Depp avaient déjà tâ

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Promised land

ECRANS | Sur un sujet ô combien actuel — l’exploitation du gaz de schiste —, Gus Van Sant signe un beau film politique qui remet les points sur les i sans accabler personne, par la seule force d’un regard bienveillant et humaniste sur ses personnages. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 15 avril 2013

Promised land

Quelque part au fin fond de l’Amérique, dans une de ses petites villes rongées par la crise et la pauvreté, un tandem de lobbyistes à la solde de Global Crosspower solutions vient vendre aux habitants le remède miracle pour sortir de la mouise : la cession de leurs terres pour en extraire du gaz de schiste. Des millions de dollars sont en jeu, pour la compagnie mais aussi pour les autochtones. Steve (Matt Damon) et Sue (Frances MacDormand) ont une technique bien rodée pour convaincre leurs interlocuteurs : se fondre dans les coutumes (et les costumes) du coin, faire valoir leur propres origines populos et, in fine, les prendre par les sentiments  – en l’occurrence, ici, le portefeuille. Tout se passe comme prévu, jusqu’à ce qu’un vieux physicien à la retraite (Hal Holbrook) puis un militant écolo (John Krasinski) pointent chacun du doigt les dangers environnementaux de cette exploitation. La terre outragée Avec un sujet si actuel et une répartition des rôles a priori manichéenne, il y avait tout pour faire de Promised land un pamp

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Oblivion

ECRANS | Après "Tron l’héritage", Joseph Kosinski avait toutes les cartes en main pour confirmer son statut de nouveau maître de la SF avec cette adaptation de son propre roman graphique. Hélas, le voilà rattrapé par son fétichisme kubrickien, qu’il tente vainement de transformer en blockbuster à grand spectacle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 11 avril 2013

Oblivion

Dans une des pubs qui l’avaient fait connaître, Joseph Kosinski s’amusait à faire circuler le spectateur dans la reproduction virtuelle de l’hôtel Overlook imaginé par Stanley Kubrick pour Shining. Dans Tron l’héritage, qui marquait ses débuts prometteurs au cinéma, il recréait la chambre de 2001 et faisait circuler ses personnages dans un bar qui ressemblait comme deux gouttes de lait à celui d’Orange mécanique. Autant dire que Kosinski fait une fixette sur l’immense Stanley ; ce qu’on ne lui reprochera pas, loin de là, mais disons qu’il faut avoir les épaules solides pour oser se mesurer à un tel monument. Face à Oblivion, qui croule sous les références à 2001 — jusqu’au nom d’une des boîtes de production du film, Monolith pictures ! — on ne peut que constater que cette obsession est filtrée par une culture geek avec qui elle ne fait pas forcément bon ménage. Et que l’univers visuel et virtuel de Tron collait dans le fond beaucoup mieux à l’

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Petit drame entre amis au Centre dramatique national des Alpes

ACTUS | Ça bouge dans le milieu théâtral : l’historique Centre dramatique national des Alpes, aujourd’hui dirigé par Jacques Osinski, va disparaitre en 2014, absorbé par la MC2 qui l’accueille dans ses murs. Une fusion décidée par la mairie de Grenoble et, surtout, le ministère de la culture, que Michel Orier, ancien directeur de la MC2, a rejoint l’été dernier. Une décision et un casting qui, forcément, interrogent. Retour sur une mort annoncée, avec les principaux acteurs concernés.

Aurélien Martinez | Lundi 4 mars 2013

Petit drame entre amis au Centre dramatique national des Alpes

Cette semaine, le metteur en scène Jacques Osinski, directeur du Centre dramatique national des Alpes depuis 2008, dévoilera, sur le plateau de la MC2, son nouveau spectacle Orage, d’après le texte d’August Strinberg. Mais l’actualité de l’homme est ailleurs : le 15 février dernier, il a appris qu’il ne serait pas reconduit à la tête du CDNA (il postulait pour un troisième mandat de trois ans), ce dernier allant tout simplement disparaître, avalé par la MC2 qui l’héberge dans ses murs (avec le Centre chorégraphique national de Grenoble dirigé par Jean-Claude Gallotta et les Musiciens du Louvre de Marc Minkowski). Une décision visiblement ancienne puisqu’actée en août dernier, par la ministre de la culture et le maire de Grenoble. Et une décision qui questionne beaucoup, à Paris comme à Grenoble. Issus des politiques de décentralisation menées depuis cinqua

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Noirs enchantements

ARTS | Associant les œuvres de deux artistes américains actuels (Chris Mars & Chet Zar) à celles du précurseur polonais Zdzislaw Beksinski, qui les a tous deux (...)

