Art à emporter

CONNAITRE | Si, depuis novembre, les lieux de cultures sont fermés au public, on oublie parfois que les bibliothèques sont encore ouvertes. Or le réseau municipal a la particularité de proposer une artothèque riche de plus de 2 000 pièces. Alors, s’il n’est plus possible d’aller voir des œuvres dans les musées, pourquoi ne pas les faire venir chez vous ?

Benjamin Bardinet | Jeudi 4 février 2021

Photo : (c) Christine Biron / Ville de Grenoble


Installée depuis 2017 à la bibliothèque d'Étude et du Patrimoine, l'artothèque bénéficie depuis décembre dernier de l'agréable réaménagement qui a été fait du hall d'accueil de ce bâtiment, dont les allures de navire nous rappellent qu'il est la figure de proue du réseau des bibliothèques municipales. « Cette réouverture a permis à l'artothèque de retrouver son public mais aussi de voir venir beaucoup de curieux : ils découvrent le principe de prêt d'œuvres d'art et s'étonnent souvent que ce service soit gratuit », confie Isabelle Westeel, directrice de la bibliothèque municipale.

En effet, il suffit d'être inscrit dans le réseau pour bénéficier de cette offre. Les particuliers sont nombreux à emprunter des œuvre et les collectivités ne sont pas en reste. « Associations, entreprises, EHPAD, centre médico-psy... nous avons une grande variété de structures qui nous sollicitent, ce qui aboutit à des demandes singulières, explique Anne Langlais Devanne, responsable de l'artothèque. Parfois, les usagers viennent avec l'idée d'une thématique: nous pouvons alors les orienter. D'autres préfèrent au contraire choisir seuls. »

Prière de toucher

Créée au début des années 1980 lors de l'installation d'une bibliothèque dans la galerie commerciale Grand Place (première bibliothèque du réseau à proposer l'emprunt de vidéos, de disques et donc d'œuvres d'art), cette collection regroupe deux grandes catégories d'œuvres : des photographies (un peu plus de 800) et des estampes (sérigraphies, lithographies, gravures…), toutes des multiples signés de la main des artistes. On y trouve un grand nombre des créateurs phares des années 1970-1980 (Niki de Saint Phalle, Asger Jorn, Robert Doisneau, William Klein...), mais aussi des représentants de la jeune génération. « Nous opérons une veille sur ce que produisent les jeunes artistes et tout particulièrement les artistes isérois, précise Anne Langlais Devanne. On tâche aussi de faire l'acquisition d'œuvres d'artistes femmes afin d'équilibrer la collection. »

Bien sûr, conjointement à ce travail, l'artothèque propose des rencontres et des événements : ils s'inscrivent dans le programme culturel des bibliothèques malheureusement suspendu pour l'instant. En attendant la reprise, nous vous invitons vivement à profiter de cette collection publique qui permet d'entretenir un rapport singulier aux œuvres. Puisqu'elles sont consultables, vous pouvez en effet les manipuler, un privilège habituellement réservé aux professionnels des musées et qui apparaît salvateur en ces temps de distanciel imposé et de culture confinée.

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

La bibli de A à Z

Visite | La Bibliothèque d’étude et du patrimoine (BEP), rouverte au public il y a moins d’un an après des travaux de réhabilitation, se dévoile lors d’une visite spéciale le 13 novembre. L’occasion d’en savoir plus sur son architecture et les trésors patrimoniaux qu’elle renferme.

Hugo Verit | Mardi 2 novembre 2021

La bibli de A à Z

Elle trône à l’entrée de la ville, comme un gros paquebot échoué. Inaugurée en 1960, la Bibliothèque d’étude et du patrimoine (BEP), toute en béton armé, ne fait pas forcément l’unanimité chez les Grenoblois, par son architecture un peu brutale. « C’est justement l’objet de la visite que nous organisons le 13 novembre : faire redécouvrir l’architecture XXe siècle peu connue et pas vraiment appréciée à sa juste mesure. Pourtant, ça vaut la peine de lever les yeux, surtout quand on a des explications », précise Isabelle Westeel, directrice de la Bibliothèque municipale de Grenoble. Pour les explications, comptez sur Pierre Voisin, chargé de l’action culturelle à la BEP, qui mène la visite et commence par rappeler les contraintes non négligeables auxquelles l’architecte Jean Benoit a dû faire face lorsqu’on lui confie le soin, en 1952, de construire une bibliothèque universitaire (qui deviendra municipale en 1970) sur un terrain compliqué de 1800 m² : « Une parcelle très étroite, comprimée entre la prison d’un côté, où se trouve l’actuel cinéma Chavant, et la caserne militaire Hoche de l’autre. Il est donc obligé de bâtir en hauteur et assume cette

Continuer à lire

« Les prix célèbrent la passion des Français pour la littérature »

ACTUS | La remise, le 4 novembre, du Prix Goncourt à Jean-Paul Dubois pour "Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon" est l’un des temps forts de l’actu littéraire. Nicolas Trigeassou, le responsable de la Librairie Le Square, nous explique pourquoi.

