Béatrice Josse : « Être queer, c'est ouvrir des possibles » (et Les Sororales le prouveront)

Festival | Au Magasin des horizons, il se passe souvent des événements culturels atypiques pour un centre à la base d’art contemporain. Comme, début avril, un festival baptisé Les Sororales, sous-titré « festivités dégendré.e.s » et fortement axé sur le monde queer. La directrice des lieux Béatrice Josse nous en dit un peu plus.

Aurélien Martinez | Mardi 2 avril 2019

Photo : Camille Olivieri / Arno Paul


Comment comprendre le titre du festival ?

Béatrice Josse : C'est sororité ; fraternité au féminin. On a l'impression que c'est un mot nouveau mais pas du tout en fait ! La sororité est même une idée très en vogue en ce moment : par exemple, Mes bien chères sœurs, le bouquin que Chloé Delaume [qui sera présente mardi 9 pour une lecture] vient de sortir, parle exactement de ça. C'est un mot que j'aime bien, d'autant plus que la sonorité de l'adjectif "sororales" est belle.

Et comment comprendre le sous-titre – « festivités dégenré.e.s » – de cette deuxième édition ?

La dernière fois, c'était « festival ensorcelé », donc c'était sur la notion de sorcière. Là, on s'appuie plus sur les questions liées au genre, avec l'invitation de personnes qui sont soit trans, soit en transition, soit drag king… Des personnes qui se posent des questions sur leur genre. Et puis on peut aussi entendre le terme "dégenré" au sens plus large, au niveau des nombreuses disciplines qu'on aborde avec des œuvres artistiques, des performances, des ateliers…

Avec cette programmation large, l'idée est-elle de toucher le plus de monde possible ?

Oui, c'est ça : on veut se faire croiser des publics qui ne se croisent pas forcément dans la vie de tous les jours. Mais c'est aussi – surtout même – montrer qu'être queer, ce n'est pas être sectaire. C'est même l'inverse : c'est ouvrir des possibles. On veut donc toucher des cultures vernaculaires avec des expérimentations qui, à la base, ne sont présentées que dans des lieux réservés.

Le festival semble très politique…

Oui, car on propose que ces gens soient visibles, ce qui est quand même quelque chose d'important. Ce petit festival, c'est donc l'occasion de montrer des pratiques d'artistes et non artistes dont le projet est d'être libre dans leur genre ou leur activité. On invite par exemple de très jeunes artistes de notre réseau féministe et engagé sur la question queer avec des propositions très fraîches, très expérimentales…Les Sororales, c'est vraiment des moments de réjouissance qui brassent pas mal de monde. Ça change du temps long des expositions où l'on voit moins les gens.

La question queer, qui englobe toutes celles et tous ceux qui ne se retrouvent pas dans la culture hétéronormative et patriarcale, est de plus en plus sur le devant de la scène…

Oui, et tant mieux, parce qu'il y a énormément de gens qui se posent la question. On a par exemple fait une visite queer l'an passé autour de l'exposition consacrée aux marches revendicatives, on a eu presque 50 personnes ! Il y a une vraie mutation sociale qu'il faut accepter. Ça peut déranger des personnes, mais c'est important de rendre compte de la société comme on la vit. On ne peut pas juste se boucher les oreilles ou les yeux et faire comme si ça n'existait pas. C'est une question profonde qui anime les jeunes générations.

Le festival sera aussi, on l'imagine, un moment de discussion sur ces questions…

Toutes les personnes qui interviendront sont convaincues de ce qu'elles font, et elles sont vraiment à la disposition du public. Non pas pour se défendre, mais pour faire entendre que l'on n'est ni blanc ni noir mais un peu les deux. Isabelle Sentis par exemple, qui fera un atelier drag king pour poser la question du comment l'on se ressent quand on s'habille en homme, comment on se conduit dans l'espace public, accompagnera celles et ceux qui participeront.

Le petit texte d'ouverture du programme commence par ces mots : « avis aux filles de Lilith et aux bad girls de Grenoble ». Le festival est pourtant bien ouvert à tous ?

Bien sûr (rires) ! Même aux enfants d'ailleurs, avec notamment une programmation de contes.