Damien Grimbert | Lundi 25 février 2013

Noirs enchantements

Associant les œuvres de deux artistes américains actuels (Chris Mars & Chet Zar) à celles du précurseur polonais Zdzislaw Beksinski, qui les a tous deux inspirés, la nouvelle exposition présentée dans les murs de Spacejunk constitue une belle introduction à l’univers encore méconnu du Dark Art. Influencé par les esthétiques gothiques et horrifiques, des courants comme le surréalisme et l’expressionnisme, la philosophie métaphysique ou encore le monde des rêves et particulièrement des cauchemars, ce mouvement artistique sombre et dérangeant n’a évidemment pas vocation à séduire tous les publics, mais retient néanmoins l’attention par son caractère hybride et non-consensuel. Essentiellement axé autour de portraits à l’exécution virtuose, qui ne devraient pas dépayser les amateurs de Tim Burton ou des premiers films de Caro et Jeunet, le travail de Chris Mars et Chet Zar ne manque certes pas d’atouts intrinsèques, mais rivalise néanmoins avec difficulté avec le pouvoir d’évocation incroyable des toiles de leur maître à penser Zdzislaw Beksinski. À la fois peintre, sculpteur et photographe, cet adepte du « réalisme fantastique » parcouru

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Retour de flamme

MUSIQUES | Près d’un an et demi après son rendez-vous manqué avec le public grenoblois lors de la première édition du festival Jour & Nuit (où son set avait été annulé par (...)

Damien Grimbert | Lundi 7 janvier 2013

Retour de flamme

Près d’un an et demi après son rendez-vous manqué avec le public grenoblois lors de la première édition du festival Jour & Nuit (où son set avait été annulé par le déclenchement d’un énorme orage), Brodinski est de retour à Grenoble à l’initiative des associations Oscar et sa bande et Touche Française. Alors, quoi de neuf pour celui qui s’est imposé en l’espace de quelques années seulement comme l’un des DJs les plus emblématiques de la scène électronique française ? Considéré par beaucoup comme le chaînon manquant entre l’orthodoxie électro-techno old-school et l’effervescence stylistique de la nouvelle génération, Louis Rogé de son vrai nom a lancé fin 2011 un nouveau label, Bromance Records, qui reflète à merveille son ouverture musicale. On y trouve ainsi aussi bien ses propres productions (en solo ou au côté de Guillaume de The Shoes sous l’alias Gucci Vump) que celles de Gesaffelstein (qui viendra lui nous voir fin février), les jeunes prodiges Club Cheval, le rappeur de Detroit au flow éraillé Danny Brown, ou encore la star électro anglaise Stuart Price (sous l’alias Jacques Lu Cont). Sans oublier Monsieur Monsieur, redoutable duo techno originaire de Reims et dernièr

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Désacraliser Bourdieu

CONNAITRE | Réfléchissons ! C’est l’injonction que nous lance le festival Mode d’emploi, qui débarque à la MC2 le temps d’une soirée consacrée au renouveau de la critique sociale. Avec, comme intervenants, Luc Boltanski et Nancy Fraser. Aurélien Martinez (avec Jean-Emmanuel Denave)

Aurélien Martinez | Lundi 19 novembre 2012

Désacraliser Bourdieu

À Lyon, un nouveau festival vient de voir le jour, à l’initiative de la Villa Gillet (ce « lieu de recherche et de dialogue autour de la pensée et des arts contemporains ») : Mode d’emploi. « L’idée, confie son directeur Guy Walter, est de redonner au débat intellectuel toute sa vigueur, surtout en ces temps de crise où se pose le problème crucial du vivre ensemble. » Selon ce dernier, nous serions aujourd’hui, après la disparition des grandes figures intellectuelles dans les années 1990, dans une période de retour des penseurs, « avec de nouveaux questionnements sur les thèmes de l’environnement, de la mondialisation, des nouvelles technologies ; avec une nouvelle urgence à penser ». Si l’essentiel de la manifestation se déroulera à Lyon, l’équipe organisatrice fera un crochet cette semaine par Grenoble, avec une conférence qui n’est pas forcément la plus simple et grand public. Son thème ? « Domination et émancipation : pour un renouveau de la critique sociale. » Les intervenants ? Le sociologue Luc

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SCENES | Dans la famille classique, après pêle-mêle Shakespeare, Marivaux, Tchekhov, Buchner et autres, voici Molière ! Jacques Osinski a choisi de monter le très (...)

