Fête du cinéma : furieusement dispensables

Épargnez-vous ces peines cinématographiques, ou gardez-les pour la fin de journée pour ne pas vous plomber...

Au bout de la nuit
de David Ayer (EU, 1h49) avec Keanu Reeves, Forest Whitaker…
Alors c’est simple. Tu prends un script inédit de James Ellroy censé se dérouler dans la foulée des dernières émeutes de Watts, tu en expurges ce sous-texte politique pour ne pas trop choquer. Dans le rôle principal du flic violent et alcoolique, tu prends un Keanu Reeves sous Tranxène pour adoucir un peu le ton. Dans celui du ripou en chef, tu prends Forest Whitaker, il roule très bien des yeux. À la réalisation, tu mets le tâcheron David Ayer (hey, il a scénarisé Training Day et réalisé Bad Times, c’est un spécialiste de la maison poulaga, quoi), tu lui demandes bien de mâcher le suspense à grands coups de plans signifiants sur les hommes de main de Whitaker. Tu rajoutes deux-trois acteurs de séries télé pour aguicher la ménagère. Tu secoues. Et hop, tu obtiens un polar timoré dans son côté teigneux, faussement subversif et vraiment réac, dix fois moins efficace que le moins bon des épisodes de The Shield. Aaaaaah, la magie hollywoodienne… FC
Les 6 Rex, Pathé Échirolles, PASSrL, RoyalAffaire de famille
de Claus Drexel (Fr, 1h30) avec Miou-Miou, André Dussollier…
Franchement, il y avait de l’idée dans cette histoire de cambriolage racontée “à la Rashomon”, c’est-à-dire selon le point de vue de chacun des membres d’une famille ordinaire. Le scénario est bien ficelé, et on sent un désir évident de la part du réalisateur de chercher un humour noir dans un canevas de polar très français. Mais sa mise en scène n’a pas les moyens de ces ambitions-là, et reste dans une facture (télé)visuelle à l’opposé de la stylisation présente dans l’écriture. CC
Mon Ciné, Théâtre de la MureLes Citronniers
d’Eran Riklis (Israël-Fr-All, 1h46) avec Hiam Abbass, Ali Suliman…
Un auteur, ça fait toujours le même film, mais souvent en moins bien ! Exemple avec Eran Riklis : dans La Fiancée syrienne, il prenait une situation forte et crédible pour écrire une allégorie sur les êtres écartelés par les frontières des nations en guerre. Rebelote donc avec Les Citronniers ; mais cette fois, la parabole est trop transparente et la situation trop évidente pour créer de l’empathie. Au contraire, on sent sans arrêt les intentions du cinéaste prendre le pas sur la vérité des personnages et la force dramatique des scènes. Dommage, car tout cela ne manque pas de qualités cinématographiques par ailleurs… CC
Le Club (VO)Un jour, peut-être
d’Adam Brooks (EU, 1h52) avec Ryan Reynolds, Isla Fisher…
Un conseiller politique en instance de divorce raconte à sa fille son parcours sentimental, partagé entre les trois femmes de sa vie. Sur une trame de whodunnit romantique (qui est la mère de l’enfant, et surtout avec qui le héros va-t-il finir ?), Adam Brooks trousse un film beaucoup trop long et convenu, dont la toile de fond (l’engagement dans la campagne présidentielle de Clinton) aurait pu être intéressante si elle n’avait pas été autant survolé. FC
Les 6 Rex, Pathé ÉchirollesLa Personne aux deux personnes
de Nicolas et Bruno (Fr, 1h27) avec Daniel Auteuil, Alain Chabat…
Après un accident de voiture, Jean-Christian Ranu, cadre très moyen à la Cogip, se retrouve selon l’expression de Deleuze “très peuplé à l’intérieur de lui-même”, puisqu’il entend dans ses tympans la voix du chanteur has been Gilles Gabriel. La naissance de cet être schizo dans le quotidien gris des bureaux de La Défense donne lieu à une comédie très moyenne, mais aussi à une réflexion assez fine et désabusée sur la norme, les codes et une époque où travailler plus signifie aussi vivre moins. CC
Les 6 Rex, Pathé Échirolles, Pathé Chavant, PASSrL, Art et PlaisirsPhénomènes
de M. Night Shyamalan (EU, 1h30) avec Mark Wahlberg, Zooey Deschanel…
La Jeune fille de l’eau, catastrophe absolue où Shyamalan posait en super-auteur vengeur et autosatisfait, touchait le fond. Phénomènes redresse le gouvernail, mais ce film d’horreur conçu comme une série B à l’économie modeste (enfin, tout le monde ne peut pas se payer Mark Wahlberg en tête d’affiche !) ne convainc pas totalement. On ne croit pas deux secondes à la fiction parano du début, et l’argument écolo qui vient expliquer les mystérieux phénomènes du titre sent quand même l’opportunisme à plein nez. Reste le tour de force de faire un film à suspense avec le bruit du vent dans les arbres pour toute menace, quelques visions fulgurantes et des idées un peu expédiées, mais quand même bienvenues. CC
Les 6 Rex, Pathé Échirolles, Pathé Chavant, PASSrL, La Vence Scène

pour aller plus loin

vous serez sans doute intéressé par...

Mardi 17 octobre 2023 L'édito du Petit Bulletin n°1221 du 18 octobre 2023.
Mercredi 6 septembre 2023 C’est littéralement un boulevard qui s’offre au cinéma hexagonal en cette rentrée. Stimulé par un été idyllique dans les salles, renforcé par les très bons débuts de la Palme d’Or "Anatomie d’une chute" et sans doute favorisé par la grève affectant...
Lundi 24 avril 2023 Le secteur culturel grenoblois s’empare, depuis peu mais à bras-le-corps, du sujet épineux de la transition écologique. Mobilité des publics, avion ou pas avion pour les tournées des artistes, viande ou pas viande au catering, bières locales ou pas...
Lundi 13 février 2023 Dans la catégorie humoriste nonchalant, on demande le pas encore trentenaire Paul Mirabel, drôle de Zèbre (c’est le nom de son spectacle) qui cartonne depuis (...)
Lundi 16 janvier 2023 Trois soirées électro à Grenoble pour faire bouger tes nuits : Ed Isar le 24 janvier à la Bobine, Umwelt le 27 janvier à l'Ampérage et une Semantica Records night le 28 janvier à la Belle Électrique.

restez informés !

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

En poursuivant votre navigation, vous acceptez le dépôt de cookies destinés au fonctionnement du site internet. Plus d'informations sur notre politique de confidentialité. X