Les Sororales
Au Magasin des horizons du vendredi 5 au jeudi 11 avril

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Les Sororales : queer center

Festival | Zoom sur le festival que le Magasin des horizons propose du vendredi 5 au jeudi 11 avril.

Aurélien Martinez | Mardi 2 avril 2019

Les Sororales : queer center

« "Tu veux aller jusqu’au bout ?" Mais au bout de quoi ? » La mini-série Gender Derby, réalisée par Camille Ducellier pour France Télévisions, est une illustration parfaite du thème de cette deuxième édition des Sororales. Son héros est Jasmin, qui « demande à être genré au masculin et au féminin, ce que peu de personnes arrivent à faire, même chez les queers ». Il-elle est en transition et pratique, sous l’alias de Fouf la Rage, le roller derby, sport inclusif au possible. On fait alors sa connaissance (et celle de ses potes) via sept épisodes qui permettent d’écouter et de comprendre celles et ceux qui se questionnent sur leur identité, sans forcément avoir des réponses définitives. Passionnant. Une série qui sera diffusée samedi 6 avril à 14h (les trois premiers épisodes) et 20h30 (les quatre d

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PB d'or 2018 : bonus

C'était 2018... | Avec un festival qui s'impose et un centre d'art qui change.

La rédaction | Mardi 18 décembre 2018

PB d'or 2018 : bonus

Le PB d’or du festival qui a su s’imposer : le Grenoble Street Art Fest En quelques années (depuis 2015 pour être précis), Grenoble et son agglo ont été profondément changé grâce au Grenoble Street Art Fest organisé par le centre d’art Spacejunk et son boss Jérome Catz. Ici, il n’est pas question de faire dans la demi-mesure : le street art est là pour être vu, avec notamment des fresques réalisées sur des murs gigantesques par des pointures du monde du street art. On est là sur de l’art grand public et grand spectacle (et ça fonctionne, certaines œuvres étant sublimes) fait pour attirer pas mal de curieux – dont la presse nationale qui, édition après édition, suit l’événement de plus en plus près. Pari réussi donc pour une aventure sur laquelle, à la base, et avec l’esprit bougon qui peut nous caractériser parfois (et vas-y que je t’institutionnalise une forme d’art à la base contestataire), on n’aurait pas

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Avec "Je marche donc nous sommes", le Magasin des horizons annonce (enfin) une exposition

ACTUS | Jeudi 26 avril, le centre d’art grenoblois le Magasin des horizons inaugurera sa première exposition sous l’air Béatrice Josse, sa nouvelle directrice arrivée en 2016 qui déplore toujours l’état de délabrement avancé du bâtiment. On l’a rapidement questionnée afin d'en savoir plus.

Aurélien Martinez | Mardi 20 mars 2018

Avec

Ça y est, le centre d’art grenoblois le Magasin, dirigé depuis 2016 par Béatrice Josse et rebaptisé Magasin des horizons, va enfin rouvrir ses portes au public sur une longue période – depuis deux ans, nous étions plutôt sur des événements sporadiques faits de performances, conférences, spectacles… Et ce avec l’exposition Je marche donc nous sommes prévue du 26 avril au 14 octobre et consacrée donc à la marche sous toutes ses formes – politiques, religieuses, festives… Cela veut-il dire que l’état du Magasin s’est amélioré, la nouvelle directrice ayant conditionné le retour d’expositions à la remise sur pied d’un bâtiment qu’elle assure avoir trouvé à son arrivée dans un état déplorable ? « Non ! On essaie juste de proposer des activités adaptées aux conditions extrêmes du Magasin actuel – il n’y a plus de chauffage l’hiver, il pleut à l’intérieur, il fait très chaud l’été… Donc pour l’exposition, on aura des vidéos, des photos dont les

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Béatrice Josse : « L’art contemporain, c’est autre chose que des expositions »

ACTUS | Depuis un an, il n’y a plus d’expositions au centre d’art le Magasin (devenu le Magasin des horizons) : un choix assumé par sa nouvelle directrice Béatrice Josse (au centre et en gris sur la photo avec son équipe), qui préfère organiser des temps forts pluridisciplinaires – « je ne m’inscris pas dans le champ de l’art contemporain des années 1980 ». Et qui, surtout, déplore l’état du bâtiment qu’elle a trouvé en arrivant à Grenoble. On fait le point avec elle.

