The Voice

Asaf Avidan

Summum

ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement

Des tréfonds du chanteur de poche Asaf Avidan jaillit une voix hallucinante, fruit d'un petit tas de douleurs personnelles et universelles semblant remonter aux temps bibliques et que le chanteur transcende. Stéphane Duchêne

Parmi les Lévites désignés comme chantres (laudateurs de Dieu) auprès de l'Arche d'Alliance par le roi David, se trouvait un certain Asaph. Il serait l'auteur d'une partie des psaumes attribué au tombeur de Goliath devenu deuxième roi des Juifs. Le Psaume 77 (1-3) par exemple, où Asaph chante « Ma voix s’adresse à Dieu et je crierai ; ma voix s’adresse à Dieu, et Il m’écoutera ». Si l'on dit parfois qu'un homme est déterminé par son prénom, comment ne pas faire le parallèle avec un autre Asaf, Avidan de son patronyme, dont la voix ahurissante semble à la fois s'adresser à une force supérieure et être traversée par elle. Une voix qui arbore le sexe d'anges auxquels la rédemption n'a pas fait oublier la chute.

Né en Israël, grandi entre États-Unis et Jamaïque, Asaf a traversé la vie comme une épreuve, traumatisé par son service militaire en Israël et par le fait de n'avoir pu l'exécuter jusqu'au bout – la faute à de terribles cauchemars qui ne le quittent plus, comme l'autre Asaph, que les lamentations dues à sa charge empêchaient de dormir – ; une rupture amoureuse aussi destructrice que constructive – elle lui vaudra de se lancer dans la musique – ; et, au milieu de tout ça, un cancer du sang contracté à 21 ans et dont il réchappe, oserions-nous dire, par miracle.

Pain de douleurs

Il faut croire que cette créature de poche est plus résistante qu'elle n'y paraît. Elle a même trouvé en sa voix – encore plus déroutante dans la nudité de l'expérience acoustique que dans le fatras d'une pop un rien pompière –, le moyen d'exprimer sa toute-puissance. On pense forcément à une somptueuse parade de freaks vocaux eux aussi malaxés par le malheur : l'homme à la voix d'enfant Jimmy Scott, l'androgyne Antony Hegarty, le borgne Jónsi (Sigur Rós), l'albinos poissard Roy Orbison et le mort-vivant Klaus Nomi.

Mais cette voix-là fait encore davantage figure de déchirure béante, de plaie non cicatrisée dont la vue – ici l'écoute – est désagréable à certains quand pour d'autres elle est un enchantement, un réconfort face à des souffrances quotidiennes. Des souffrances semblables au fond à celles rencontrées par Asaph lui-même lorsqu'il se convainquit des paroles de Salomon : « C’est en vain que vous vous levez matin et que vous vous couchez tard, que vous mangez le pain de douleurs. » On ignore si Asaf Avidan chante pour les âmes qui « refusent d'être consolées », on sait en revanche qu'il chante pour apaiser la sienne.

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