Martin de Kerimel | Mardi 12 novembre 2019

« Les prix célèbrent la passion des Français pour la littérature »

Le livre n’aura pas attendu d’être primé pour convaincre les lecteurs. Jean-Paul Dubois est déjà un auteur populaire et c’est peut-être cela aussi que l’Académie Goncourt vient de récompenser. On peut toutefois parier qu’avec cette haute distinction, Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon saura attirer d’autres férus de la chose écrite. « Les prix célèbrent la passion des Français pour la littérature, confirme Nicolas Trigeassou de la librairie Le Square. Tout s’arrête lors de l’annonce du Goncourt au journal télévisé. Une vibration étonnante. » Cette fois, le libraire parlerait plutôt de confirmation que de révélation : « Jean-Paul Dubois avait déjà obtenu le Femina en 2004, pour Une vie française, et figuré dans la sélection du Goncourt en 2016 pour La Succession. Son nouveau roman est un livre important, que j’avais "repéré" avant l’été. Le Goncourt lui permettra d’atteindre un public élargi, en France et à l’étranger ». Nicolas Trigeassou estime aujourd’hui que l’auteur « construit une œuvre cohérente en se demandant ce qui définit un homm

Continuer à lire

« L’accès au réseau des bibliothèques de Grenoble sera gratuit pour tous dès juillet »

ACTUS | Voilà ce qu'a, entre autres, annoncé le maire de Grenoble Éric Piolle dans le cadre du "plan lecture 2018-2025" engagé par l'équipe municipale. On vous en dit un peu plus.

Aurélien Martinez | Mardi 26 mars 2019

« L’accès au réseau des bibliothèques de Grenoble sera gratuit pour tous dès juillet »

« Ce "plan lecture" s’appuie sur le constat que le réseau des bibliothèques de Grenoble est riche de ressources extrêmement nombreuses. C’est l’un des mieux dotés de France, nous en sommes conscients et fiers. Mais on remarque depuis une grosse dizaine d’années que la fréquentation décroît ; fréquentation essentiellement due à de grands lecteurs. L’enjeu est donc bien de donner envie à toutes celles et tous ceux qui se sentent moins proches du livre ou moins proches des bibliothèques, avec un point fondamental autour des adolescents et des jeunes adultes – seuls 28% des 15-24 ans fréquentent les bibliothèques de Grenoble, contre 53% dans les villes de même taille. » Vendredi 22 mars, soit trois jours avant le vote de la délibération en conseil municipal, le maire de Grenoble Éric Piolle, accompagné de son adjointe aux cultures Corinne Bernard et de la directrice des bibliothèques de Grenoble Isabelle Westeel, a présenté à la presse locale les grandes lignes de son "plan lecture 2018-2025". La «

Continuer à lire

PB d'or 2017 : bonus

C'était 2017... | Avec un sujet qu'on aimerait moins brûlant et une politique culturelle en devenir.

Aurélien Martinez | Mardi 19 décembre 2017

PB d'or 2017 : bonus

Le PB d’or du dossier qu’on aimerait voir se solutionner au plus vite : les bibliothèques de Grenoble Nous étions partis pour rédiger un PB d’or acerbe sur la gestion par la Ville de Grenoble du dossier de la fermeture de trois bibliothèques grenobloises annoncée en 2016 lors du dévoilement du fameux plan dit de « sauvegarde des services publics locaux ». Car si les réflexions sur la modernisation du puissant réseau grenoblois peuvent s’entendre (surtout que les usages évoluent), mélanger ça avec un plan d’économies sans mettre sur la table un réel projet (vas-y que je te les ferme ; ah puis non finalement on verra ; au fait, vous connaissez les tiers-lieux ?) est une faute politique qui a allumé la mèche d’une contestation protéiforme difficile à calmer pour les élus. Mais voilà qu’en décembre 2017, alors qu’une nouvelle directrice du réseau (Isabelle Westeel) vient de prendre son poste, le maire de Grenoble Éric Piolle et son adjointe aux cultures Corinne Bernard ont organisé une réunion publique concerna

Continuer à lire

Changement de décor pour l’artothèque municipale de Grenoble

ACTUS | Après de nombreuses années à la bibliothèque Kateb Yacine, dans Grand'place, l’artothèque fait murs neufs ! Depuis le 5 septembre, le service de prêt d’œuvres de la municipalité a investi le rez-de-chaussée de la Bibliothèque d’étude et du patrimoine, à Chavant. Retour sur cette migration et, plus largement, le fonctionnement de cette institution trop méconnue.

