Rentrée littéraire : les dents et on lit !

Livres | Embouteillage de nouveautés sur les étagères des librairies. Comme chaque mois de septembre, 500 à 600 livres sont publiés plus ou moins simultanément. On est allés au Square pour obtenir les bons conseils du libraire.

Valentine Autruffe | Mardi 21 septembre 2021

Photo : Valentine Autruffe


Chaque année, on se demande lesquels choisir dans ce foisonnement de bouquins. On lit des articles, on épluche les sélections des prix littéraires… Mais rien ne vaut le conseil du libraire du quartier. « C'est assez magique que la rentrée littéraire soit un événement en soi. Dans cet océan, la tâche du libraire, c'est de savoir retenir. Mais en réalité ce travail de défrichage, d'accompagnement, de promotion est permanent », introduit Nicolas Trigeassou, directeur de la librairie Le Square, qui comme les membres de son équipe a lu, au bas mot, une quarantaine de livres cet été.

Un roman grenoblois d'abord

Parmi eux plusieurs coups de cœur, à commencer par une œuvre grenobloise, L'invention de Louvette, premier roman de Gabriela Trujillo. « Un livre absolument foisonnant, pétillant, sur une femme qui renoue avec l'enfant qu'elle était, en Amérique centrale. » La Fille qu'on appelle, de Tanguy Viel, a également séduit Nicolas Trigeassou. Il raconte l'histoire d'un boxeur en fin de carrière, chauffeur d'un maire très ambitieux, qui tente d'aider sa fille à obtenir un logement social. « La force de ce livre, c'est qu'il éclaire ce qui se joue dans les mots. Certains savent jouer avec les mots, d'autres moins, c'est un jeu social, cruel. »


Dans Le Fils de l'Homme, roman salué de toutes parts, Jean-Baptiste Del Amo fait preuve « d'un lyrisme assez rare aujourd'hui. Il s'intéresse à une question qui l'obsède : l'irrépressible transmission de la violence entre les hommes. » Narré à travers le regard d'un enfant – la proie de la folie familiale -, dans un décor de moyenne montagne, « c'est comme si la nature trouvait les mots pour se décrire », apprécie le libraire.
Il cite aussi Nathacha Appanah pour Rien ne t'appartient, roman fort sur une femme rattrapée par ses fantômes, et Alexandre Labruffe pour Wonder Landes, récit autobiographique. « L'auteur apprend que son frère vient d'être incarcéré pour des faits graves. Or, dans sa famille, on a tendance à s'accommoder du réel grâce à l'invention. L'histoire se déroule sur une année, une année pour comprendre et accepter la réalité. Ce livre s'impose par le ton, un humour qui fait du bien. »

Biographie d'une insomniaque

Un récit, voire un essai, davantage qu'un roman : dans Pas dormir, Marie Darrieussecq ne trouve pas le sommeil. « Elle décompte les nuits blanches, et décrit de façon très drôle tout ce qu'elle a essayé pour parvenir à dormir, en vain », sourit Nicolas Trigeassou. « C'est un livre d'une richesse incroyable, plein d'intuition, et en même temps aérien. »

Côté littérature étrangère, deux romans italiens trouvent les faveurs de la librairie du Square. Claudia Durastanti est pour la première fois traduite en français pour L'Etrangère, un roman autobiographique. « Pour en parler, il faut raconter la première scène. Dans les années 60, un homme se jette dans le Tibre à Rome. Une femme passe par là, elle saute à son tour et le sauve. Ce sont ses parents », résume Nicolas Trigeassou. « Ce qui reliait ses parents, c'est que tous deux étaient sourds, et tous deux ont développé une forme d'extravagance. C'est tout sauf un livre triste, et Claudia Durastanti déploie une langue incroyable, qui lui est propre. Elle prend des tournants, des raccourcis que l'on n'avait jamais lus. C'est un livre d'une grande fantaisie. »

Autre pépite, elle aussi venue de l'autre côté des Alpes, La félicité du loup de Paolo Cognetti, dans lequel un homme de 40 ans se retire dans les montagnes, laissant sa compagne à Milan. « Il va croiser d'autres personnages qui ont fait le choix de la solitude. Sur une année, le paysage change, un amour se crée. C'est une très belle chronique d'un lieu et de sentiments. »

