Théâtre : les dix pièces à voir cette saison

L'Avare

MC2

ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement

Du théâtre contemporain, du classique ; des metteurs en scène stars, des plus confidentiels ; des pièces avec plein de comédiens, d'autres avec beaucoup moins de monde... Voici les coups de cœur et les attentes du "PB" pour cette saison 2015/2016.

L’Avare

Dans le très vaste répertoire théâtral français, Molière est l’un des auteurs qui a écrit les plus efficaces machines à jouer. D’où le fait que ses pièces soient si souvent montées.

Le metteur en scène Ludovic Lagarde, directeur de la comédie de Reims, a décidé de se confronter à l’efficace Avare, où il est question d’un vieux père qui n’a pas que des qualités – il est on ne peut plus proche de ses sous ! Un rôle monstre que Lagarde a décidé de confier à son comédien fétiche : le fascinant et explosif Laurent Poitrenaux, qui marque de sa présence chaque mise en scène, au risque qu’on ne voie que lui. Ça tombe bien, c’est ce que le rôle veut – au cinéma, Louis de Funès l’avait aussi très bien compris.

On espère donc passer un bon moment devant cet Avare rajeuni (Poitrenaux n’a même pas 50 ans) que nous n’avons pas pu découvrir avant sa venue à Grenoble, mais dont on a eu plein de bons échos.

AM

Du mardi 17 au samedi 21 novembre à la MC2

La Liste de mes envies

La Liste de mes envies de Grégoire Delacourt, c’est un roman de plage facile à lire et sans grands enjeux littéraires sur une femme modeste qui gagne au loto et ne réagit pas du tout comme on l’attend – elle décide de ne pas encaisser le chèque et de ne dire à personne qu’elle a gagné, même à son mari.

En voici une adaptation théâtrale avec un comédien campant tous les rôles. Surprise, la pièce est bien ficelée et humble, Mikaël Chirinian prenant le texte simplement, en se rendant bien compte qu'il ne joue pas du Shakespeare. Son seul-en-scène évite alors l’écueil de la transposition plate et figurative (oui, c’est donc un homme qui campe une femme) pour se concentrer pleinement sur les affres de son héroïne qu’il rend touchante, voire bouleversante par moments. Plaisant comme tout.

AM

Samedi 21 novembre au Théâtre en rond (Sassenage)

Le Conte d’hiver / Le Bourgeois gentilhomme

C’est devenu une habitude : chaque année dans le panorama de rentrée culturelle, nous disons tout le bien que nous pensons de l’Agence de voyages imaginaires du metteur en scène Philippe Car et de sa façon de retravailler les grands textes classiques pour leur rendre toute leur saveur – « J’estime qu’il est plus irrespectueux de monter un texte dans son intégralité que de l’adapter aux spectateurs d’aujourd’hui comme nous le faisons. Ce qui était important pour l’auteur est plutôt ce qu’il a voulu raconter que les mots eux-mêmes. Ne pas toucher aux textes classiques, c’est ne pas tenir compte que le public a évolué » nous expliquait-il l’an passé en interview.

Ses spectacles sont donc drôles, décalés et captivants. On en aura la preuve à deux reprises cette saison, avec un enthousiasmant Bourgeois gentilhomme (photo) de Molière proche du fantastique (on avait déjà pu le voir en 2010 à l’Hexagone) et un Conte d’Hiver de Shakespeare « inspiré du dispositif scénique du théâtre élisabéthain » (nous n’avons pas encore vu le résultat).

AM

Le Conte d’Hiver, vendredi 4 décembre à la Vence Scène (Saint-Égrève)
Le Bourgeois Gentilhomme, samedi 2 avril à l’Heure Bleue (Saint-Martin-d’Hères)

Orestie

L’Italien Romeo Castellucci est l’un des plus grands metteurs en scène européen. Depuis 1981, avec sa Socìetas Raffaello Sanzio, il développe un théâtre radical qui ne ménage pas le spectateur – il se réfère d’ailleurs au « théâtre de la cruauté » d’Antonin Artaud. Et un théâtre qui se confronte à tous les arts, se servant du verbe comme d’un composant comme un autre, au service d’images fortes, notamment autour des corps. De l’art total qui a souvent été au cœur de polémiques : en 2011, son Sur le concept du visage du fils de Dieu a, par exemple, énervé certains intégristes catholiques (qui, pour la plupart, ne l’avaient même pas vu).

Sa venue à Grenoble est donc un événement en soi. Il débarquera avec Orestie (une comédie organique ?), recréation d’une de ses pièces phares. « Si on met au second plan la poésie de l’Orestie d’Eschyle, si on élimine le splendide édifice exposé à la lumière du soleil, ce qui reste – visible et terriblement fondamentale – c’est la violence » écrit le metteur en scène. Tout un programme, dont on vous recausera une fois vu (la tournée française est conséquente).

AM

Du mercredi 13 au samedi 16 janvier, à la MC2

Notre peur de n’être

Fabrice Murgia est un nom qui compte dans le théâtre européen de ces dernières années. Le jeune metteur en scène belge avait ainsi fait très fort avec son Chagrin des ogres (créé en 2009 et vu en 2012 à la MC2), « récit d’une journée au cours de laquelle des enfants vont cesser d’être des enfants ».

Il revient cette saison avec une nouvelle création qui questionne toujours la société contemporaine, en décalant néanmoins sa focale. Il s’est cette fois-ci inspiré des "hikikomori", hommes et femmes au Japon refusant tout contact avec le monde qui les entoure, pour construire un spectacle déroutant sur trois êtres qui ont visiblement peur d’être. Le rendu est, comme toujours chez Murgia, visuellement virtuose et très intense.

