Je me souviens

C'était comment la nuit grenobloise il y a quinze vingt ans? Retour sur quelques lieux et figures marquants de l'époque. Régis Le Ruyet

Au mitan des années 90, l'activité des bars de nuit se concentrait dans un périmètre compris entre la rue Brocherie et la place aux Herbes. Dans ce carré, la place Saint-André (appelée aussi place du Trib') figurait comme le point central de ralliement pour les étudiants. Sans téléphones portables et réseaux sociaux, les rendez-vous entre amis ne pouvaient qu'avoir lieu ici. Le samedi soir, à l'heure de fermeture du Café du Tribunal et du Bagatel, la place devenait noire de monde et l'on pouvait compter plus de mille personnes sur ses pavés. Seul le Saxo place de Gordes se trouvait en dehors de cet espace. Tous les bars qui seront en périphérie de ce micro centre comme ceux de la place Notre-Dame ouvriront plus tard, après 1995. En ce qui concerne le quartier Championnet, c'était quasiment la Terra incognita. Excentré par rapport au centre-ville, deux trois magasins de fringues un peu branchés et surtout un magasin de disques, Rock Contact, tenu par Raymond, donnaient un peu vie à la rue Lakanal.

Rock Contact

D'abord situé place Notre-Dame, le magasin de disque Rock contact déménage pour la rue Lakanal. Disquaire indé, l'endroit devient le repaire des passionnés de reggae et techno qui viennent régulièrement s’y alimenter. Des adorateurs d'Euterpe (la muse de la musique dans la mythologie grecque) qui établissent entre ces murs leur quartier général et y diffusent les annonces de leurs soirées. Au milieu des années 90, le magasin change de main et Franck, le nouveau propriétaire, le renomme Urban Sound. Il creuse le sillon et propose les préventes des concerts pour le Drac Ouest et l'Entrepôt qu'organisent les "rude boys" Shinee et Pup's de l'association Cornerstone. Au même moment, mais dans un autre style, Hibou (photo du dessus), du collectif le Manège enchanté, cadence à la techno hardcore les nuits grenobloises. Parti d’une boutique de disquaire, l'émulation de la rue Lakanal va se prolonger lorsqu'un autre Franck (qui, au passage, est aujourd'hui le mari de la gérante du Petit Bulletin!) débarque de la capitale pour reprendre en octobre 96 le Broadway, le bar situé en face de Rock Contact.

Le Broadway

Lorsque Franck, habitué aux nuits people du Costes et des Bains-douches prend le co, mptoir du Broadway, l'endroit ne ressemble à rien et la maison compte plus de piliers qu'il n'en faudrait pour soutenir les murs. En quinze jours, le ménage est fait, la clientèle de Rock Contact traverse la rue et anime du mercredi au samedi des soirées musicales. L'ambiance est à la fête, et le soir une faune bigarrée succède aux étudiants du lycée Champollion. On mange tapas dans une déco de céramique et Raymond, l'ancien disquaire, est promu DJ résident des week-ends. Pup's (ci-contre), Lorenzo, Hibou et Aymeric enchaînent les autres nuits au son du reggae, de la black music ou de la techno dans un climat de café espagnol, où se joueront toutes les musiques jusqu'à la fin de l'épopée Franck en décembre 99, le lieu devenant en 2003 l'incontournable Mark XIII, toujours là en 2012 (voir ci-dessous). Un esprit mythique d'il y a vingt ans que souhaite aujourd'hui faire revivre le temps d'un soir Aymeric, le boss du Mark XIII, avec aux platines ses comparses d'hier : Pups, aujourd'hui programmateur musical de la Maison de la Musique à Meylan ; Hibou, patron du label techno Posthume ; Le marquis, habilleur sonore à France 3 ; et Franck, aujourd'hui patron du restaurant Le Moderne en guest barman.

Aymeric et Le Mark XIII

Aymeric est donc aujourd'hui le boss du Mark XIII. Mais dans les années 90, il a d'abord officié au Square Garden, l'actuel Champollion, avant de programmer les nuits Bath Cave de l'Usine, l'une des trois salles du feu Scotch Club de Brié-et-Angonnes, au sud de l'agglo. Quand il n'est pas à Grenoble, Aymeric aime se rendre à Londres, dans les clubs goth, avant de décider de s'y installer. La parenthèse anglaise dure un peu plus de huit mois : il sera DJ résident au Slimelight, et Marylin Manson se mêlera même un soir aux corbeaux qu'Aymeric fait bouger. De retour à Grenoble en 1996, il organise des soirées underground electro dark au Loco Mosquito, au Havana, au Drac Ouest ainsi qu'au Dock première génération, avant de migrer au Pez-Ner à Lyon. Il est aussi réclamé un peu partout : Marseille, Montpellier, Paris dans les party fetish. Fort de ce succès, le premier Mark XIII ouvre en 1999 rue Étienne Marcel. La déco post-apocalyptique faite maison n'attire pas que les oiseaux noirs et il n'est pas rare d'y voir une cravate discuter avec un collier à clous au cours des deux ans d'activités. L'installation du Mark XIII dept.2 rue Lakanal date de 2003. Plus grand, plus beau, tel qu'il est aujourd'hui, il marque le retour de l'indus au centre-ville.

Autres lieux et bon temps

Cache cache party : Parmi ses autres clients, Rock Contact compte également Michel Amato. Il vient y faire provision avec ses amis de musique électronique et deviendra plus tard plus connu sous le nom The Hacker. Le week end, la bande organise des raves dans les forts.

Ozone : En 95, sur les quais, Kiko ouvre Ozone, le premier magasin de musique exclusivement électronique. De plus en plus sollicité par son travail de DJ, Kiko laisse les rênes de la boutique à William. Dernière station place Berulle, Ozone se mue en Interface où William et Yannick continueront jusqu'à l'année dernière à animer le lien avec les musiques électroniques.

L’As de pique, à 50 m du Broadway, restaurant tenu par Fred et Georges, où Lorenzo et Dino font groover l'assistance. Un As qui est toujours là!

À la place de l’actuel Styxx, Le Café du Nord était l'un des incontournables de cette époque, tout comme l'Atmosphère qui lui faisait face.

Le Bombers, dans une rue perpendiculaire à la rue Brocherie, ambiance rock n roll, et techno.

La Bibliothèque, actuellement l’Ouest place Sainte-Claire : petit et vite blindé, le cocktail favori mélangeait bière, Get 27 et Pastis 51. Les Anglais adoraient.

Le Triplex, un bar boîte de nuit en étage, situé dans la rue piétonne Jean-Jacques Rousseau. House music garantie.

Le Palais, près de la place aux Herbes. La déco très épurée donnait dans le pur style loft. Un an et demi après l'ouverture le bar disparaissait dans les flammes.

L'Encore, rue Brocherie, souvenirs de pots de Sangria et d'étudiantes dansant sur les tables basses.

Last but not least l'Adaep, aujourd’hui Ampérage, et le Magic Bus, pour conclure cette liste bien sûr non exhaustive des lieux des années passées.

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