Le Square, 2 place du Dr Léon Martin. Des rencontres sont prévues avec plusieurs des auteurs cités. Programme sur www.librairielesquare.com


Gabriela Trujillo


Librairie Le Square 2, place du Docteur Léon Martin Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Nathacha Appanah


Librairie Le Square 2, place du Docteur Léon Martin Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Tanguy Viel : « Je trouve les gens très tolérants à la domination »

Littérature | Lorsque Laura, jeune femme de retour dans sa ville natale, demande une faveur au maire sur les conseils de son boxeur de père, également chauffeur de l'édile, débute une tristement banale affaire d'emprise qui conduira à la vengeance la plus triviale. À la suite d'Article 353 du Code pénal, Tanguy Viel, à la Librairie Le Square le 13 octobre, livre avec La Fille qu'on appelle le deuxième acte d'un diptyque judiciaire, qui ausculte la question du consentement. Où les phrases s'enroulent jusqu'au vertige autour d'une colère qui sourd jusqu'à l'explosion.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 octobre 2021

Tanguy Viel : « Je trouve les gens très tolérants à la domination »

Au départ de votre livre, il y avait le désir d'écrire sur la boxe, de faire votre Raging Bull, avez-vous dit. Comment est né La Fille qu'on appelle, comment son sujet – la question de l'emprise et du consentement – a-t-il fini par dépasser votre désir initial ? Tanguy Viel : Cela s'est fait en deux temps très distincts. J'ai en effet d'abord rêvé un roman de boxe qui s'est un peu écroulé sur lui-même. Et puis quelques mois plus tard est née cette figure de jeune fille. C'est au moment où les deux se sont rencontrés, le boxeur et la jeune fille, que j'ai senti que je tenais le roman, comme si l'un était nécessaire à l'autre. Je crois que la boxe donne une dimension romanesque, mythologique à une histoire qui sans cela serait trop triviale à mon goût. Il y a dans le livre comme l'écho des innombrables affaires ayant éclaboussé le monde, disons, politico-culturel. Jusqu'à présent vos livres se voulaient très romanesques, hors du réel. Quand on s'approche, comme vous le faites ici, de l'actualité, comment maintenir le cap d'

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C'est la saison des amours à la Cinémathèque

Cinéma | Dévoilée il y a quelques jours, la programmation de saison de la Cinémathèque de Grenoble s’articulera de septembre à décembre autour d’un cycle intitulé "La machine à parler d’amour", ponctué de plusieurs séances spéciales. Décryptage.

Damien Grimbert | Mardi 21 septembre 2021

C'est la saison des amours à la Cinémathèque

C’était l’objectif principal de la nouvelle directrice de la Cinémathèque de Grenoble, Gabriela Trujillo : se concentrer sur « les vocations premières du lieu, en l’occurrence la conservation et la valorisation du fond de films de sa collection », tout en continuant son inscription « dans le réseau local, mais également celui des autres cinémathèques françaises et étrangères ». Après avoir longuement arpenté les lieux où sont stockés les films, elle a donc conçu sa programmation autour d’un cycle thématique emblématique, La machine à parler d’amour, avec en filigrane « l’idée du cinéma qui permet un dispositif amoureux qui se réinvente à chaque film ». Dernière avant destruction Inauguré ce jeudi 23 septembre autour de la programmation de L’Âge d’Or de Luis Buñuel et de deux courts-métrages, ce dernier se prolongera ensuite au travers notamment de films de Michel Piccoli (C’est pas tout à fait la vie dont j’avais rêvé), François Truffaut (La Femme d’à côté, en photo), Claire Denis (Trouble Every Day), Woody Allen (

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Gabriela Trujillo : « La cinéphilie est une maladie contagieuse »

Rencontre | A l’occasion de son arrivée à la Cinémathèque de Grenoble, on s’est longuement entretenu avec sa nouvelle directrice, Gabriela Trujillo, pour discuter avec elle des orientations qu’elle souhaite donner au lieu. Valorisation des collections, cohérence de la programmation, nécessité d'exigence... On a passé tous les sujets au crible.