Aurélien Martinez | Mardi 26 septembre 2017

Béatrice Josse : « L’art contemporain, c’est autre chose que des expositions »

Il y a un an, vous avez pris la tête du Magasin, le centre national d’art contemporain de Grenoble. Sauf que depuis ce temps, il n’y a plus d’expositions dans les lieux, mais de nombreux événements courts croisant les genres – la Nuit des idées, le Grand rassemblement, Slow is beautiful, les Sororales… Pourquoi ce choix ? Béatrice Josse : Parce que le centre d’art est sorti d’une période difficile [

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Grand Rassemblement 2 : entrons dans la danse !

Événement | Samedi 27 et dimanche 28 mai, le centre d’art le Magasin des horizons va accueillir la deuxième édition du Grand Rassemblement proposé par le Centre chorégraphique national de Grenoble (CCN2). Au programme : des spectacles, des performances, des installations vidéo, des ateliers… Rencontre avec ses concepteurs (Yoann Bourgeois et Rachid Ouramdane pour le CCN2, Béatrice Josse pour le Magasin et Marie Roche pour le Pacifique – centre de développement chorégraphique) histoire d’en savoir un peu plus.

Aurélien Martinez | Mardi 23 mai 2017

Grand Rassemblement 2 : entrons dans la danse !

C’était l’un de ces moments qui nous rendent fiers de pouvoir dire : "j’y étais". De pouvoir affirmer crânement que l’on se trouvait là, assis dans ce grand auditorium de la MC2 pas tout à fait rempli (vu l’heure tardive), un soir de fin décembre 2016, pour assister au concert de Yael Naim scénographié avec plusieurs circassiens et danseurs (chacun faisant un numéro sur une chanson). « C’est quelque chose qui s’est improvisé presque au moment de ce Grand Rassemblement, qu’on a répété les deux nuits qui précédaient, et qui a participé à la dynamique un peu spontanée et moins formatée que ce qu’il se produit d’habitude à la MC2 » explique le circassien Yoann Bourgeois, aux manettes de ce premier Grand Rassemblement imaginé avec le chorégraphe Rachid Ouramdane – tous deux étant, on le rappelle, les nouveaux directeurs du Centre chorégraphique national de Grenoble hébergé dans la MC2.

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D'intrigantes Sororales au Magasin des horizons

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Damien Grimbert | Mardi 4 avril 2017

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Cela n’aura pas échappé aux plus attentifs d’entre vous : la ligne directrice du centre national d’art contemporain Le Magasin (désormais rebaptisé « Magasin des horizons, centre d’arts et de cultures ») a profondément évolué depuis l’an passé et l’arrivée à sa tête de sa nouvelle directrice Béatrice Josse. Fini (semble-t-il – Béatrice Josse ne veut toujours pas s’exprimer sur cette question dans nos colonnes) les grandes expositions-évènements, place désormais à une approche plus transdisciplinaire construite autour de manifestations ponctuelles comme la récente Nuit des idées ou aujourd’hui Les Sororales. S’il est encore bien trop tôt pour évaluer la valeur et le bien-fondé de ce parti pris (tout juste regrettera t-on que le lieu ne soit désormais plus que très ponctuellement accessibl

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Rêvons d'un (autre) monde commun avec La Nuit des idées

Évenement | Un centre d’art n’est pas seulement un lieu d’exposition, c’est également un espace d’incubation de la pensée. Jeudi 26 janvier, à l’occasion de la Nuit des idées, le Magasin se transformera en salon de discussions avec une soixantaine d’intervenants pour parler sciences, art et enjeux sociétaux. Mais surtout pour rêver tous ensemble.

