La bonne distance

exposition / Deux nouvelles expos au Magasin : l’une stimulante réalisée quasi in situ par le jeune plasticien français Franck Scurti, et l’autre, une première rétrospective de Lothar Hempel, un trajet plus onirique, narratif, un brin empesé. SD

L’espace de la “rue” du Magasin, n’aura jamais été autant appréhendé comme tel. Mais, en réalité, on sait qu’elle n’en est pas une, de rue. Elle est un espace au milieu d’un Centre d’Art, haut lieu dévolu à l’art contemporain. Franck Scurti, plasticien à l’humour subtil, joue, travaille sur cette ambiguïté. Dans cet espace, il aligne régulièrement sur toute la longueur, cinq grandes sculptures reproduites sur le modèle de styles reconnaissables dans l’histoire de l’Art : constructivisme, minimalise, biomorphisme, on pense à Arp, Lichtenstein ou Vasarely. Chacune d’entre elle, pourtant, est réalisée avec des irrégularités, des décalages, des inexactitudes. Réelles, mais parodiques donc. Sur la première, par exemple, un nu féminin, que l’on trouverait dans n’importe quel square, Scurti a remplacé la tête par un cube. Une télé, cette tête ? Mais l’idée, aussi brute que forte, et qui permet de prendre de la distance pour se poser toutes sortes de questions, c’est que ces sculptures sont pré-taguées ou pré-graffitées ; ces écritures, signatures taguées reproduites sont gravées, sculptées dans la sculpture en quelque sorte. Donc, ineffaçables. Elles sont traces, empruntes (de tribus modernes), micro sculptures encore une fois, sur une surface qui appartient à l’espace public. Des sculptures taguées comme prêtes au non-emploi public en somme - combien de maires s’évertuent à nettoyer au kärcher les tags et graffitis dont les “voyous” barbouillent les sculptures publiques... Mais, là, elles sont encore à l’abri, ou bien, sont-elles déjà trop intouchables, inaccessibles, loin de toutes réactions spontanées, éloignées du public? What is public sculpture ?, pose constamment la question du rapport entre le public et l’œuvre, selon le lieu où l’œuvre se trouve. «Ici, c’est comme ça. Si la sculpture est achetée et mise dehors, ce sera différent», lâche le plasticien français.Lettres indéchiffrablesMais au-delà des questionnements politiques que soulève avec humour cette proposition, plastiquement, l’ensemble est remarquable : des bas-reliefs réalisés dans la même veine, entre grafs et tags, des murs gravés de tags viennent parachever une vision urbaine géométrique absorbante. Alors, que l’exposition de Scurti relève de la légèreté, et d’un rapport direct avec le spectateur, la première rétrospective de l’artiste allemand Lothar Hempel, Alphabet City, demande de s’immerger, de s’abandonner à ce rêve ou cauchemar éveillé, où la tentative d’interprétation s’avère le moteur. Car son univers est au fond très mental. Dans un dédale d’œuvres aux supports divers, une vidéo, des photographies, des peintures, collages, des personnages en feutrine, des assemblages surréalistes constitués d’objets, vidéo, lumière, on navigue au milieu de petites installations narratives et théâtrales. Formant au finale une grande mise en scène où les thèmes de prédilection de l’artiste comme l’Histoire de l’Allemagne, le cinéma, la danse comme source d’émancipation, se répètent et tournent à l’obsession. Celle-ci à force d’être énigmatique, échappe un peu. What is public sculpture ? / Alphabet Cityjusqu’au 6 mai, au CNAC – Le Magasin

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