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Putain, dix ans

Entretien avec Michel Amato alias The Hacker à l’occasion de la sortie de X, anthologique CD - DVD reflétant l'essence matricielle de sa musique. Propos recueillis par François Cau

Petit Bulletin : Comment on élabore un disque comme celui-ci sans tomber dans la commémoration ?
The Hacker :
Déjà à la base, ce n’était pas quelque chose de planifié, une chose à laquelle on aurait réfléchi depuis super longtemps. En fait, c’était à l’occasion de la soirée qu’on avait faite à la MC2 il y a deux ans environ, où l’on s’est dit avec les gens de la scène électronique grenobloise (Oxia, Kiko, Miss Kittin, les gens d’Interface) : vu qu’on a une grande et belle salle, avec beaucoup de lumières, il y a moyen de faire de beaux lives, et ce serait bien de filmer le tout. Après, de mon côté, c’était la fin de la tournée de Rêves Mécaniques, l’album que j’avais fait à l’époque. Donc c’est vrai qu’il y a un petit côté bilan, on tourne la page et on passe à autre chose. Mais ce n’était vraiment pas réfléchi, ce n’était pas le but premier.

Le tracklisting du CD suit vraiment Rêves Mécaniques, et les trois morceaux studio choisis pour clore le disque restent dans cette continuité artistique… Ils ont été sélectionné selon ce critère ?
Il s’agit de titres qui étaient en Face B des singles de Rêves Mécaniques, disponibles uniquement en vinyles. Et comme tout le monde n’achète pas du vinyle, on s’est dit autant le mettre sur CD pour qu’il en reste une trace. Le dernier morceau (White Techno Funk), c’est un maxi que j’ai enregistré il y a un mois et demie, c’était histoire de l’avoir aussi sur CD et de montrer que le travail continue.

C’est un bon condensé de ton évolution musicale, en termes de construction d’atmosphères glauques notamment…
Oui, il y a cette énorme influence des réalisateurs italiens comme Umberto Lenzi… Non, plus sérieusement, le live reprend essentiellement des morceaux de Rêves Mécaniques, un album où j’avais bien réussi à exprimer les diverses influences que je peux avoir. Du coup, c’est une bonne manière pour ceux qui ne me connaissent pas de rentrer dans mon univers sans que ce soit trop difficile au premier abord, et en même temps ça donne une idée assez juste de ce que je fais.

Après, tu ne tombes pas non plus dans le passéisme qui aurait voulu que tu mettes tes anciens morceaux hardcore, ou des titres avec Miss Kittin…
Oui, ce n’est vraiment pas de rétrospective de tout ce que j’ai pu faire. Par contre, dans le documentaire, c’est autre chose, il y a une visée beaucoup plus globale. C’est une tentative de dresser, à travers mon parcours, une sorte d’historique des musiques électroniques à Grenoble, des premières raves jusqu’à aujourd’hui.

Quelle opinion as-tu maintenant de ta période hardcore ?
Je suis plutôt fier du travail qu’on a fait avec Benoît Bollini. Parce que je trouve que c’est, sincèrement, la musique la plus détachée d’influences que j’ai pu faire. C’était le tout début, on était jeunes (22-23 ans), mais ce n’est pas du tout quelque chose que je renie. Je réécoute de temps en temps, ça n’a pas pris une patine ridicule, et il me semble que c’est ce qu’il fallait faire à cette époque-là. On me reparle encore souvent de cette période : on sortait du lot hardcore de la scène française, on était dans un délire plus dark et bruitiste.

Et que penses-tu de la scène hardcore d’aujourd’hui ? On retrouve des traces de ce que vous avez pu faire avec Benoît Bollini dans les dernières compos de Manu Le Malin, par exemple…
J’ai un peu lâché l’affaire, je ne sais plus trop où ils en sont, je sais que ça continue et tant mieux, mais j’avoue que je ne pourrais pas trop en parler. Après, je jette toujours une oreille sur ce que font des musiciens comme Manu Le Malin, que je connais bien. C’est vrai qu’il y a des similitudes. Mais c’est bien le hardcore, faites des free parties, faites chier les gens. Il est toujours nécessaire dans un mouvement qu’il y ait un extrême comme celui-là, un côté fouteur de merde, un peu punk.