Aurélien Martinez | Mardi 16 octobre 2012

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Dans la famille classique, après pêle-mêle Shakespeare, Marivaux, Tchekhov, Buchner et autres, voici Molière ! Jacques Osinski a choisi de monter le très vaudevillesque George Dandin, du nom de ce paysan cocu qui veut prouver à sa belle-famille fortunée que sa femme est tout sauf respectable. Sauf qu’il n’y parvient jamais... Une pièce énergique qu’Osinski situe dans un grand hall d’immeuble bourgeois. Pourquoi ? Parce que c’est comme ça, il faut bien trouver un décor. Sur la pièce en elle-même, rien à dire de plus que ce que l’on avait déjà écrit sur Jacques Osinski lors de la création d’Ivanov. Oui, on fait les fainéants, mais bon, là, on est au bord de la dé

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Boys in the Wood

MUSIQUES | Le géant vert des festivals de fin d'été (voir le logo de l'édition) a une fois de plus et peut-être encore plus que d'habitude choisi d'opter pour le mélange (...)

Aurélien Martinez | Jeudi 21 juin 2012

Boys in the Wood

Le géant vert des festivals de fin d'été (voir le logo de l'édition) a une fois de plus et peut-être encore plus que d'habitude choisi d'opter pour le mélange des genres. Un peu comme ses salades de riz dont on s'empiffre tout l'été avec bonheur mais qu'en hiver on ne peut plus voir en peinture. Et comme Woodstower clôt chaque année la saison des festivals, il fallait que celle-ci soit goûteuse et variée. Et à base de "bonhommes". En tête d'affiche, même s'il a perdu de sa superbe musicale, JoeyStarr reste un plat de choix, ne serait-ce que parce que sa présence scénique fait la différence. Oui, JoeyStarr est le Johnny des quarantenaires, il faudra s'y faire. Pour coller avec l'esprit du festival, on ne pouvait guère trouver mieux, que l'on aime ou pas, que Birdy Nam Nam ou Shantel, Dj allemand aux aspirations balkaniques auquel on doit la bande originale du film de Fatih Akin, De l'autre côté. C'est également à un film que l'on doit la présence de Kavinsky (photo), musicien, Dj et acteur (Steak de Quentin Dupieux) pratiquement inconnu au-delà d'un cercle restreint jusqu'à ce que Ryan Gosling fasse vrombir sa grosse cylindrée au son du Nightcall du mêm

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Faust

ECRANS | Dernier volet de la tétralogie d’Alexandr Sokourov, "Faust" emmène son cinéma vers des cimes de sophistication visuelle, longue hallucination cinématographique dont le texte très littéraire servirait de guide raisonné. Une expérience épuisante mais assez inoubliable. Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Jeudi 14 juin 2012

Faust

Faust arrive sur les écrans près d’un an après son sacre à la Mostra de Venise, mais il paraît appartenir déjà à une autre époque. Reste à savoir si cette époque est un futur proche où l’image numérique aurait été assimilée par les metteurs en scène les plus exigeants pour transcender leur cinéma, ou un passé renvoyant à l’avant-garde de l’Est (Faust rappelle autant l’onirisme tchèque que le cinéma soviétique)… Ainsi, le 4/3 aux bords arrondis et le sfumato d’une image tirant vers le sépia signée Bruno Delbonnel (le chef opérateur de Jeunet) rencontrent des effets spéciaux inattendus, comme lors de ce subjuguant plan d’ouverture où un miroir traverse les nuages pour aller se déposer sur une petite ville elle aussi hors du temps. Passé et présent, jeunesse et éternité : c’est aussi Goethe qui rencontre l’imaginaire stylisé d’Alexandr Sokourov ou, bien sûr, le professeur Faust qui croise le chemin du Diable. Le Diable par la queue Comme Cosmopolis de Cronenberg, Faust est un film de texte et de mise en scène. On ne peut pas vraiment parler de scénario dialogué, tant c’est avant tout une langue, rugueuse et littéraire, qui sert de guide dans la c

