Corpo celeste

D’Alice Rohrwacher (It, 1h40) avec Yle Vianello, Salvatore Cantalupo…

Triste reflet de l’époque : le cinéma a refait de la religion un sujet. Corpo celeste montre une gamine attendant de faire sa confirmation dans une Calabre pauvre où l’église ressemble à une petite pègre autoritaire, profitant de la crédulité de ses ouailles pour leur extorquer leur peu d’économies. Mais Alice Rohrwacher ne va jamais au bout de cette supposée volonté critique. D’abord, elle cultive à l’écran un culte de la laideur permanente (des corps, des décors, de la lumière, de l’image dans son ensemble), sorte d’arte povera volontariste qui vire à la complaisance crado, comme si filmer la misère ne pouvait se faire qu’avec une caméra tremblante et des acteurs amateurs. Ensuite, on se demande si ce n’est pas la même chose vis-à-vis de la pratique religieuse : en pourfendant son establishment, la réalisatrice ne cherche-t-elle pas surtout à valoriser in fine l’acte de foi individuel comme le dernier rempart humaniste de la civilisation, l’ultime possibilité d’un lien social ? On ne sait plus alors si c’est la forme ou le fond qui ennuie le plus dans cette caricature de cinéma d’auteur.
CC

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