Mais cet esprit des free parties que tu évoques a un peu disparu, non ?
C’est vrai que ce n’est plus pareil. Mais on n’est pas non plus tout à fait dans le même créneau. Quand je suis parti dans cette optique hardcore, les free parties n’existaient pas encore – et là, les jeunes qui vont lire ça vont se dire “Ouh la, mais il nous cause de la Préhistoire“ – mais même musicalement, on n’était pas dans la même esthétique. J’étais dans un trip hardcore que j’envisageais comme un héritage de la musique industrielle. Les free parties, c’était plus une sorte de hard techno que je trouvais assez ennuyeuse, c’était une scène à laquelle je n’ai pas trop adhéré et c’est une des raisons pour lesquelles on a arrêté. Sur le fait de faire des free, j’étais on ne peut plus d’accord, mais sur la musique, ça coinçait.

Quels sont tes spectres d’exploration musicale pour les compositions à venir ?
Là, on est en train de finir un nouvel album avec Miss Kittin, qui est vraiment différent du premier qu’on avait fait à l’époque, avec les morceaux Frank Sinatra et tout ça. Le nouveau est vachement moins électro pop marquée 80’s, c’était le délire de l’époque, c’était marrant, mais c’est passé, puis maintenant tout le monde le fait… On n’a même pas eu besoin de se le dire, on n’allait pas refaire ça, c’était évident. On a fait d’autres choix, c’est un mélange. Il y a évidemment toujours des influences un peu new wave, mais mixé à de la techno actuelle, avec des éléments pop sur certains morceaux et d’autres moins. Après on partira en tournée, en promo, mais là je pense déjà au prochain truc que je vais faire.
J’ai envie de faire quelque chose de plus atmosphérique, du moins pas forcément dancefloor. Du dancefloor, ça fait bientôt 15 ans que j’en fais, et je me suis dit qu’il fallait peut-être que j’essaie de passer à autre chose, pas complètement arrêter évidemment mais au moins tenter une expérience. Ce ne serait pas forcément sur un album entier, mais une sorte de mini EP de 5 à 6 titres. Quand t’es un artiste électro, tu as cette espèce de pression inconsciente du genre “il faut que les gens dansent“, et là j’ai envie d’en sortir pour un petit projet comme ça. En ce moment, je me fais un revival The Cure, alors j’écoute ça à fond, et je me dis que j’aimerais bien faire quelque chose de plus lent, de plus introspectif. Après, il faut que j’en ai le temps, on verra.

Un projet qui se prolongerait sur scène, le cas échéant ?
Si j’arrive à concrétiser le projet, j’aimerais bien. Si je le fais – après je peux très bien changer d’avis dans six mois – j’aimerais bien faire une petite tournée, avec pas beaucoup de dates mais des lives où je jouerais ça, essayer de monter une ambiance autour, avec des projections, de la vidéo. Avec peut-être des guests, quelqu’un à la gratte ou à la basse, je ne l’ai jamais fait donc pourquoi pas. J’ai aussi l’envie de travailler avec d’autres gens, j’en ai un peu marre d’être tout seul – en dehors du boulot avec Miss Kittin, bien sûr. Ce n’est pas très concret pour le moment, ce sont juste des idées à mettre en place pour plus tard.

Voir le live à la MC2 figé sur support, ça donne l’impression que le mouvement électro est arrivé à l’apogée de sa reconnaissance, voire qu’il a perdu de son aura contestataire…
Non, je me dis qu’on peut aller vachement plus loin, on est loin de la reconnaissance du grand public, on a encore de la marge. Et puis justement, si les choses se passent comme ça, ça peut donner une autre image de la musique électronique. Parce que pour beaucoup de gens encore en France, l’électro c’est soit David Guetta, soit les free parties. C’est comme ça tout du moins que les médias généralistes présentent le truc, à quelques exceptions près du type Laurent Garnier ou Daft Punk, c’est assez schématique : c’est soit Guetta, Bob Sinclar et tous ces trucs un peu sarkozystes, soit l’ambiance à la Besancenot avec punks à chien et tout ça, alors qu’il n’y a pas que ça. Il y a énormément d’artistes excellents en France dont on ne parle pas, qui ne sont pas assez caricaturaux pour ces médias. Tout est schématisé, ou alors, on s’arrête à des micro phénomènes du type Tecktonic. On n’est pas encore dans le 7 à 8 de TF1…

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