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Le charme hargneux de la bourgeoisie

ECRANS | Huis clos à quatre personnages tiré de la pièce «Le Dieu du carnage» de Yasmina Reza, le nouveau film de Roman Polanski est une mécanique diabolique et très mordante, sur la violence masquée derrière les apparences sociales, avec un quatuor de comédiens au sommet de leur art. Critique et décorticage des racines du Carnage. Christophe Chabert

François Cau | Vendredi 2 décembre 2011

Le charme hargneux de la bourgeoisie

C’est un incident banal, une dispute entre gosses qui tourne mal : l’un d’entre eux en frappe un autre avec un bâton, lui brisant plusieurs dents et une partie de la mâchoire. Cette scène muette sert de générique à Carnage, et Polanski la filme de loin, en plein air, tandis que la musique guillerette d’Alexandre Desplat semble se moquer de la violence du geste. On devrait s’en tenir là. Et c’est peu ou prou ce qui se passe dans la scène suivante : les parents de la «victime», Penelope et Michael Longstreet (Jodie Foster et John C. Reilly) relisent devant eux la lettre d’excuses des époux Cowan (Kate Winslet et Christoph Waltz), père et mère du «coupable». Les deux couples peuvent alors se séparer à l’amiable, mais quelque chose cloche, comme une insatisfaction réciproque, la sensation d’un malentendu pas encore totalement dissipé. Alors qu’Alan et Nancy Cowan se dirigent vers l’ascenseur, Penelope, visiblement nerveuse, leur demande si c’est eux qui sont désolés ou leur enfant. Ça n’a l’air de rien, mais ce détail va déclencher une heure quinze de huis clos en temps réel où les quatre protagonistes se livreront à toutes les formes de mesquinerie, réglant leurs comptes avec une v

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Le goût de la claustrophobie

ECRANS | Polanski et le théâtre, c’est une longue histoire faite d’adaptations à l’écran, de créations pour la scène, mais surtout d’influence créative et de réminiscences autobiographiques. CC

François Cau | Vendredi 2 décembre 2011

Le goût de la claustrophobie

Pour Roman Polanski, le théâtre semble être une valeur refuge, sa filmographie revenant à intervalles réguliers vers des adaptations de pièces célèbres, classiques ou contemporaines, et lui-même s’aventurant régulièrement sur les planches, en tant qu’acteur et metteur en scène. C’est d’ailleurs la part la moins connue de son œuvre : en 1981, c’est lui qui crée à Londres Amadeus, la pièce de Peter Schaeffer, se distribuant dans le rôle de Mozart, ouvrant la voie à l’adaptation qu’en fera pour le cinéma un autre réalisateur de l’Est expatrié, Milos Forman. Sept ans plus tard, c’est sur une scène parisienne qu’il brille en incarnant Grégoire Samsa, l’homme ordinaire transformé en cloporte dans La Métamorphose de Kafka. Au cinéma, il met tout de suite la barre très haute pour sa première adaptation : une version de Macbeth de Shakespeare qui a le mérite de ne lorgner ni sur le baroque tapageur d’un Welles, ni sur le classicisme respectueux d’un Laurence Olivier — le film, toutefois, est loin d’être son meilleur. Il aura encore moins de chance avec La Jeune fille et la mort, huis clos trop attendu autour d’une rescapée des camps de la mort qui séquestre chez elle celui qu’elle pense

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Le cas Osinski

SCENES | C’est pour nous un grand mystère : que se dit le metteur en scène Jacques Osinski lorsqu’il décide de monter une œuvre du répertoire ? À quelles conclusions (...)