Charline Corubolo | Lundi 23 janvier 2017

Rêvons d'un (autre) monde commun avec La Nuit des idées

Initiée à l’échelle internationale par l’Institut français, la Nuit des idées vise à promouvoir la pensée française le temps d’une soirée à travers des échanges, des rencontres et le partage des savoirs. Pour sa deuxième édition, le centre national d'art contemporain le Magasin s’empare de l’événement et fait sien le thème "Un monde commun", en y ajoutant ses aspirations. Sous-titrée "J’ai décidé de rêver", la manifestation est surtout l’occasion pour la nouvelle équipe du lieu d’ouvrir son espace aux Grenobloises et aux Grenoblois, comme nous l'explique la directrice Béatrice Josse. « L’idée est de lier les champs de connaissance. Pour moi, l’art est vraiment un prétexte pour faire des choses avec les autres, de manière pluridisciplinaire. Mon expertise c’est l’art, mais j’ai besoin d’être accompagnée par d’autres personnes spécialisées dans d’autres domaines. » Jeudi 26 janvier s’annonce ainsi comme une nuit dédiée à la parole avec une soixantaine de « chercheurs, penseurs, activistes et autres idéalistes », dans tous les domaines, pour permettre d’échanger dans

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PB d'or 2016 : bonus

C'était 2016... | Avec des nouvelles têtes !

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PB d'or 2016 : bonus

Le PB d’or du slogan qui a enfin du sens (du moins à Grenoble) : "le changement c’est maintenant" En 2016, le milieu culturel grenoblois a pas mal bougé avec l’arrivée de nouvelles têtes à la direction d’établissements culturels. Nous pensons notamment à Béatrice Josse au centre d’art le Magasin (à la suite du départ mouvementé de l’ancien directeur Yves Aupetitallot), au duo Yoann Bourgeois – Rachid Ouramdane au Centre chorégraphique national de Grenoble (après plus de 30 ans de Jean-Claude Gallotta), à Marie Roche au centre de développement chorégraphique le Pacifique (la fondatrice des lieux Christiane Blaise ayant décidé de passer la main), au musicien Anton

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Quoi de neuf cette saison à Grenoble côté expo ?

Saison 2016 / 2017 | Des infos en vrac, comme ça, juste pour le plaisir des amateurs d'art et des autres. De rien.

Charline Corubolo | Mardi 27 septembre 2016

Quoi de neuf cette saison à Grenoble côté expo ?

Une nouvelle tête Une nouvelle directrice, une nouvelle exposition qui n’en est pas une ; c’est une nouvelle ère qui commence au Magasin. Après une année mouvementée, la direction du Centre national d’art contemporain de Grenoble a été confiée à Béatrice Josse (photo), qui nous déclarait en mars dernier vouloir ouvrir le bâtiment aux artistes femmes mais aussi « queer, transgenres, de couleur… Tous ces invisibles dans un monde de l’art qui est quand même encore un lieu du machisme dominant ». Et pour cette première rentrée, la directrice et son équipe vont Hausser le ton du 15 octobre au 18 novembre. Un projet établi avec deux artistes, Joséphine Kaeppelin et Daria Lippi, qui proposera des performances et des visites décalées avant Titre 2016, exposition qui, elle, débutera en novembre dans la continuité des précédentes éditions de l’Exposition de Noël. ___________ Une ouverture

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Béatrice Josse, le Magasin et « les invisibles de l’art »

ACTUS | Ça y est, le Magasin – centre national d’art contemporain de Grenoble a une nouvelle directrice en la personne de Béatrice Josse. On lui a passé un coup de fil pour en savoir plus sur ses projets et ses ambitions.

Aurélien Martinez | Vendredi 11 mars 2016

Béatrice Josse, le Magasin et « les invisibles de l’art »

Tout le monde a été « unanime » ; c’est même marqué dans le communiqué du Ministère de la culture envoyé à la presse mercredi 9 mars : « Audrey Azoulay, ministre de la culture et de la communication, en plein accord avec le maire de Grenoble, le président de la Région Auvergne Rhône-Alpes et le président du Conseil départemental de l’Isère, a donné son agrément à la nomination de Béatrice Josse à la direction du Magasin. » Voilà une sortie de crise par le haut après des mois de tensions dans le fameux centre national d’art contemporain de Grenoble – l’ancien directeur Yves Aupetitallot a été licencié après la grève lancée par une partie des salariés. On a du coup passé un coup de fil à la grande gagnante, qui est toujours en poste au Fonds régional d'art contemporain de Metz (elle le dirige depuis 1993), pour savoir comment elle avait accueilli sa nomination. « Bien (rire) ! Sinon je ne serais pas venue ! J’ai fait 20 ans sur le front de l’Est : je crois être aguerrie ! J’ai très envie de ven

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