Avignon : jouer solidaire

Alors que la CGT appelle à une grève nationale pour le vendredi 4 juillet, jour de l’ouverture du Festival d’Avignon, on fait le point avec les compagnies grenobloises qui ont prévu de jouer dans le "off".

Ce sont des questions que chaque artiste et technicien se pose : faut-il annuler une représentation / un spectacle / un festival pour faire avancer la cause des intermittents du spectacle ? Ou, à l’inverse, faut-il continuer à jouer et trouver d’autres moyens de se faire entendre ? Grégory Faive, concepteur de l’excellent spectacle Pourvu qu’il nous arrive quelque chose, a choisi la deuxième solution, comme l’ensemble des compagnies grenobloises programmées dans le "off" du Festival d’Avignon. « Je participerai aux tables rondes et saisirai les occasions de prendre la parole. D’autant que mon spectacle [une réflexion très drôle sur le monde du théâtre – ndlr] m’en fournit déjà. »

Sylvie Jacquier, présidente de la compagnie Life is not a picnic de David Bursztein, fait entendre le même son de cloche : « Nous y allons avec Welt Histoires et chansons du Yiddishland, mais nous demeurons solidaires du mouvement. Une journée nationale est prévue le 4 juillet : si elle est maintenue, nous suivrons. »

Surtout que les compagnies ont déjà engagé de nombreux frais (location d’un théâtre et d’un logement, dépenses de communication, ....) pour jouer dans le "off". La compagnie Les Gentils a ainsi détaillé ces coûts sur sa page KissKissBankBank servant à récolter des fonds.

« Intermittent n’est pas un métier »

Sur le fond du dossier (que nous avons déjà résumé dans un précédent article), Grégory Faive critique tout particulièrement le fait que les pistes proposées n’aient même pas été examinées. « Il existe un certain nombre de solutions pour faire des économies, comme le plafond salaire/indemnités ou la règlementation des contrats intermittents, qui auraient eu beaucoup moins de conséquences pénibles pour les intermittents. »

Il souligne également la complexité du statut, qui rend la communication bien difficile. « Intermittent n’est pas un métier mais un régime, qui recouvre des réalités aussi diverses que celles des comédiens, des maquilleurs, des costumiers… Il faut donc d’abord rendre compte de cette complexité avant de se faire entendre, ce qui n’est pas toujours évident. En parallèle, il faut également reconnaître les limites de ce régime, qui engendre beaucoup d’abus et ne profite pas à tout le monde, tout en montrant que les solutions actuellement préconisées par le gouvernement ne permettent pas de le réformer de manière satisfaisante. »

Sylvie Jacquier insiste quant à elle sur la puissance symbolique de la mobilisation : « Je ne suis pas intermittente, mais d’après ce que je constate, la plupart des artistes souhaitent que le régime soit réformé, mais pas de cette manière. Le gouvernement a tenu un discours qui semble aller dans le bon sens, sans toutefois donner de garanties. La mobilisation est un moyen de maintenir la pression. Et d’affirmer que la culture n’est pas un coût, mais une richesse. »

Alors qu’à Avignon, le maintien du festival a été voté à 80% par les représentants des personnels du "in" (le "off" jouera quoi qu’il arrive dixit son président), la situation bloque pourtant toujours autour de ce fameux accord du 22 mars validé par le gouvernement. Même si lundi 30 juin, sur RMC et BFM TV, la ministre de la culture Aurélie Filippetti a de nouveau appelé les intermittents « à saisir la main tendue par le gouvernement ».

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