AM

Mardi 2 et mercredi 3 février, à l’Hexagone

En attendant Godot

Encore une mise en scène du texte de Beckett ? Oui. Mais une mise en scène fidèle à l’esprit de l’Irlandais, avec un travail important de Laurent Fréchuret sur l’espace – alors que, paradoxalement, le plateau est vide, excepté le fameux arbre penché.

Rien de révolutionnaire donc dans ce théâtre solidement construit autour de quatre personnages qui attendent Godot (un être mystérieux qui laisse place à de nombreuses interprétations – « Je ne sais pas qui est Godot. Je ne sais même pas, surtout pas, s'il existe. [...] Quant à vouloir trouver à tout cela un sens plus large et plus élevé, à emporter après le spectacle, avec le programme et les esquimaux, je suis incapable d'en voir l'intérêt. Mais ce doit être possible » écrivait Beckett), mais un plaisir du jeu qui transparaît chez les comédiens, et notamment chez Jean-Claude Bolle-Reddat dont le rôle d’Estragon, naïf paumé, semble avoir été écrit pour lui. On s’intéressera plus longuement à son cas en temps voulu.

AM

Mardi 9 et mercredi 10 février au Grand Angle (Voiron)

L’Affaire Dussaert

L’art contemporain, c’est vraiment n’importe quoi. Prenons par exemple le cas Philippe Dussaert, artiste français phare du mouvement « vacuiste » qui s’est fait connaître avec une série de toiles représentant seulement le fond des grands chefs-d’œuvre de la peinture – Après la Joconde, Après le radeau de la méduse… Et qui termina même sa carrière avec une œuvre ultime qui fit grand bruit : Après tout, qui ne représentait… "rien" !

« Jusqu’où l’art peut-il aller trop loin » questionne l’auteur et comédien Jacques Mougenot sur l’affiche de son spectacle présenté comme une conférence théâtrale qui, sur le papier, avait tout pour être un pamphlet réac indigeste. Mais finalement, par un habile jeu de construction, L’Affaire Dussaert se trouve être beaucoup plus que ça (même si on peut être en désaccord avec certains points), Jacques Mougenot donnant du corps, de l’humour et plusieurs niveaux de lecture (qu’on ne dévoilera pas ici) à son récit rocambolesque. Savoureux.

AM

Vendredi 18 mars à l’Espace Aragon (Villard-Bonnot)

Un obus dans le cœur

« On ne sait jamais comment une histoire commence. Je veux dire que lorsqu’une histoire commence et que cette histoire vous arrive à vous, vous ne savez pas, au moment où elle commence, qu’elle commence. » Un obus dans le cœur, c’est un roman de 2007 de Wajdi Mouawad, metteur en scène star de la dernière décennie, sur un homme qui doit se rendre à l’hôpital où sa mère agonise.

Le comédien Grégori Baquet, Molière 2014 de la révélation masculine (et accessoirement père de Théophile Baquet qui interprète Gasoil dans le film Microbe et Gasoil de Michel Gondry – c’était la ligne people) donne corps aux mots de Mouawad avec conviction : un long monologue où le personnage, rageur (« Ma mère meurt, elle meurt, la salope, et elle ne me fera plus chier ! »), lâche tout ce qui lui passe par la tête. Prenant et, forcément, touchant, Mouawad étant très fort lorsqu’il s’agit d’écrire sur les liens du sang et du cœur.

AM

Mardi 22 mars à 20h30 à la Faïencerie (La Tronche)

Le Maniement des larmes

Nicolas Lambert fait du théâtre documentaire. Une expression qui peut faire peur mais qui, entre ses mains, devient prétexte à fouiller les tréfonds de la politique française avec mordant et pertinence. Le Maniement des larmes est le dernier volet de sa trilogie bleu-blanc-rouge, dont le premier volet (Elf, la pompe Afrique) était consacré au pétrole, le second (Avenir radieux, une fission française – photo) au nucléaire et le troisième – celui qui nous intéresse aujourd’hui – à l’armement.

« Je pense que si l’on n’a pas un certain nombre d’éléments en main, on ne peut pas se poser de questions. Des questions auxquelles je n’ai pas forcément de réponses ! Je m’efforce simplement d’avoir un regard de péquenot moyen » nous expliquait Nicolas Lambert en interview lors du passage d’Avenir radieux par Grenoble. Ce troisième volet sera créé en octobre : on fera tout pour le voir avant son passage dans l’agglo !

AM

Jeudi 12 mai à l’Espace Aragon (Villard-Bonnot)

Ça ira (1) Fin de Louis

Depuis longtemps, Joël Pommerat observe le travail et constate que sa mécanisation annihile toute réflexion et toute décision de l’homme (Les Marchands, La Grande et Fabuleuse histoire du commerce). En filigrane, avec ce sujet, il cerne aussi de façon percutante la violence de la lutte des classes.

Il est donc presque logique qu’il en vienne aujourd’hui à regarder frontalement l’Histoire et cette période où le peuple a renversé la royauté. Avec Ça ira (1) Fin de Louis, il ouvre, en plusieurs épisodes, son théâtre à la Révolution. Pour ce premier volet, il retrouve sa troupe d’acteurs fidèles ainsi que son indispensable scénographe et concepteur lumière Éric Soyer avec qui il invente une sorte de magie théâtrale : les fondus enchaînés au noir entre les scènes qui sont alors comme des apparitions.

Lors de la présentation de saison aux Amandier-Nanterre où la pièce sera créée en novembre, Pommerat prévenait que « la fidélité aux détails et anecdotes sera secondaire à l'émotion suscitée par ces événements ». Faisons-lui confiance pour réussir ce qui sera de toute évidence l’un des grands moments de cette saison.

NP

Du mercredi 18 au vendredi 27 mai à la MC2

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