Rentrée cinéma 2016 : une timide bobine ?

Après une année cinématographique 2015 marquée par une fréquentation en berne (plombée surtout par un second semestre catastrophique du fait de l’absence de films qualitatifs porteurs), quel sera le visage de 2016 ? Outre quelques valeurs sûres, les promesses sont modestes…

L’an dernier à pareille époque se diffusaient sous le manteau des images évocatrices illustrant la carte de vœux de Gaspar Noé et extraites de son film à venir, Love ; le premier semestre 2015 promettait d’être, au moins sur les écrans, excitant. Les raisons de frétiller du fauteuil semblent moins nombreuses en ce mois de janvier 2016, d’autant que, sauf bonheur inattendu, ni Desplechin, ni Podalydès, ni Moretti ne devraient fréquenter la Croisette à l’horizon mai – seul Julieta d’Almodóvar semble promis à la sélection cannoise. Malgré tout, 2016 recèle quelques atouts dans sa manche…

Ce qui est sûr...

Traditionnellement dévolu aux films-à-Oscar, février verra sortir sur les écrans français The Revenant (24 février) de Iñarritu, un "survival" dans la neige et la glace opposant Tom Hardy (toujours parfait en abominable) mais surtout un ours à l’insubmersible DiCaprio (photo). Tout le monde s’accorde à penser que Leonardo devrait ENFIN récupérer la statuette pour sa prestation – il serait temps : même Tom Cruise en a eu une jadis pour un second rôle.

S’il n’est pas encore une fois débordé par un outsider tel que Michael Keaton (lui-même coiffé sur le poteau l’an dernier par Eddie Redmayne), sans doute en lice pour Spotlight (27 janvier), où Thomas McCarthy raconte comment une enquête du Boston Globe a mis au jour un réseau pédophile dans l’Église catholique. Autre valeur sûre, Steve Jobs (3 février) de Danny Boyle, étonnamment assagi pour un biopic expérimental écrit par Aaron Sorkin (The Social Network) : plutôt que l’assommant récit de l’existence du fondateur d’Apple, le film se polarise sur trois instants décisifs de la vie du magnat. Trois actes qui sont tout sauf du théâtre.

Ajoutons deux films d’animation splendides : Le Garçon et la Bête (13 janvier), de Mamoru Hosoda (Summer Wars, Les Enfants Loups), un cinéaste nippon aussi fantaisiste et inventif que son aîné Isao Takahata ; et Tout en haut du monde (30 janvier) du Français Rémi Chayé, formé à l’école Laguionie et Tomm Moore. Dans les deux cas, des œuvres initiatiques graphiquement originales.

Ce qui s'annonce bien

En apparence au repos depuis Inside Llewyn Davis (2013), les Coen s’étaient mués en scénaristes de luxe pour Spielberg et son excellent Pont des espions ; ils reviennent à la réalisation avec Ave César ! (17 février), une comédie avec Clooney et Josh Brolin dont la Berlinale aura la primeur. Tirée de la légende dorée (ou maudite !) des studios hollywoodiens, cette fantaisie nous plonge dans l’univers des stars des années 1950, sur les traces d’un homme chargé de régler leurs caprices. Parenthèse au passage : Spielberg sera de retour dès l’été avec une adaptation de Roald Dahl, Le Bon Gros Géant (20 juillet), avec son espion Mark Rylance dans le rôle-titre.

Autre motif de joie, Jeff Nichols (Take Shelter, Mud) revient avec Midnight Special (2 mars), un road-movie/chasse à l’homme flirtant avec le surnaturel, interprété bien sûr par Michael Shannon, ainsi qu'Adam Driver – le falot Kylo Ren de Star Wars. À mi-chemin entre Le Locataire de Polanski et l’ambiance Orange Mécanique de Kubrick, Ben Wheatley (Kill List) proposera High-Rise (6 avril), une construction anxiogène, donc alléchante, avec Tom Huddleston et Jeremy Irons dans une tour ultra-moderne de… 1975.

On espère beaucoup du Trésor (10 février) de Corneliu Porumboiu : le réalisateur roumain (12h08 à l'est de Bucarest ; Policier, adjectif) ne cesse de surprendre avec un cinéma atypique. Dernier cinéaste guetté : Philippe Falardeau. Le Québécois (Monsieur Lazhar, Congorama) signe avec Guibord s’en va-t-en guerre (15 juin) une satire politique qu’on soupçonne caustique, réunissant la prolifique Suzanne Clément et Patrick "Starbuck" Huard.

On demande à voir

Le scénariste Charlie Kaufman ayant souvent dépassé les limites du bizarre (Dans la peau de John Malkovich, Eternal Sunshine of the Spotless Mind) pour frayer avec le filandreux (Adaptation, Synecdoque, New York), on attend avec prudence son film en stop-motion Anomalisa (3 février) où s’illustre un avatar de Jennifer Jason Leigh – dopée par son comeback dans Les Huit salopards.

Palmé en 2010, Apichatpong Weerasethakul livre un documentaire titré Mysterious Object at Noon (27 janvier), mais qui a tout d’une de ses fictions ésotériques. Deux autres documentaires, un posthume de Chantal Akerman, No Home Movie (24 février) et un Depardon, Les Habitants, encore en montage et non daté… D’autres vétérans nous donnent rendez-vous : Téchiné pour l’adaptation de En finir avec Eddy Bellegueule, devenu à l’écran Quand on a 17 ans (30 mars), Bonitzer pour Tout de suite maintenant (mais pas avant le 27 avril), Atom Egoyan avec Remember (23 mars) qui vaut rien que par la distribution Christopher Plummer/Martin Landau.

Comptez aussi avec Évolution (16 mars), un nouveau long de Lucille Hadzihalilovic (après son court Nectar en 2013), Médecin de campagne (23 mars) de Thomas Lilti (Hippocrate) joué par Cluzet et le retour de Julio Medem (Lucia et le Sexe) pour Ma Ma (8 juin) avec Penelope Cruz.

Enfin, si vous pensiez souffler entre deux livraisons galactiques, c’est raté. 2016 fourmille de suites, remakes, reboots et spin-off : Les Tuche 2, la Tour 2 Contrôle infernale, Joséphine s’arrondit, Zoolander 2, Mariage à la Grecque 2, Alice de l’autre côté du miroir, Les Visiteurs 3, Camping 3, Kung fu Panda 3, Captain America 3 : Civil War, Divergente 3, L’Âge de glace 5, Batman vs. Superman, X-Men Apocalypse, Rocky VII (!)… ainsi que le Pixar Le Monde de Dory, et les adaptations de jeux Dofus, Warcraft et Angry Birds. Mais comme demeure l’incertitude Cannes et son cortège de révélations, toujours promptes à rebattre les cartes, ne désespérons pas trop vite d’une année à peine éclose…

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