Damien Grimbert | Mardi 30 mars 2021

Gabriela Trujillo : « La cinéphilie est une maladie contagieuse »

On a connu des périodes plus faciles pour prendre la direction d’une cinémathèque : salles de cinéma fermées jusqu’à nouvel ordre, absence de visibilité sur leur réouverture... Ce qui n’empêche pas pour autant Gabriela Trujillo de faire preuve d’ambitions multiples quant à l’orientation de ce lieu bientôt soixantenaire. Au premier rang de ces ambitions, la défense de son patrimoine cinématographique accumulé au fil des années : « La Cinémathèque de Grenoble a bien sûr comme mission la programmation des films, que ce soit en salle Juliet Berto ou hors-les-murs. C’est, en quelque-sorte, la partie émergente de l’iceberg. Mais ce n’est pas la seule ! Elle possède également une collection de films, de livres et d’affiches d’une richesse unique que je souhaite continuer à valoriser, à renforcer et à présenter aux Grenoblois, afin de faire de ce lieu une étape obligée de la vie culturelle grenobloise. Bien sûr, la conservation de ce patrimoine nécessite des ressources, de la place, des moyens de stockage à des températures et niveaux d’humidité adéquats… dont on ne dispose pas. L’idée, c’est de trouver des moyens, y compris financiers, de valoriser les collections et d’attirer l’a

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Gabriela Trujillo, nouvelle directrice

Cinémathèque de Grenoble | La nouvelle est officielle : Gabriela Trujillo vient de s’installer aux commandes de l'institution. Avant d’entrer dans le vif du sujet, elle a accepté d’expliciter pour nous quelques éléments de son CV.

Martin de Kerimel | Jeudi 18 mars 2021

Gabriela Trujillo, nouvelle directrice

Une nouvelle tête à la Cinémathèque de Grenoble : Gabriela Trujillo remplace à la direction Anaïs Truant, l'administratrice qui assurait l’intérim depuis le départ de Peggy Zejgman-Lecarme, nommée quant à elle conseillère technique au cabinet d’Éric Piolle en fin d’année dernière. La nouvelle responsable a fait des études d’histoire de l’art et un doctorat en études cinématographiques à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Au cours de son parcours professionnel, elle s’est d’abord tournée vers la photo et a travaillé comme conférencière au Bal, un ancien cabaret devenu plateforme d’expositions du 18e arrondissement parisien, puis à la Maison européenne de la photographie, à Paris toujours. Son « expérience principale », selon ses mots, est liée au septième art et notamment à la valorisation du cinéma de patrimoine : elle a longtemps exercé à la Cinémathèque française et, avant sa récente arrivée à Grenoble, y était responsable de l’action culturelle, après avoir occupé des postes de conférencière trilingue et de bibliothécaire. Enseignante et essayiste Ce n’est pas tout : « J’ai aussi une longue expérience d’enseignement supérieur

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Libraires et disquaires lèvent le rideau

ACTUS | Reprise. À l’image de l’ensemble des commerces, librairies et disquaires ont pu rouvrir leurs portes samedi 28 novembre. Une reprise d’activité espérée pendant de longues semaines et attendue par leurs clients.

Sandy Plas | Mardi 8 décembre 2020

Libraires et disquaires lèvent le rideau

Il y a eu l’attente et l’incompréhension. Puis, finalement, l’annonce au sommet de l’État de la réouverture des commerces. Une bouffée d’oxygène espérée, notamment par les commerces culturels, contraints à la fermeture, fin octobre, car jugés non-essentiels. À Grenoble, comme partout en France, les libraires ont donc pu lever le rideau samedi 28 novembre, pour accueillir à nouveau leurs clients, qui étaient au rendez-vous en ce premier jour d’ouverture : « On est très contents d’avoir rouvert, les clients étaient bien là dès le samedi, c’était une très belle journée, tout le monde avait le sourire », raconte Noémie Leclercq, responsable de la librairie spécialisée BD Momie Folie. À la librairie les Modernes, spécialiste notamment du livre jeunesse, installée dans le quartier Championnet, le constat est le même : « La réouverture est très sportive, il y a du monde et du travail. » « Comme lors du premier déconfinement, les gens sont là en nombre, note, de son côté, Nicolas Trigeassou, directeur de la librairie du Square. Les lecteurs ont énormément de plaisir à retrouver un lieu qui leur est cher. Rien ne remplace le fait de flâner dans la

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Nouveau chapitre

Lectures | La lecture a été pour beaucoup un moyen d’évasion pendant le confinement. Aujourd’hui, la réouverture des bibliothèques et librairies enthousiasme de nombreux lecteurs. Ces structures nous en disent plus sur leurs conditions de reprise.

