Au théâtre demain

La saison dernière, la Ville de Grenoble a décidé de lancer un appel à projets pour le Petit théâtre, camp de base actuel du Créarc de Fernand Garnier, et le Théâtre Sainte-Marie-d’en-bas, aux mains de Diden Berramdane. Pour en savoir plus, rencontre avec Éliane Baracetti, adjointe à la culture. Propos recueillis par Aurélien Martinez

En 2010, vous déclariez dans nos colonnes : « Je ne serai pas une grande constructrice, ma priorité est de consolider l’existant. » Ces deux appels à projets (au Petit théâtre et au Théâtre Sainte-Marie-d’en-bas) sont-ils dans la lignée de votre politique dit du « théâtre en réseau », dont l’acte emblématique a été la naissance du Tricycle ?
Éliane Baracetti
 : Le Tricycle et les théâtres dont on va parler, ce n’est pas tout à fait la même chose. Depuis 2008, personne ne l’ignore, il y a partout des gros problèmes financiers – ce n’est pas propre à la Ville de Grenoble. Je trouvais donc qu’il était plus important de soutenir ce qui existait déjà plutôt que de partir dans des folies de constructions et de nouveaux projets – des investissements qui auraient demandé de nouveaux budgets de fonctionnement. Donc voilà pourquoi je disais que je ne serai pas une grande constructrice. Pour le Théâtre 145, devenu depuis le Tricycle avec le Théâtre de poche, la question était que l’on manquait cruellement à Grenoble de plateaux pour les compagnies, pour qu’elles aient du temps de répétition comme de représentation. Tout le projet est parti de là. En ce qui concerne Sainte-Marie-d’en-bas et le Petit théâtre, c’est simplement que nous arrivions en fin de convention et qu’il y a longtemps que le projet de ces deux théâtres n’avait pas été réinterrogé. Ce qui ne veut évidemment pas dire que les projets qui y étaient défendus n’étaient pas bons. Ce n’est pas une négation du travail qu’a pu faire Diden Berandame d’un côté et Fernand Garnier de l’autre, mais il nous semblait normal qu’une municipalité se repose la question du projet censé habiter un théâtre.

La décision a été prise la saison passée, mais n’a pas pris effet en juillet 2013...
Arrivés en fin de convention, nous avons prévenu les deux équipes qu’on les prolongeait par un avenant jusqu’en juillet 2014. Et qu’on se donnait ce temps-là pour faire un appel à projets auquel l’une et l’autre pouvaient tout à fait répondre.

Des appels à projets qui évoquent notamment les arts visuels et numériques. Est-ce la volonté de votre part de donner une nouvelle identité aux deux lieux, et éviter les doublons avec le Tricycle par exemple ?
On a ouvert très largement les possibilités de projet sans donner de priorité – je serais très embêtée si vous aviez senti l’inverse dans l’appel à projets. Mais on a également souhaité alerter les éventuels porteurs de projet des limites de ces deux théâtres, qui sont des lieux modestes. On tenait donc à montrer quels pouvaient être les pistes mais aussi les axes rédhibitoires.

Comment la sélection va-t-elle se faire ?
Sur la méthode retenue, nous avons choisi de travailler collégialement. Ce n’est pas l’élue à la culture qui choisira seule, mais un groupe d’élus représentant toutes les sensibilités politiques – comme ça a été le cas quand MixLab a obtenu la délégation de service public pour la salle de musiques amplifiées [La Belle électrique, qui ouvrira à la rentrée 2014 – ndlr]. Une méthode de travail choisie non pas pour diluer la prise de responsabilité, mais simplement parce que ce sont des choix qui engagent une ville sur le long terme.

Et quand connaitrons-nous les compagnies retenues ?
Les compagnies ou les projets ! Ça peut être un artiste, un collectif, mais aussi une association par exemple... Tout est possible ! Dans tous les cas, les projets seront retenus tout début 2014. Et après, on verra pour la mise en place.

La question de l’avenir des deux équipes déjà en place au cas où leurs projets ne seraient pas retenus se pose. Le Créarc a notamment beaucoup communiqué dessus en fin de saison dernière, craignant que les Rencontres du jeune théâtre européen qu’il organise puissent disparaître...
La question est importante. Pour le Petit théâtre, il ne s’agit pas de remettre en cause les Rencontres du jeune théâtre européen. Que le projet de Fernand Garnier soit retenu ou pas pour le Petit théâtre, de toute façon, nous n’écarterons pas l’avenir des Rencontres, d’une manière ou d’une autre. C’est de notre responsabilité. Et ça a été dit très clairement à Fernand Garnier par le premier adjoint au maire.

 

Repères

13 : c’est le nombre de candidatures reçues en mairie à la date de clôture des appels à projets (fin août 2013). Sept pour le Petit théâtre, et six pour Sainte-Marie-d’en bas. La Ville ne souhaitant logiquement pas communiquer les noms des postulants, nous ne les connaissons pas tous !

1976 : Le Créarc (pour Centre de création de recherche et des cultures), dirigé par Fernand Garnier, occupe le Petit théâtre depuis cette date (même si il a dû quitter les lieux pendant une période). L’équipe a lancé une pétition en ligne qui a reçu plus de 1550 signatures. « Soit le projet du Créarc est retenu, soit il ne l’est pas. Le bon sens commande qu’on travaille sur les deux hypothèses. Dans le premier cas, le problème est résolu. Dans le second cas, qu’adviendra-t-il du Créarc et de l’action qu’il mène à bien depuis des dizaines d’années ? La Ville est à ce jour muette à ce propos. »

1986 : Diden Berramdane dirige le théâtre Sainte-Marie-d’en bas depuis 1986, et a souvent refusé bruyamment qu’on le déloge (la question a maintes fois été posée).

 

 

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