Aurélien Martinez | Jeudi 6 octobre 2011

Le cas Osinski

C’est pour nous un grand mystère : que se dit le metteur en scène Jacques Osinski lorsqu’il décide de monter une œuvre du répertoire ? À quelles conclusions arrive-t-il pour proposer de telles mises en scène ? Évidemment, loin de nous l’idée de condamner tout spectacle basé sur un texte dit du répertoire. Mais ce genre d’aventure nécessite de s’interroger au préalable sur la manière de transmettre ces monuments littéraires que l’histoire du théâtre a sacralisés. Or, Jacques Osinski semble s’atteler à la tache de façon quasi industrielle, suivant scrupuleusement le cahier des charges que son Centre dramatique national lui impose. Ce qui donne des pièces sans véritable parti pris – la preuve une fois de plus en ce début de saison. Son Ivanov, qui renvoie l’impression d’avoir été accouché dans la douleur, se traîne sur les 2h15 de représentation. Certes, aucune véritable faute n’a été commise (Jacques Osinski connaît les codes du théâtre, même si sa vision peut-être discutable), mais le rendu, poussif, a de quoi laisser perplexe. Pourtant, même si la grande majorité des pièces classiques montées par le metteur en scène depuis son

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Pour l'amour du son

MUSIQUES | Découvreur passionné à la générosité musicale sans faille, Brodinski a transcendé son statut de jeune prodige de la génération internet pour devenir l’un des DJs les plus respectés de la scène électronique internationale. 24 ans à peine, et parti pour durer… Damien Grimbert

François Cau | Lundi 19 septembre 2011

Pour l'amour du son

Ce n’est un secret pour personne, le développement d’internet ces dix dernière années a reconfiguré le paysage musical mondial en profondeur. Aubaine incroyable pour les passionnés, ce changement de donne a néanmoins engendré une contrepartie moins reluisante pour le commun des mortels. Dans l’impossibilité de suivre au quotidien une actualité chaque jour plus foisonnante, nombreux sont ceux qui se sont retrouvés contraints de se cantonner à leur sphère musicale de prédilection, voire, pour les moins chanceux, aux héros peu glorieux de la bande FM, David Guetta, Bob Sinclar, et Martin Solveig… C’est précisément pour cette raison que l’avènement d’un DJ comme Brodinski est une bénédiction pour les amateurs de musique, au sens le plus large du terme. Au même titre qu’un Laurent Garnier dans les années 90 (qui a offert un espace d’exposition inespéré pour des musiques jusqu’alors cloisonnées et confinées à l’underground), le jeune DJ originaire de Reims joue aujourd’hui à travers ses prestations aux platines le rôle de grand rassembleur. En permettant aux scènes spécialisées de dépasser leurs guerres de chapelles stériles, et au grand public de danser avec ferveur sur de la musique

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Retour en grâce

SCENES | Le mois dernier, Jacques Osinski montait à la MC2 deux pièces du jeune dramaturge allemand Marius von Mayenburg (l’auteur associé de Thomas Ostermeier à la (...)

François Cau | Jeudi 19 mai 2011

Retour en grâce

Le mois dernier, Jacques Osinski montait à la MC2 deux pièces du jeune dramaturge allemand Marius von Mayenburg (l’auteur associé de Thomas Ostermeier à la Schaubühne de Berlin) : Le Chien, la nuit et le couteau d’abord, avec Denis Lavant, et Le Moche ensuite. La seconde sera reprise cette semaine à l’Amphithéâtre de Pont-de-Claix, et tant mieux. Car Oskinski a parfaitement su mettre en jeu cette fable contemporaine sur un homme jugé laid par ses congénères, qui finira par se faire opérer, ce qui changera sa vie du tout au tout. De ce vaudeville contemporain extrêmement corrosif et drôle, le directeur du CDNA ressort l’essentiel, grâce à une lecture premier degré de l’œuvre, qui file à toute allure, et à un Jérôme Kircher très juste dans une retenue emplie de naïveté. Avec cette mise en scène sobre (pas de maquillage pour Kircher, qui ne sera moche puis beau qu’à travers notre regard), Jacques Osinski ne souligne jamais l’absurdité ou l’incongruité des situations, les laissant simplement s’installer et devenir comiques à travers la lecture que nous en faisons. Ça fonctionne pleinement. AM LE MOCHEJeudi 26 et vendredi 27 mai à 19h,

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Le bateau ivre

SCENES | THÉÂTRE/ Mi-avril, Jacques Osinki, directeur du CDNA, présentera deux pièces de l’auteur allemand Marius von Mayenburg, pour lesquelles il s’est entouré de deux comédiens passionnants et magnétiques : Jérôme Kircher et Denis Lavant. Rencontre avec le second, pour essayer de cerner au mieux cet artiste atypique fort en gueule. Propos recueillis par Aurélien Martinez