Nathalie Gresset | Mardi 9 juin 2020

Nouveau chapitre

« Beaucoup de personnes sont venues à la librairie depuis le 12 mai. Elles étaient contentes de nous retrouver et certaines avaient choisi d’attendre qu’on rouvre pour acheter des livres chez nous. C’était très émouvant. » Cet enthousiasme des lecteurs que constate Gaëlle Partouche, gérante des Modernes, a aussi été observé par d’autres libraires de la ville. « Les clients nous ont communiqué leur joie de revenir dans un lieu qui leur est cher et dont on mesure d’autant plus l’importance après une période de privation. Le fait que les librairies soient l’un des premiers lieux de culture à rouvrir participe à cette impression d’engouement », note Claire Criscuolo, directrice de la librairie Arthaud. Pendant le confinement, certaines boutiques avaient mis en place un système de retrait de livres, réservés en amont, et pouvaient déjà constater la très grande attente des lecteurs. «Quand on a instauré ce dispositif fin avril, la queue des personnes venant chercher leur commande faisait presque 100 m, remarque Nicolas Trigeassou, à la tête de la librairie Le Square.On a réalisé à quel point on était attendu. On a aussi reçu de nombreu

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« Les prix célèbrent la passion des Français pour la littérature »

ACTUS | La remise, le 4 novembre, du Prix Goncourt à Jean-Paul Dubois pour "Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon" est l’un des temps forts de l’actu littéraire. Nicolas Trigeassou, le responsable de la Librairie Le Square, nous explique pourquoi.

Martin de Kerimel | Mardi 12 novembre 2019

« Les prix célèbrent la passion des Français pour la littérature »

Le livre n’aura pas attendu d’être primé pour convaincre les lecteurs. Jean-Paul Dubois est déjà un auteur populaire et c’est peut-être cela aussi que l’Académie Goncourt vient de récompenser. On peut toutefois parier qu’avec cette haute distinction, Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon saura attirer d’autres férus de la chose écrite. « Les prix célèbrent la passion des Français pour la littérature, confirme Nicolas Trigeassou de la librairie Le Square. Tout s’arrête lors de l’annonce du Goncourt au journal télévisé. Une vibration étonnante. » Cette fois, le libraire parlerait plutôt de confirmation que de révélation : « Jean-Paul Dubois avait déjà obtenu le Femina en 2004, pour Une vie française, et figuré dans la sélection du Goncourt en 2016 pour La Succession. Son nouveau roman est un livre important, que j’avais "repéré" avant l’été. Le Goncourt lui permettra d’atteindre un public élargi, en France et à l’étranger ». Nicolas Trigeassou estime aujourd’hui que l’auteur « construit une œuvre cohérente en se demandant ce qui définit un homm

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Un Printemps du livre, six coups de cœur

Festival | Qui pourra-t-on rencontrer à Grenoble et aux alentours entre le mercredi 20 et le dimanche 24 mars ? Réponses subjectives.

Stéphane Duchêne | Lundi 18 mars 2019

Un Printemps du livre, six coups de cœur

Maylis de Kerangal Un monde à portée de main Le monde à portée de main de Paula Karst, c'est celui qui s'offre à elle autant que celui qu'elle apprend à reconstituer à l'Institut supérieur de peinture de Bruxelles où elle étudie le trompe-l'œil. Un art de reproduire la matière qui la conduit jusqu'à Moscou mais aussi au studio de Cinecittà en Italie, avant qu’elle ne se voie confier le chantier du fac-similé de la Grotte de Lascaux. Mais derrière ce récit d'apprentissage, comme toujours, Maylis de Kerangal (photo) nous parle d'elle, et de cet art de faussaire virtuose qu'est l'exercice de la fiction, dans une réflexion vertigineuse sur la création. À la salle Olivier Messiaen vendredi à 16h30 (rencontre) Au musée samedi à 10h30 (rencontre) et 17h (lecture en correspondance) Thomas B. Reverdy L'Hiver du mécontentement Derrière ce titre shakespearien, Thomas B. Reverdy, qu'on peut aisément classer dans la catégorie fantôme des écrivains rock, niche une étude de cette Angleterre de 1979 au bord de basculer dans le thatchérisme et la crise (sujet très reverdyen). Mais une Angleterre d

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Nicolas Trigeassou : à livre ouvert

Portrait | Alors que la rentrée littéraire et ses 567 nouveautés sont au cœur de l’actualité, Nicolas Trigeassou, directeur de la librairie grenobloise Le Square, est sorti des cartons pour évoquer ses romans lus et approuvés. Et en a profité pour nous parler de lui, de son parcours et des enjeux du secteur de l'édition.

