Bien frappé

Pour sa 13e édition, LE festival d'été de Grenoble fait plutôt dans la dentelle avec sa programmation aux petits oignons faite de découvertes, de futurs grands et de déjà immenses. Un cahier des charges qui se résume à lui tout seul dans la soirée du vendredi 27 juillet. Stéphane Duchêne

Entamé au début du siècle avec des petits jeunes qui ont fait du chemin depuis (Dionysos, Julien Lourau, Philip Prohom), le Cabaret frappé a vu passer de la vedette (Dominique A, The Wailers, Herman Düne, Tahiti 80) mais peut-être pas autant qu'il n'a modestement contribué à en révéler. Et comme on ne change pas un programme qui gagne – sauf peut-être en politique, mais c'est une autre histoire – c'est sur cette ligne que le festival grenoblois poursuit sa route pour l’édition 2012. Avec des soirées thématiques qui, à notre humble avis, culmineront, si ce n'est le samedi avec un intouchable combo électro The Shoes-Nasser, avec la pénultième soirée, celle du vendredi, plutôt orientée pop-rock battant pavillon indé. La preuve en sera, au Kiosque, avec l'un des plus illustres – et pourtant bien trop méconnus – représentants de l'esprit indé, pour ne pas dire de l'esprit "va te faire foutre" : Theo Hakola. Une sorte de Nick Cave franco-américain qui n'aurait jamais su cacher que son cœur est à gauche, très à gauche. Ce qui lui valut de composer un jour l'hilarant Il n'y a pas de jolie fille à droite où il énumère les tromblons conservateurs toutes époques confondues (« Margaret Thatcher est si affreuse que pour se maquiller il lui faut une agrafeuse / Nancy Reagan est tellement monstrueuse qu'elle se coiffe avec une tronçonneuse »). Mais Hakola, acteur, écrivain, metteur en scène, journaliste, réalisateur, et toutes ces sortes de choses, c'est avant tout deux groupes cultes des années 80-90 : d'abord Orchestre Rouge, dont le premier single fut accouché par Martin Hannett, le producteur de Joy Division en personne – ce qui donne une idée de l'ambiance cold wave de l'ensemble. Plus longue fut la carrière de Passion Fodder, au sein nettement plus américain et dont deux des membres s'en iront ensuite aux États-Unis rejoindre 16 Horsepower.

Depardieu chantant

Le même soir, le Cabaret frappé reçoit au Chapiteau un autre grand bonhomme, dans tous les sens du terme, taillé dans le gros bois noueux dont on fait les Depardieu (auquel on ne cesse de le comparer, alors qu'il chante bien mieux que l'interprète de Cyrano) : le Français Rover. À ceci près qu'à l'instar d'un autre colosse de la pop internationale, Antony, Rover, dans un registre certes nettement plus viril, est aussi un monument de finesse coincé quelque part dans la galaxie David Bowie-Scott Walker. C'est sûrement pour cela que ce jeune homme sorti de nulle part a mis tout le monde sur les fesses avec son premier album éponyme et récolte aujourd'hui sur toutes les scènes un succès bien mérité.

Des hauts et des Baltes

Cette découverte tombe plutôt à pic puisqu'elle s'accompagne d'une autre découverte pop de l'année. Et à vrai dire d'une curiosité : jusqu'à présent, les pays baltes n'avaient guère fait parler d'eux sur la scène disons rock & folk, à l'exception notable de la lituanienne Alina Orlova ; et l’on était davantage habitués à regarder au Nord (Scandinavie)-Nord Ouest (Islande) qu'au Nord-Est. Cette fois, c'est l'Estonie, le plus septentrional des Pays Baltes, qui nous sort Ewert and The Two Dragons, son groupe de l'année à faire pâlir de jalousie les habituels premiers de la classe anglo-américains. Vous en doutez ? Écoutez une minute de (In the End) there's only love et en effet, (À la fin) il y aura de l'amour, celui que vous aurez pour ce groupe, ses petites cavalcades rafraîchissantes, ses mélodies boisées et faites pour voler en planeur, et ses wouh-wouh-wouoouuh façon Beach Boys de la Baltique. Voilà qui devrait consoler ceux qui ne pourront faute de places – le spectacle est complet – aller écouter la légendaire Kim Gordon (ex-Sonic Youth) au Ciel. Kim Gordon au Ciel, c'eut pourtant été un morceau de Paradis – et la preuve que les derniers (à la billetterie) ne sont pas les premiers (au concert). D'autant que rendue à une carrière solo, du fait de la malheureuse séparation de Sonic Youth, Kim Gordon s'y est lancé avec ambition, notamment avec la musicienne japonaise Ikue Mori, dont, tenez-vous bien, Grenoble a les faveurs de la première mondiale. On ne peut pas dire mieux.

Le Cabaret frappé, du lundi 23 au samedi 28 juillet, au Jardin de Ville (et au Ciel pour le concert de Kim Gordon)

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