À l'arrière, en Isère

À l'arrière, comme au front

Musée Dauphinois

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Partons sur les traces des vestiges de la Première Guerre mondiale à l’occasion du centenaire du conflit, grâce la nouvelle exposition du Musée dauphinois. "À l’arrière, comme au front" relate ainsi la vie des populations restées sur place, entre effort de guerre et maintien culturel. Charline Corubolo

Il y a un siècle débutait la Grande Guerre, et afin de commémorer son centenaire, plusieurs institutions proposent tout au long de l’année des expositions hommages, à commencer par le Musée dauphinois. À l’arrière, comme au front est un titre confus car l’exposition se concentre plus sur « les coulisses » de la guerre que sur le front et détaille aux visiteur le quotidien des populations mobilisées sur place. Du secours aux blessés à l’armement en passant par l’éducation, le parcours dévoile toutes les facettes de la mobilisation et offre par la même occasion une nouvelle façon de découvrir Grenoble. Le musée départemental relate, à travers une scénographie ludique et dynamique, l’organisation des Isérois durant cette période trouble en évoquant des lieux toujours existants.

Mais avant toute démonstration de traces tangibles de cet événement historique, l’exposition s’ouvre sur une mise en contexte rappelant la guerre franco-prussienne de 1870, comment l’éducation française a renforcé le sentiment germanophobe et toute la communication alors établie. Une introduction nécessaire pour amener le plus clairement possible la situation, qui s’ouvre par la suite directement sur les retombées humaines du conflit.

Après avoir passé le « couloir du temps » qui rend hommage aux hommes tombés chaque année, on rentre dans les hôpitaux de guerre. En janvier 1916 en Isère, plus de 70 hôpitaux bénévoles étaient en service en plus du seul hôpital civil. Malgré ce renforcement d’aide aux blessés, cela ne suffit pas et sept hôpitaux complémentaires sont ouverts. Bien que le département se trouve loin de la ligne de front, les conséquences humaines sont lourdes à tel point qu’un hôpital militaire s'installe dans un château, celui d’Herbeys. Classée bien national depuis le XVIIIe siècle, la bâtisse est visible depuis la route et révèle tout le talent des architectes du XIVe siècle.

D’autres bâtiments de cette guerre sont toujours présents à Grenoble mais ont changé d’apparence, comme l’hôpital de l’Aigle ou celui de Bayard, que l’on découvre dans l’exposition à travers des documents mais aussi des reliques comme un vieux brancard et un uniforme d’infirmière. Autant de traces du premier grand conflit mondial que nous ne voyons plus, mais qui sont bien présentes. Tout comme les entreprises.

Au charbon

L’Isère se trouvant loin du champ de bataille, ses terres sont un terrain privilégié pour les usines. C’est ainsi qu’en 1915 est créé un pôle chimique à Pont-de-Claix et Jarrie. Documents, cartes et restes d’obus viennent illustrer ce foisonnement exponentiel de l’industrie de guerre. Ce développement est lié à la première attaque aux gaz par les Allemands sur des soldats français à Ypres (Belgique) le 22 avril 1915.

Moins d’un an après, les deux pôles de fabrication de chlore émergent en Isère. C’est sous l’impulsion du ministre de l’Armement et de la Défense nationale Louis Loucheur que l’usine Le Chlore liquide est construite à Pont-de-Claix et dirigée par le Lyonnais Edmond Gillet (le site est toujours en activité aujourd'hui), tandis qu’à Jarrie, c’est Charles Lefebvre qui implante une usine dédiée aux substances explosives. Ces usines emploient à l’époque des hommes qui ne sont pas mobilisés et de nombreuses femmes, la main d’œuvre masculine faisant défaut.

À Saint-Martin-d’Hères, la famille Neyret-Beylier ouvre une entreprise de fabrication d’obus quasiment entièrement dédiée à l’effort de guerre. Hommes et femmes y travaillent à la chaine, comme en attestent quelques clichés en noir et blanc. Devenue l’usine Neypric en 1962, le site abandonné à un angle de rue fait aujourd’hui l’objet d’une reconstruction en centre commercial, mais porte toujours en ses murs les stigmates de la guerre.

Quant au quartier grenoblois Berriat, lui aussi théâtre de l’industrie de guerre, il était dominé en 1914 par les établissements Bouchayer et Viallet rue ampère. En plus de fabriquer des obus, l’entreprise fournissait des fûts de chlore liquide aux usines de Jarrie et Pont-de-Claix. En moins de trois ans, l’Isère est devenu un territoire d’armement massif.

La culture, maintien de l’humanité

Mais fort heureusement, des hommes continuent à tenir la culture en éveil, et bien que le quotidien des Isérois soit dévolu à l’effort de guerre, des musées poursuivent leur mission culturelle. Fondé en 1906 par le préhistorien Hippolyte Müller, le Musée dauphinois est l’un des seuls musées restant de la Première Guerre mondiale. Conscient de l’enjeu qui se joue, le scientifique conserve des fragments de l’histoire comme un morceau de ferraille, placé au cœur de l’exposition. Mais c’est en fin de parcours que l’on découvre l’art de la guerre avec la figure marquante d’Hippolyte Müller ou des peintres qui deviennent le miroir d’un moment sombre. Malgré les atrocités de la guerre, la culture demeurait...

À l’arrière, comme au front, jusqu'en mai 2015, au Musée dauphinois

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