Alice Colmart | Mardi 18 septembre 2018

Nicolas Trigeassou : à livre ouvert

« Je dirais que Yakari, quand j’étais tout-petit, m’a donné envie de me tourner vers les métiers du livre… Ou c’est peut-être plus l’auteur Georges Perec, j’hésite ! » Dans un petit bureau à l’étage de la librairie Le Square, place Docteur Léon-Martin à Grenoble, Nicolas Trigeassou, son directeur vêtu d’une élégante chemise blanche, nous raconte ses passions de libraire. « On ne cesse d’apprendre, d’être bousculé par la création, par de nouvelles propositions, de nouvelles écritures. » L’occasion unique pour lui de découvrir de nouvelles plumes, c'est notamment cette rentrée littéraire avec ces 567 nouveaux livres qui paraîtront jusqu’à la fin du mois d’octobre. « Avec mon équipe de onze personnes, on défriche, on fait des tris entre les romans à découvrir et ceux qui sont moins indispensables. Il y en a beaucoup. Mais je considère cette surproduction comme une vague porteuse d’énergie. Et c’est un plaisir immense d’être les premiers à découvrir les textes. » Ce travail d’Hercule mené chaque année dès la fin du mois d’avril l’amène ainsi à dénicher des pépites. « Cette rentrée

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Simple question de l’été #5 : pourquoi les auteurs acceptent-ils les rencontres dans les librairies ?

ACTUS | Pourquoi un écrivain qui vend des milliers de livres prend-il la peine de venir rencontrer ses lecteurs dans une librairie qui ne peut en accueillir que quelques dizaines ? Nicolas Trigeassou, directeur de la librairie grenobloise Le Square (et ici en photo avec l'auteur Gaël Faye), nous répond.

Nicolas Joly | Jeudi 20 juillet 2017

Simple question de l’été #5 : pourquoi les auteurs acceptent-ils les rencontres dans les librairies ?

« Les rencontres avec les lecteurs sont des moments lors desquels il se passe quelque chose entre l’écrivain et son public. Lorsque l’auteur parle de son livre, il le relit et le comprend différemment grâce aux questions que le public lui pose. De plus, l’écriture étant une activité très solitaire, les auteurs ont besoin de cet échange direct avec les lecteurs. L’écrivain touche certes moins de gens que lorsqu’il passe à la télévision, par exemple, mais la nature de la parole qui en sort est très différente. Ce sont des moments d’échange d’une heure environ, durant lesquels les auteurs peuvent aborder certains sujets dont ils ne peuvent pas parler ailleurs. Delphine de Vigan ne dit par exemple certaines choses que lors de ces rencontres. C’est d’ailleurs pour cela qu’elle refuse qu’elles soient enregistrées. » Et financièrement ? « Les motivations des écrivains pour participer aux rencontres sont donc variées, mais l’argent n’en fait pas partie. Pour préparer la rentrée littéraire, nous envoyons des invitations aux maisons d’éditions des auteurs qui nous intéressent. Ceux qui souhaitent venir nous répondent ensuite, mais il s’agit toujours d’une démarche d

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Tanguy Viel : « Obtenir réparation par le récit »

Printemps du Livre de Grenoble | Un homme, Martial Kermeur, jette dans la rade de Brest un agent immobilier qui, quelques années auparavant, l'a escroqué comme il a escroqué toute une ville. C'est la trame du roman de Tanguy Viel, "Article 353 du Code Pénal", écrit sous la forme d'une confession réparatrice face à un juge. Où sourd l'idée que la parole et le récit peuvent sauver de tout, même du pire. Entretien avec l'auteur, invité du Printemps du Livre de Grenoble.

