Le Musée archéologique de Grenoble : fascinant !

Exposition permanente

Musée Archéologique

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À deux pas des quais de l’Isère, dans l’un des plus anciens quartiers de Grenoble, se cache un véritable joyau historique, pas forcément connu du grand public : un sanctuaire des premiers temps chrétiens couplé à une crypte datant du Moyen Âge. Le Musée archéologique de Grenoble, qui rouvrira la semaine prochaine, met en valeur ce trésor avec une scénographie théâtralisée qui envoie du lourd. Pour en savoir plus, rencontre avec Renée Colardelle, la directrice des lieux.

Le musée se trouve à l’intérieur d’une ancienne église désaffectée depuis 1980. Mais plus qu’un simple monument religieux, c’est surtout une succession d’édifices construits les uns sur les autres jusqu’au XIXe siècle...

Renée Colardelle : Pour faire court, c’est pratiquement 200 ans d’études pour 2000 ans d’histoire ! Tout a commencé en 1803, avec l’article de l’archéologue Jacques-Joseph Champollion, le frère de l’égyptologue, qui révèle au monde savant l’existence à Grenoble de la crypte Saint-Oyand : un des très rares monuments du haut Moyen Âge conservé en élévation. Il a été construit dans les années 520.

Alors vous allez me dire que des cryptes, il y en a beaucoup en France. Mais elles sont d’époque romane – 1100, 1200, 1300… Donc, évidemment, celle de Grenoble est très célèbre, et dans le monde entier. Prosper Mérimée, le romancier qui était aussi inspecteur des monuments historiques, vient alors à Grenoble à plusieurs reprises. C’est lui qui intervient pour que le monument soit classé monument historique – ça aura été l’un des premiers en France. Il préconise sa conservation et non sa restauration car, dit-il, ce monument n’a pas pu exister tout seul, il appartenait forcément à quelque chose de plus vaste qu’il faudrait découvrir en l’étudiant très précisément. Et il a alors fallu attendre plus de 150 ans, avec les recherches archéologiques menées depuis 1978, pour mettre en relation cette crypte avec l’édifice construit en dessous.

Car un sanctuaire a été découvert sous l’édifice. Ce qui nous en apprend beaucoup sur l'évolution des traditions funéraires et religieuses durant près de 2000 ans…

Depuis le IVe siècle, on inhume ici. On a arrêté en 1793. Donc forcément, on voit l’évolution des traditions funéraires et religieuses, le rapport avec le défunt, le type d’inhumation, les croyances… Tout ça nous est transmis par l’étude des 1500 sépultures, d’objets déposés volontairement ou perdus tout au long de cette longue période.

Car il faut savoir que l’on n’a aucun texte avant 1012, on n’a que l’archéologie pour nous renseigner. On voit par exemple le passage d’une époque pas encore christianisée à d’autres où on le sera progressivement, où l’on se mettra à construire des églises – alors qu’au début du IVe siècle, on n’a que des mausolées.

Depuis 2009, un important travail a été effectué pour rendre visible ce patrimoine. Une scénographie impressionnante, en 3D, a notamment été imaginée pour matérialiser les différentes modifications de l’édifice au fil des siècles…

On a voulu que ça soit non critiquable par le chercheur savant, et compréhensible par le grand public qui n’est pas forcément spécialiste. On a alors tenu à mettre à disposition des visiteurs les vestiges tels qu’ils nous sont parvenus, dans toute leur authenticité et dans toute leur complexité. Les maçonneries que l’on voit ne sont pas reconstruites, c’est tel que c’est sorti de terre. Les squelettes sont vrais, on n’en a pas mis des faux en plastique !

Pour rendre les lieux visibles, on a dû travailler la scénographie. Ça va aller jusqu’à un réalisme saisissant. Maintenant, la référence n’est plus Tetris mais Avatar : ça met la barre un peu plus haut ! Il y a aussi des bornes interactives. Mais surtout, ce qui me paraissait très important, c’est que lorsque l’on éteint la scénographie, on retrouve le site comme on l’a trouvé, on n’a rien abîmé.

Les découvertes sont nombreuses depuis les premières fouilles en 1978 – fouilles arrêtées en 2008. Pensez-vous qu’il reste néanmoins des vestiges non encore mis à jour autour du site ?

Oui, au nord de l’église. Pour les édifices antérieurs, il doit rester des choses sous la colline, c’est sûr. On a été amenés à faire des fouilles préventives lors des différents aménagements. C’est une véritable réserve archéologique. Dans 200 ans, peut-être que quelqu’un aura envie de fouiller à nouveau…

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