Charline Corubolo | Mardi 26 septembre 2017

Changement de décor pour l’artothèque municipale de Grenoble

Dans les années 1960, l’histoire de l’art connaît un bouleversement plastique frénétique avec l’explosion des médiums : photographie, vidéo, installation, performance... Pluralité et diversité sont sur le devant de la scène : c’est l’avènement de l’art contemporain. Afin de faire découvrir cette nouvelle richesse créative, la municipalité grenobloise crée donc rapidement une artothèque. Dès 1976, ce nouveau service constitue une collection couvrant les années 1950 jusqu’à aujourd’hui, mise en lumière par des expositions. Mais voilà qu'après de nombreuses années de loyaux services au sein de la bibliothèque Kateb Yacine, l’artothèque pose ses œuvres à la Bibliothèque d’étude et du patrimoine. Un déménagement qui s’inscrit dans une logique : l’artothèque cède sa place à un secteur jeunesse pour faire de la bibliothèque de Grand’Place une structure familiale, et rejoint celle du centre afin de créer un lien entre l’art et le patrimoine. Bibliothèque d’œuvres Les artistes contribuant à écrire notre patrimoine, c’est ainsi plus de 80 ans d’histoire qui se dévoile à travers cette collection de 1100 estampes et 780 photographies, avec des œuvres de grand

Continuer à lire

La photo avant tout

ARTS | Considérée aux prémices de son utilisation comme un simple support d'aide à la peinture, la photographie a désormais trouvé ses lettres de noblesse pour devenir (...)

Charline Corubolo | Mardi 24 février 2015

La photo avant tout

Considérée aux prémices de son utilisation comme un simple support d'aide à la peinture, la photographie a désormais trouvé ses lettres de noblesse pour devenir œuvre d'art à part entière. L'Artothèque, service municipal de la Ville de Grenoble niché au cœur de la bibliothèque Kateb Yacine, en donne un bel exemple avec Quoi de neuf à l'artothèque ? Avec ce titre pour le moins explicite, l'exposition dévoile les acquisitions effectuées en 2014 par ledit service et présente quinze artistes jonglant entre sérigraphies et photographies donc. Si les sérigraphies n'offrent pas de grand intérêt (à l'exception de celle de Nuvish qui dévoile un univers fantasmagorique où un bébé devient monstre à l'intérieur comme à l'extérieur), les photographies révélées transportent l'esprit grâce à leurs sujets et cadrages saisissants. On y retrouve celles de Denis Darzacq et Pierre Gaudu, déjà exposés en ces lieux, et on découvre les portraits humanistes de Denis Dailleux, la poésie dansée de Joseph Caprio (photo), l'expérience de l'objet avec Javier Roz, l’authenticité retr

Continuer à lire

« L’art à la maison »

ACTUS | Depuis 1976, l'artothèque de Grenoble assure un service de prêt d'œuvres d'art contemporain, estampes et photographies des années 1950 à nos jours. Si le service est méconnu, son rayonnement dans le monde de l'art contemporain est croissant. Dimitri Crozet

Aurélien Martinez | Mercredi 26 février 2014

« L’art à la maison »

« Artothèque », ce néologisme est encore peu connu. « Quand j'ai dit aux gens autour de moi que j'allais travailler dans une artothèque, ils n'ont pas compris » raconte Anne-Marie Guigue, gérante de l'artothèque de Grenoble. Le principe est plus simple que le nom : pouvoir emprunter une œuvre d'art, de la même façon qu'on emprunte un livre à la bibliothèque. Le but : « l'art à la maison, mais en original ». Et ce pour une période de trois mois, pendant laquelle trois œuvres peuvent être empruntées par un particulier. À sa charge, le transport et l'assurance de l'œuvre. L'artothèque de Grenoble peut se targuer d'avoir été l'une des pionnières en la matière. Créée en 1976, implantée depuis 2005 dans la bibliothèque Kateb Yacine à Grand'Place, elle propose aujourd'hui 1100 estampes : des gravures, des lithographies (reproductions de gravure sur papier) et des sérigraphies (impressions de motifs sur papier). 750 photographies complètent le catalogue. Artistes régionaux mais pas que « La moitié de notre collection est sortie », se réjouit notre guide. Pourtant, les œuvres ne manquent pas dans ce coin de la bibliothèque, à l'intérie

