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"Immortels" : Nasser Djemaï en mode mineur

Immortels

MC2

ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement

Théâtre / Après s’être intéressé aux aînés avec l’excellente pièce "Invisibles", l’auteur et metteur en scène grenoblois Nasser Djemaï colle aux basques d’une jeunesse plus politisée que désabusée avec "Immortels". Du théâtre en prise directe avec le monde, et notamment la crise économique contemporaine, qui ne convainc néanmoins pas pleinement.

Ils étaient sept : quatre garçons et trois filles. Un groupe visiblement uni, qui s’est retrouvé amputé d'un de ses membres. C’est pour comprendre pourquoi son grand frère Samuel est mort que Joachim se rapproche des six autres, de cette famille d’adoption. Chacun réagira différemment face à ce frère apparu soudainement, entre rejet et fascination, voire transfert affectif.

Ils sont donc sept comédiens sur scène, habillés comme à la ville (jeans slim, sweats à capuche, baskets...), évoluant dans un décor sobre matérialisant la plupart du temps l’appartement de l’un d’eux – la scénographie est réussie, convoquant avec subtilité la vidéo. Et ils sont donc sept à jouer les grands adolescents, avec tout ce que cela implique : de l’emphase, de l’emportement, de l’empressement... Des attitudes d’« immortels » qui prennent véritablement sens dans les moments les plus théâtraux, comme ce jeu de rôle entre un pays endetté, une agence de notation et les marchés financiers.

Le club des losers

Ils sont donc sept jeunes, à parler de tout et de rien, mais surtout de tout. Le "tout" pour ces révoltés politisés étant la crise qui s’abat sur eux avec violence, et dont ils veulent à tout prix démonter les mécanismes de pouvoir qui en sont la cause. En centrant son propos sur ces questions, Nasser Djemaï a imaginé une pièce éminemment politique qui interroge frontalement notre société et les enjeux individuels qui en découlent – le groupe n’en ressortira pas indemne, le fossé qui se creuse entre les jeunes sur les moyens pour parvenir à leurs fins se dessinant progressivement au fil du spectacle.

Une démarche louable (on est les premiers à déplorer le manque d’engagement dans le réel du théâtre contemporain), qui laisse néanmoins un arrière goût d’inachevé du côté du texte, la richesse de l’écriture théâtrale étant souvent amoindrie par le souci de faire cohabiter les enjeux qu’elle doit véhiculer et la recherche d’un parler jeune.

Ce qui n’empêche pas de savoureuses répliques sur le fonctionnement du monde adolescent, sur les codes de drague en vigueur et ceux qui n’arrivent pas à jouer avec. À ce titre, le binôme de losers Linda-Isaac, qui se retrouvera d’ailleurs très vite en dehors du combat politique, offre d'agréables respirations à l’ensemble.

Immortels, jusqu’au samedi 22 février à la MC2

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