Une nuit pas si noire

La crise a-t-elle tué les noctambules, trop fauchés pour sortir de leurs intérieurs si moelleux ? Pour le savoir, on est partis à la rencontre des gérants de bars et discothèques locaux pour recueillir leurs avis sur la question. Réponses surprenantes.

On ne vous apprendra rien : c’est la crise, depuis au moins une bonne année. De la ménagère de moins de cinquante ans à la personne âgée, en passant par l’étudiant et la majorité des travailleurs, tous nous expliquent (souvent au JT de TF1) qu’ils sont contraints de se serrer la ceinture sous peine de finir sur la paille.

En s’intéressant donc au monde de la nuit en cette période morose, on s’attendait à trouver des gérants de bars et discothèques dépressifs, seuls derrière leur comptoir à attendre l’hypothétique client. Or, cette bougre alarmiste de Laurence Ferrari nous a induits en erreur : non, les Français ne sont pas tous au bord du gouffre ; oui, ils continuent à sortir, comme nous le signalent tous les patrons rencontrés au cours de cette enquête empirique. Même si évidemment, certains sont un peu moins optimistes que d’autres.

« Un autre demi steuplé ! »

« On a toujours été très apprécié, on n’a donc pas de soucis de ce côté-là » constate Arkange Ottaviano du Vieux Manoir, un bar-boîte de quatre salles rue Saint-Laurent. Même son de cloche au Subway où Frédéric Lachman, le gérant, « ne constate pas de réel changement dans les habitudes de fréquentation », tout comme à la Table Ronde (« notre activité reste stable »), au London Pub (« on n’a pas énormément ressenti cette crise »), au Tord Boyaux (« on a su rebondir, en proposant notamment différents types de soirées ») et au O’Callaghan. Même si, dans ce dernier cas, Nicolas Creissels, le patron de ce « bar à thème » évoque une « activité stable : mais peut-être que la crise a empêché une progression, qui était quasi-ininterrompue depuis dix ans ».

Selon leurs dires, les clients n’ont donc pas déserté. Nicolas Creissels nous livre une des raisons, partagée par beaucoup de professionnels de la nuit. « Dans les bars, les gens gèrent moins un budget comme au restaurant. Car c’est justement dans les restaurants que la crise est la plus dure. » Néanmoins, certains constatent que les coutumes des clients ont changé, notamment dans les bars proposant différents alcools à différents prix. « Le ticket moyen a tendance a baisser. Les gens consomment moins, ou des boissons moins onéreuses, ce qui nous tire vers le bas » note Jacques Viallet du Barberousse et du 365. D’où un succès non démenti pour les offres promotionnelles de début de soirée.

« Une France du samedi soir »

Dans les discothèques, l’optimisme prévaut toujours, même si l’on admet que les affaires sont un peu plus difficiles qu’avant. « Nous sommes la dernière étape dans le parcours de la nuit, et c’est là que ça joue. Dix euros l’entrée avec une boisson, c’est encore cher pour certains » note Camille Bahri du Vertigo et du Palazzo, deux boîtes grenobloises réputées (au public différent – la première plutôt chez les vingtenaires, la seconde plutôt chez les trentenaires). Pourtant, en passant le soir devant ces établissements, on constate souvent qu’ils ne sont pas vides, loin de là. « Le chiffre d’affaire n’est pas en rapport avec la fréquentation. Certes, il y a du monde, on est ouvert cinq jours par semaine, mais on est véritablement rentable sur deux soirs. »

Car maintenant, les clients une fois rentrés dans les lieux font un peu plus attention sur la dépense, même les plus aisés. Un gérant de boîte de nuit de l’agglo, qui n’a pas souhaité être cité, évoque quant à lui une autre raison aux difficultés que rencontrent les discothèques : l’interdiction de la cigarette, arrivée tout juste avant la crise. Et plus généralement « les lois répressives sur l’alcool ».

Son jugement est sans appel : « la France devient une France du samedi soir ». Comprendre que les clients sont de plus en plus hésitants à sortir, par peur du gendarme. Il évoque aussi le développement de concepts hybrides qui feraient du tort aux traditionnels établissements de nuit. « On est plus touchés par une tendance que par la crise, avec le développement d’une offre de bars-restos qui empiète sur notre activité. »

Finalement, à l’instar de Camille Bahri, tous s’accordent sur un point : « la crise ne touche pas forcément les loisirs car les gens auront toujours besoin de sortir ». « Ils ont envie de se lâcher à cause de tous ces problèmes » analyse Arkange Ottaviano du Vieux Manoir. On est donc rassurés, les nuits grenobloises continueront à battre, malgré la crise. Même si certaines habitudes changent, ce qui fait dire à Sylvain Mounier du Tord Boyaux : « il faut savoir se remettre en question ». Tout un programme.

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