Gagarine's way

Habitué à tutoyer les sommets, Laurent Pelly se confronte ici carrément à l’espace avec "I Cosmonauti Russi", récit musical du dernier voyage d’une équipée interstellaire, avec en toile de fond l'effondrement de la plus grande utopie du XXème siècle. Propos recueillis par Hugo Gaspard

Comment avez-vous découvert l’œuvre de Battista Lena ?
Laurent Pelly : Par hasard. J’étais à Nantes où je créais Le Voyage de Monsieur Perrichon. Je cherchais une musique pour le spectacle et je suis tombé sur Banda Sonora, un autre disque de Battista. Je ne l’ai pas choisi pour Perrichon, mais pour mon spectacle suivant, Le Roi Nu. A l’époque, je ne savais pas qu’il y avait un lien entre Michel Orier et lui (Les disques de Battista Lena sont sortis chez Label Bleu, la maison de disque créée et longtemps dirigée par l’actuel directeur de MC2, ndlr).

Faut-il voir ici une charge politique contre le communisme, comme justement dans Le Roi Nu ?
I Cosmonauti Russi n’a pas vraiment de message idéologique, c’est certes une métaphore du communisme, mais surtout un hommage à ces pionniers de la conquête spatiale, tous ces cosmonautes morts au cours des vols, qui ont été sacrifiés sur l’autel de l’expérimentation en Union soviétique. Avec l’équipe, on a visionné récemment un reportage sur Gagarine qui passait sur la chaîne Histoire. On ne connaît pas forcément l’histoire de celui qui fut le premier homme dans l’espace. C’était un véritable héros. Mais après son exploit, il a été évincé parce qu’il savait que les vols qui suivraient le sien seraient des échecs. Il a sombré dans l’alcoolisme et a connu une fin tragique, certains pensent même qu’il a été assassiné. Mais le cœur de la pièce, c’est véritablement la musique. Une musique qui évoque à la fois Nino Rota, Kurt Weill et Carla Bley et que Lena a voulu sur disque, en deux versions.

Pourquoi avoir préféré l’italienne à la française?
Je trouvais la version originale plus belle, plus juste. Et Battista a spécialement écrit un peu plus de chant pour Claire Delgado, qui sera la voix de la mauvaise étoile. C’est une musique à la fois lyrique, enlevée, décalée et contemplative, qui se fait l’écho des états d’âmes de ce cosmonaute qui regarde la Terre depuis l’espace. Un mélange jubilatoire de jazz, de cirque et de musique populaire italienne. Ce n’est ni vraiment un opéra, ni du théâtre, mais quelque chose de complètement à part, pas du tout formaté et que je conçois comme une rêverie. Sur le plateau, je vais aller vers quelque chose de très imagé et de très aérien, en développant par exemple le procédé de la machinerie d’Olympia que j’utilisais pour Les Contes d’Hoffmann (pour mémoire, l’immense Mireille Delunsch était ainsi suspendue dans les airs par des filins à la Tsui Hark ! ndlr). C’est un univers en apesanteur, extraordinairement poétique, porté par un jeune acteur, vraiment brillant, Filippo Timi, qui, c’est ma chance avec ce rôle très physique, est aussi acrobate…

Comment appréhende-t-on ce genre de spectacle singulier ?
Comme une expérience. Compliquée, parce que l’orchestre de 19 musiciens, présent sur scène, est en quelque sorte le personnage principal. Il ne faut pas se substituer à la musique, mais la mettre en scène, faire de l’image. S’amuser et inventer des choses… J’aime ce genre d’enjeu. Avec ce spectacle, je me retrouve dans une logique semblable à celle du Théâtre–Minute. On joue trois fois, sans filet. Si cela fonctionne, on le reprendra un peu partout, sinon, cela restera comme une aventure plus expérimentale. Le plus important en tous cas, c’est que cela soit plaisant pour le spectateur…

i cosmonauti russi
Mise en scène de Laurent Pelly, Salle de Création de la MC2 du 15 au 17 mars

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