Guillaume Poix : « C'est plus simple pour les auteurs morts ! »

Straight

TMG - Théâtre 145

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Comme chaque printemps, le festival Regards croisés est de retour au Théâtre 145. Une semaine de lectures théâtralisées pour défendre les écritures théâtrales d’aujourd’hui et les auteurs qui les font. Rencontre avec l’un d’eux : Guillaume Poix, auteur de la pièce choc "Straight" qui met en lumière les viols dits correctifs que subissent les lesbiennes en Afrique du Sud. Aurélien Martinez

Pourquoi, pour votre pièce Straight qui sera lue à Regards croisés, êtes-vous parti sur le sujet très dur des femmes lesbiennes sud-africaines victimes de viols censés les remettre sur la voie de l’hétérosexualité ?

Guillaume Poix : J’ai vécu en Afrique du sud pendant six mois. J’ai été très marqué par le pays, par sa complexité politique. J’ai aussi été très sensibilisé à la question du viol, pas spécifiquement correctif, qui est une réalité assez prégnante là-bas : ce n’est pas de l’ordre de l’anecdote ou du fait divers, c’est vraiment un phénomène de société très présent dans la vie quotidienne. Il y a donc une contradiction assez incroyable dans ce pays entre le progressisme politique – ils autorisent le mariage pour tous depuis 2006 – et ces viols correctifs, spécificité monstrueuse. Je voulais parler de ce pays à travers un sujet qui ne soit pas celui de l’apartheid.

Un sujet qui aurait pu être traité par un journaliste ou un universitaire. Pourquoi en avoir fait du théâtre ?

La forme théâtrale me paraissait la plus puissante : c’est une manière de rassembler la communauté et de l’interroger directement avec des corps en scène, des voix. Mais ça a été très compliqué comme il y avait forcément l’impératif documentaire. Car si j’ai inventé des choses – le procès, des personnages ou des histoires d’amour –, les quatre femmes qui ont des patronymes complets dans la pièce ont vraiment existé et sont mortes suite à des viols correctifs. J’ai donc fait un aller-retour permanent entre un travail documentaire précis et une rédaction fictionnelle totalement libre, ce qui n'a pas été sans poser des problèmes éthiques de légitimité : comment moi, homme blanc hétérosexuel, je peux raconter la vie de ces femmes sans la travestir ? Et c’est justement tout ce travail d’auteur que j’ai fait pour aller jusqu’à elles qui m’a passionné. Quand j’écris, je veux aller aux endroits que je ne connais pas.

Quelle est la vie aujourd’hui d’un auteur de théâtre ?

C’est énormément de travail, d’acharnement, de pugnacité. Ce qui est difficile quand on écrit, c’est de faire diffuser son travail et de sortir de l’isolement – ce que ma formation en dramaturgie à l’École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre à Lyon a permis. J’ai ensuite eu beaucoup de chance puisqu'à la suite de l’écriture de cette pièce, il y a eu le prix des Journées de Lyon des auteurs de théâtre, l’aide à la création du Centre national du théâtre. La pièce a alors commencé à circuler, à être un peu reconnue… Mais c’est sûr que ce n’est pas facile, surtout pour un auteur de théâtre vivant. Pour les morts, c’est beaucoup plus simple !

Une fois l’écriture terminée, accepte-t-on facilement que son texte nous échappe, qu’il soit repris par un metteur en scène et une équipe ?

Je suis aussi metteur en scène. Il y a des pièces que j’écris pour les monter moi-même ensuite, donc l’écriture est vraiment beaucoup plus allusive, elliptique comme je fais aussi un travail d’écriture à la scène. Et il y a des textes que j’écris mais que je n’envisage pas du tout de mettre en scène, comme Straight. Là, du coup, j’attends que quelqu’un s’en empare. On écrit aussi pour se séparer complètement de son texte, pour le redécouvrir sur scène.

Straight, samedi 23 mai à 20h au Théâtre 145. Dans le cadre de Regards croisés.

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