Continuer à lire

Le temps des images

ARTS | exposition / Lieu légèrement isolé du Musée, la Tour de l'Isle s'avère fort appropriée pour cette exposition de 50 photographies choisies par Guy Tosatto dans le fonds de l'Artothèque. De ces travaux très divers, allant des années 50 à nos jours, émanent pourtant une sensation de nostalgie, une impression d'intimité, de solitude. SD

| Mercredi 7 février 2007

Le temps des images

Globalement, le découpage de l'exposition est chronologique ; et les regroupements de certains clichés s'avèrent judicieux. Dans une première salle, les très connus clichés de Doisneau, s'entourent de photographies vraiment prenantes, telles que Les Yeux fermés de Claude Batho, une ombre enfantine collée contre un rideau se perd dans la pénombre ; jouxtant celle-ci, La Petite Fille aux feuilles mortes d'Édouard Boubat, une enfant de dos arborant un manteau de lierre. Mises côte à côte, les images se répondent : les visage d'enfants y sont absents. Cette salle réunit des photographes dits "humanistes", s'attachant à saisir la poésie dans les gestes du quotidien. Des signatures exceptionnelles comme celle de Raymond Depardon (né en 42) dévoilent des paysages new-yorkais émouvants. New York encore, avec Mini Gang de William Klein (né en 1928), un visage menaçant d'enfant semble défier le monde ; sur une autre photo de Klein, un autre visage d'enfant inexpressif se dessine à travers une affiche de cinéma déchirée. On s'étonnera aussi du rapprochement de trois clichés. Au centre, une photo de Bernard Plossu (né en 1945), Mexico City, offrant une sensation de collage. On y voit un gen

Continuer à lire

«Une diversité d-œuvres»

ARTS | Interview / responsable de l'Artothèque depuis 1982, Michèle Dollman a contribué à l'enrichissement des collections. Propos recueillis par Séverine Delrieu

Séverine Delrieu | Mercredi 7 février 2007

«Une diversité d-œuvres»

Depuis votre arrivée, vous avez recentré les acquisitions sur la photographie. Pour quelles raisons ? Michèle Dollman : Effectivement, dans la collection qui a débuté en 76, il y avait beaucoup d'estampes. Le marché de l'art a explosé dans les années 80, donc on a pu acheter de la photo ; ce n'était pas encore trop cher. Je continue aussi à acheter de la photographie, car je mène parallèlement depuis quelques années une politique d'exposition uniquement de photographies. Justement dans les expositions, vous alternez photographes connus et découvertes. Connus, inconnus, photographes de la région, de Grenoble. C'est bien de mettre en rapport les différents regards : je crois que c'est bénéfique pour des photographes d'ici d'être confrontés à des aînés. Comment avez-vous sélectionné les 50 photographies choisies et exposées au Musée ? La sélection a été faite par Guy Tosatto (le Conservateur du Musée de Grenoble) en partant du principe qu'il fallait montrer des séries pour ne pas que ce soit trop disparate. Il a mis un peu l'accent sur les œuvres qui seraient aujourd’hui patrimoniales : des images que beaucoup de monde connaît, comme celles de Doisneau, Boubat, mais qui sont tout

Continuer à lire

ART to take

ARTS | Présentation / La très belle exposition de photographies au Musée de Grenoble intitulée “L'Artothèque de Grenoble a 30 ans, un choix de photographies”, valorise une partie de la collection de l'Artothèque et fait parler d'elle, à bon escient. Séverine Delrieu

Séverine Delrieu | Mercredi 7 février 2007

ART to take

Une énigmatique mise en scène du photographe Bernard Faucon posée sur son bureau. Un panoramique épuré de New York, réalisé par Raymond Depardon dans son couloir. Un autoportrait flou du jeune photographe portugais Jorge Molder. Ou un cliché de Boubat vu à mille reprises sur carte postale, mais là l'original serait accroché dans la buanderie. Le rêve devient réalité : avoir une œuvre d'art chez soi n'est plus l'apanage des nantis. Certes, il faudra en faire son deuil au bout de trois mois, mais tout de même, vous aurez momentanément vécu entouré d'un cliché de William Klein ou d'un Dieter Appelt. Rien de plus simple pour accéder à ce rêve. Procurez-vous (si ce n'est déjà fait) une carte d'abonné au réseau des bibliothèques de Grenoble. Cheminer jusqu'à la Bibliothèque Kateb-Yacine à Grand'Place qui abrite la fameuse Artothèque. Là, embarras du choix : parmi les 1950 œuvres appartenant à la collection dont 1300 estampes, une cinquantaine de dessins, et 660 photographies, il faudra choisir votre favorite, celle que vous emprunterez - comme un livre -, sans surcoût particulier. Cette démarche semble un brin incroyable - c'est trop facile, vous dites-vous -, mais non, c'est vrai. D'ail

Continuer à lire