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Chevalrex : « Beaucoup de bricolage »

Angil & The Hiddentracks + Chevalrex + Dotsy Dot

Centre d'Art Bastille

ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement

Au Petit Bulletin, on a beaucoup aimé les frères Nubuck et leur chanson barrée. C’est tout naturellement que l’on suit avec intérêt les carrières en solo des deux membres fondateurs. Après nous être penchés l’an passé sur le cas Gontard, rencontre avec Chevalrex et sa pop de chambre aérienne, à découvrir samedi soir au Centre d’art Bastille.

Il y a un côté bricolé dans le musique de Chevalrex, qui séduit d’emblée. « C'est assumé, oui... Si ça ne l'était pas, ce serait problématique ! Ça vient vraiment d'une pratique assez ancienne, en autarcie dans ma chambre quand j'avais quinze ans – une guitare, un clavier. Faire avec les moyens du bord, comme les premiers Katerine, Dominique A aussi, la scène indie des années 90 aux États-Unis avec la lo-fi... Après, le temps passe, tu écoutes plus de disques, tu développes un peu plus de technique instrumentale, tu rencontres des musiciens : le son s'étoffe, mais au fond, il y a toujours ce goût de la recherche. »

Car sa chanson française vintage, construite autour de mélodies amples, est bricolée mais pas avare, comme le démontre avec éclat Le Désert commence là, l’une des réussites de son premier album Catapulte : une ouverture de près de quatre minutes intenses avec des trompettes qui emmènent sa pop de chambre vers des sommets orchestraux. « La trompette, c’est moi aussi. J'ai appris à en jouer pendant le disque. » D’où un résultat d’une grande richesse grâce aux territoires qu’il explore, tant musicaux que littéraires – les textes séduisent par leur fragilité feinte qui ne sombre jamais dans les clichés embarrassants du romantisme torturé. « C’est expérimental par moments, mais ça reste finalement assez "pop", avec beaucoup de chanson, de mélodie... C'est un regroupement de plein de choses. »

Seul

Sur scène, c’est donc tout logiquement que Chevalrex se retrouve seul. « La formule à plusieurs à plein de qualités, mais elle est assez contraignante pour tourner. Et on est toujours obligé de penser le morceau par rapport à un cadre. Mes concerts, c'est quelque chose entre le studio et la scène, à partir de sampling, de guitares, de dictaphones... Avec beaucoup de bricolage ! »

Un tournant pour lui qui a découvert la scène à plusieurs, dans le feu groupe grenoblois les frères Nubuck, porté par son frère et lui. Une aventure musicale dont on a souvent vanté les mérites – « des magnifiques olibrius à la poésie à fleur de peau, apôtres d’un harcèlement textuel de très haute volée, ces chantres d’une chanson française qui n’aurait pas honte de flirter avec la pop et d’autres familles musicales réputées de mauvaise vie » comme on l’écrivait à l’occasion de l’un de leurs derniers concerts – qui a véritablement pris fin il y a deux ans. « Avec mon frère, on a monté le groupe en 2001. On était tout jeunes. Lui habitait Grenoble, moi j'étais encore à Valence. Ça s'est développé dans les années 2000, on a aussi créé un label sur lequel on a sorti plein de disques. » Avec une répartition des rôles implicites. « J'enregistrais beaucoup – je suis instrumentiste, producteur... Plutôt du côté musical donc, même si j'écris les textes de mes chansons. Et mon frère était lui plutôt littéraire. La rencontre s'est faite un peu comme ça. »

Le laboratoire grandit

Chevalrex, à l’époque des Nubuck, se fait appeler Rémy Chante. « Les musiques que je composais dont on ne faisait pas de chanson, je me disais qu’elles restaient des musiques instrumentales que je pouvais sortir. Rémy Chante, c’était vraiment le laboratoire, des trucs que je faisais à côté et qui nourrissaient la bête Nubuck. » S’en suivent plusieurs années de concerts à six. « Mais à un moment donné, on a trouvé qu'on s'essoufflait, qu'on ne prenait plus le même plaisir en groupe, que les enregistrements étaient beaucoup plus laborieux... Finalement, on poursuit aujourd'hui de notre côté et tout est beaucoup plus limpide. »

Chacun des frères a sorti un disque seul l’an passé. Deux grandes réussites : Bagarres Lovesongs pour Gontard, et ses trente courts morceaux qui molestent la chanson française en la mariant (de force parfois) avec d’autres courants musicaux. Et le vertigineux Catapulte pour Chevalrex, qui trouve une seconde vie ce mois-ci avec la parution d’une compil’ éditée par Almost Musique. « Dix titres avec certains de Catapulte, deux inédits, et des morceaux que je faisais seul du temps des Nubuck. Ils ont été écrits entre 2006 et 2013 et montrent bien ce qu'est Chevalrex aujourd'hui. » OK.

Et au fait, pourquoi Chevalrex ? « Les Frères Nubuck, c'était quand même un très très mauvais nom de groupe ! J'ai toujours rêvé d'en avoir un bon... J'avais fait un morceau instrumental qui s'appelait Chevalrex. Au moment où j'ai commencé à faire un disque seul, ça a été une évidence que le nom de ce morceau deviendrait le nom du projet que je voulais porter. »

Chevalrex (+ Angil & The Hiddentracks + Dotsy Dot), samedi 12 avril à 20h30, au Centre d’art Bastille

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