De Palma et les fantômes de Faust et d'Hitchcock

Phantom of the paradise
De Brian De Palma (ÉU, 1974, 1h32) avec Paul Williams, William Finley, Jessica Harper...

Avec "Phantom of the paradise", Brian De Palma réinventait en plein Nouvel Hollywood la comédie musicale rock, passée au prisme des films d’horreur, du queer et de son maître Hitchcock. Christophe Chabert

Alors que le piteux Passion sonnait comme un chant du cygne pour Brian De Palma, son œuvre passée n’en finit plus de ressurgir sur les écrans : après Blow out, Pulsions, Scarface et même Les Incorruptibles, c’est Phantom of the paradise qui a droit à une copie restaurée numériquement. Celui qui fut longtemps le moins fréquentable des réalisateurs nés du Nouvel Hollywood a conquis une étiquette de "classique" plutôt amusante quand on juge l’impureté des œuvres qu’il tournait à l’époque, empruntant à Hitchcock et Antonioni, mais aussi aux séries B horrifiques et au giallo italien ou, comme ici, à la comédie musicale.

Dans Phantom of the Paradise, De Palma entonne déjà un chant du «cygne», du nom du producteur maléfique Swan, croisement entre Phil Spector et Elton John, incarnation à la fois du côté obscur du music business et d’une culture queer alors naissante — on nous glisse que le personnage s’inspire surtout de Claude François et de sa manière très personnelle «d’auditionner» ses Claudettes… Swan va voler sa musique à un compositeur-interprète au cœur pur, Winslow, en l’envoyant à Sing-Sing (jeu de mots), puis en lui broyant le visage dans une presse à vinyle. Devenu monstrueux, il revient casqué et vengeur pour accomplir sa symphonie, sans savoir qu’il ne fait qu’aboutir le plan diabolique de Swan…

Sans Faust notes

Ceux qui ont vu, sur nos conseils, le formidable documentaire Twenty feet from stardom, savent que ce genre de pratiques était monnaie courante dans l’industrie musicale des années 60-70. Pour De Palma, au-delà de tout réalisme ou crédibilité, il s’agit de revisiter le mythe de Faust en faisant de l’âme une partition et de l’éternelle jeunesse une voix rendue à sa beauté originelle par un système sophistiqué de synthétiseurs — à l’époque, pas d’Autotune disponible, ni de Daft punk couronné de Grammy Awards…

Surtout, le cinéaste en profite pour expérimenter encore et toujours des variantes hallucinées autour d’Hitchcock, d’une scène de la douche qui se conclut non par des coups de couteaux mais par un coup de ventouse, où cette bombe dans une voiture dont le suspense autour de l’explosion renvoie à Sabotage, même si De Palma la met en scène avec un effet d’écrans partagés purement contemporain. Ce jeu de références ne nuit en rien au plaisir immédiat ressenti face à Phantom of the Paradise, dont même les chansons n’ont pas pris une ride — ou alors c’est la nostalgie qui a bien fait son boulot…

Phantom of the paradise
De Brian De Palma (1974, ÉU, 1h32) avec Paul Williams, William Finley…

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