François Cau | Vendredi 1 avril 2011

Le bateau ivre

Si on ne l’avait pas déjà fait pour un article consacré à Dominique Pinon, on aurait pu titrer ce portrait de Denis Lavant "L’emploi de la gueule". Car l’homme de théâtre et de cinéma est de ces artistes entiers qui imposent immédiatement, que la production soit réussie ou non, un physique, un jeu, une énergie. Une présence qui se remarque d’emblée, même si l’homme est dans tout autre chose que la recherche d’une certaine contemplation narcissique de sa personne par un public médusé (à l’image, par exemple, d’un Fabrice Luchini constamment sur le fil). Il suit plutôt sa propre logique : celle d’un «rapport forain au quotidien» empli de sincérité. «C’est comme ça que j’ai commencé à appréhender le théâtre, le jeu, quand j’étais lycéen. C’est même au-delà du théâtre. Pour moi, c’est un comportement poétique. Pas forcément excentrique ou en représentation constante, mais plus en rapport avec la vie, l’équilibre : être dans un rapport absolument ludique au quotidien. Faire marcher à fond l’imaginaire pour se soulager des contraintes comme… je ne sais pas… le métro par exemple ! Il est marrant d’imaginer que ce soit d’énormes skates. Et puis plutôt que de subir les chocs

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Rango

ECRANS | Un caméléon domestique doit affronter un Ouest sale, hostile et asséché, dans ce western animé boulimique qui peine à trouver sa voie, sauf quand son réalisateur Gore Verbinski le transforme en portrait assez juste de Johnny Depp. Christophe Chabert

François Cau | Vendredi 18 mars 2011

Rango

Après une introduction musicale offerte par une bande de chouettes mariachis, le rideau s’ouvre sur un caméléon en pleine représentation dans son aquarium, passant de la tragédie à la comédie avec comme partenaires les accessoires de son bocal. À la faveur d’un tête-à-queue sur la route des vacances, ce lézard domestique se retrouve perdu dans le désert. Il atterrit dans une ville peuplée de bestioles crasseuses prêtes à l’exode suite à une interminable sécheresse. L’étranger sans nom va être pris pour un héros par la population, et il n’aura qu’à piocher dans son répertoire d’acteur les codes pour surfer sur cette popularité inespérée. Ce dernier point est à prendre littéralement : Rango est un hommage aux westerns, de Ford à Peckinpah en passant par Leone et cette sublime relecture post-moderne qu’est Deadwood. Le film affiche d’ailleurs une cinéphilie débordant le cadre du genre : l’intrigue reprend celle de Chinatown, et une des nombreuses scènes d’action rejoue l’attaque d’hélicoptères au son des Walkyries wagnériennes d’Apocalypse now. L’acteur-caméléonRango ne s’en tient pas, hélas ! à la pure reprise amoureuse des codes du western, mais oscille sans arrêt entre

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Tron l'héritage

ECRANS | Suite tardive d’un film de SF ayant anticipé la révolution du virtuel, Tron l’héritage organise une bataille ludique et théorique entre le réel et ses clones numériques. Un blockbuster spectaculaire et passionnant. CC

François Cau | Jeudi 3 février 2011

Tron l'héritage

Tron l’héritage, suite d’une folie 80’s devenue culte, est sans conteste le premier film post-Avatar, autrement dit celui qui prolonge les leçons technologiques et théoriques du monument de James Cameron. Il en partage d’ailleurs les mêmes faiblesses (plus criantes encore) : un scénario sur lequel on a toujours plusieurs longueurs d’avance et un acteur principal transparent. Osera-t-on dire qu’on se fout un peu de ces défauts ? Cela laisse au moins le cerveau disponible pour apprécier les incroyables arabesques visuelles créées par Joseph Kosinski (un réalisateur venu de la pub, mais ayant étudié le design et l’architecture) et se plonger dans le puissant sous texte qui rend Tron l’héritage passionnant. Le film démarre en 2D à l’époque du premier film, et se poursuit de nos jours par un hacking sauvage du fils de Kevin Flynn sur l’entreprise fondée par son père disparu, récupérée par des costards-cravates cupides. Linux contre Microsoft ? C’est une première piste que le film abandonne rapidement, mais qui témoigne de son envie d’élever le débat. Bridges vs Br

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