Stéphane Duchêne | Mardi 4 avril 2017

Tanguy Viel : « Obtenir réparation par le récit »

Qu'est-ce qui a présidé – l'idée, l'image, la situation – à l'écriture de ce livre ? Cette scène de meurtre qui ouvre le livre, comme pour s'en débarrasser ? Tanguy Viel : Pour qu'il y ait vraiment roman, il fallait qu'il y ait un acte dramatique fort. Donc la première scène, la scène du meurtre, est une des premières que j'ai écrites, même si je savais qu'elle était pratiquement de l'ordre du dénouement. Mais d'abord, il y a cette histoire toute bête d'un type qui veut installer une station balnéaire dans la rade de Brest. Le caractère absurde du projet était en fait une sorte d'idée romanesque dont je ne voyais pas trop quoi faire. Et parallèlement à ça est née la figure du narrateur. Ce qui m'intéressait, c'était raconter l'histoire d'un homme floué, fatigué, un peu envasé. La rencontre entre un élément dramatique fort – une proposition qui débarque, comme ça, « je vais vous vendre un appartement » – et un type dont je sentais qu'il était faible a produit ce rapport de force. C'est ce rapport de force qui est l'image séminale du livre. Et donc oui, assez vite la question du meurtre s'est posée. Le roman

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Tanguy Viel : Bretagne ma belle

Littérature | Un escroc anéantit un village et ses habitants. Sur ses terres de Bretagne, le romancier français Tanguy Viel invente, avec "Article 353 du code pénal", un drame social et ausculte la toujours très vivace et donc forcément féroce lutte des classes. Rendez-vous à la librairie le Square pour en parler avec lui.

Nadja Pobel | Mardi 17 janvier 2017

Tanguy Viel : Bretagne ma belle

C'est encore la période du franc, certes finissant. François Mitterrand est une figure qui n'appartient pas encore aux livres d'histoire. D'ailleurs son arrivée au pouvoir le 10 mai 1981 revêt une double importance pour Martial Kermeur : la gauche prend enfin la tête de son pays et son fils Erwan voit le jour. Fidèle à sa Bretagne d'origine, c'est de la rade de Brest que l'écrivain Tanguy Viel regarde, via son nouveau roman Article 353 du code pénal, la France, et surtout ce qu'il reste d'un XXe siècle qui a salement amoché son personnage principal, licencié avec une kyrielle d'autres de l'arsenal. La rigueur n'enraye pas le déclin économique, ni la cupidité des manipulateurs d’ailleurs. Antoine Lazenec, prétendu sauveur d'une bourgade voisine, va ainsi investir pour transformer la colline donnant sur la mer en un complexe immobilier. Pire, « une station balnéaire ». Et comme le remarque Martial Kermeur, « le château, cette chose qui avait appartenu à tout le monde pendant trois siècles, maintenant c'était la propriété d'un seul ». Mais pour l'instant ce n'est qu'une maquette que chacun applaudit av

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Nicolas Trigeassou : « On produit pour produire »

CONNAITRE | Une rentrée littéraire, ce sont des livres ; énormément de livres. Mais ce sont aussi des libraires qui, en ces temps chamboulés où le mot crise est devenu un nom plus que courant, s’interrogent sur leur métier et les pratiques à venir – notamment le livre numérique. Rencontre avec Nicolas Trigeassou, adjoint de direction à la librairie Le Square, qui développe un point de vue pertinent sur ces évolutions encore incertaines. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Christophe Chabert | Vendredi 2 septembre 2011

Nicolas Trigeassou : « On produit pour produire »

654 nouveaux romans sont publiés en cette rentrée littéraire. C’est beaucoup, mais moins que l’année précédente – 701. Comment l’expliquez-vous ? Nicolas Trigeassou : Par la situation de crise que traverse l’édition aujourd’hui. Il y a eu un évènement important en mai dernier : les premières Assises de la librairie, organisées par le Syndicat de la librairie française. Des éditeurs et des diffuseurs étaient aussi présents. Il en est ressorti que la librairie est en difficulté aujourd’hui. Donc par sagesse, parce qu’on ne sait pas très bien quand cette crise prendra fin, les éditeurs ont réduit leur programme, ce qui se traduit par moins de premiers romans. Moins de premiers romans (74 cette année, contre 85 en 2010, 87 en 2009 et 91 en 2008) car moins de prises de risque de la part des éditeurs, qui jouent la carte des valeurs sûres… Sur les valeurs sûres, c’était déjà le cas l’année dernière, avec Houellebecq, Echenoz… Mais cette année, il y a quand même de nombreux livres à découvrir, ça reste une rentrée excitante, et peut-être moins écrasante que la précédente. Bien sûr, il y a des évènements –

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