Edouard Baer : « L'humour Baer ? Un humour pas drôle! »

Ouvert la nuit
De Edouard Baer (Fr, 1h36) avec Edouard Baer, Sabrina Ouazani...

Rencontre / On se l’imagine souriant, légèrement décoiffé, la main fouillant la poche droite de sa veste à la recherche d’un hypothétique briquet ou d’un trousseau de clés fantôme. Et c’est ainsi qu’il apparaît, affable, érudit et charmeur. Tel qu’en lui-même, et en Luigi, son lui-autre dans son nouveau film (réussi) "Ouvert la nuit". Interview.

Quelle est la distance entre Luigi, votre personnage dans Ouvert la nuit, et vous-même ?

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Edouard Baer : Elle est totale parce que j’ai vraiment écrit un personnage de fiction à partir de choses que je connais ou que j’ai vécues ; à partir de gens que j’ai croisés, comme Jean-François Bizot [le créateur d’Actuel et de Nova – NDLR] que j’admirais ou certains producteurs de cinéma. J’ai mélangé des sentiments, des peurs et des envies…

Luigi, c’est moi, très exagéré, en bien et en mal : il est beaucoup plus enthousiasmant, plus courageux et, j’espère, plus sombre, plus menteur et manipulateur. Si on se croit suffisant pour être un personnage de cinéma, il faut aller voir un psy ! Même les grands maîtres de l’ego-cinéma comme Woody Allen – qui, dans la vraie vie, fait de la boxe – s’inventent un personnage de fiction.

Que vous a apporté Benoît Graffin, votre co-scénariste, dans l’écriture d’un film en apparence aussi personnel ?

Il a été une sorte d’accoucheur pour ce road movie que je ne voulait pas linéaire, ni plat. J’avais lu ses scénarios pour Pierre Salvadori (Hors de Prix, De vrais mensonges) ou Anne Fontaine (La Fille de Monaco), et je l’avais trouvé très doué pour détendre et retendre une histoire, créer des tiroirs en conservant un souffle général.

Quand on construit une histoire à deux, on se raconte, on se surprend, on prend un personnage, on essaye d’imaginer où il peut s’arrêter, où il peut aller… Je lui ai raconté la vie amoureuse, amicale de mon personnage, son rapport à l’argent… On en a fait une vraie histoire de cinéma avant d’en faire un film.

N’y avait-il pas déjà une ébauche de ce film dans votre premier, La Bostella (2000) ?

Peut-être de ce personnage, de ce type de rapport : c’est à nouveau quelqu’un qui travaille avec des gens qu’il aime et qui aime les gens avec qui il travaille. Mais cela me semble être un thème assez universel et inépuisable, vu le temps que l’on passe au travail.

À l’époque, je l’avais situé à la télévision ; ici au théâtre parce que ça permet d’être plus juste, plus spécifique sur la partie professionnelle – la partie humaine étant universelle. Mais en prenant du temps, en regardant comment fonctionne un journal ou un restaurant, j’aurais pu traiter des ces milieux : ce sont des endroits où les gens sont tellement impliqués et passionnés…

Avec, à nouveau, cette idée de préserver un esprit de troupe…

Oui, peut-être. Je m’aperçois que je fais toujours la même chose… (rires) En tout cas, j’aime bien les troupes de cinéma. Comme spectateur, j’aimais retrouver chez Pagnol ou Guitry les mêmes acteurs dans des rôles différents. Après, je ne le fais pas exprès : ce sont des gens que j’admire ; certains sont connus, d’autres pas. Alors, ça s’agglomère, ça s’additionne et c’est amusant pour moi de les retrouver à l’image, de faire partager mon goût pour eux.

Avez-vous cherché à vous constituer votre troupe au cinéma, à l’instar du théâtre ?

Je rêvais de cela. Ce qui fait la troupe, c’est de se retrouver régulièrement. On l’a fait pendant 5 ans sur scène, en étant très nombreux pour nos spectacles – c’est un style de vie très joyeux ! Quand on arrivait dans les théâtres, les gens n’y croyaient pas parce que, économiquement, c’était un peu délirant de ne pas être deux ou quatre.

Dans une troupe de cinéma, c’est l’équipe technique le pilier, davantage que les comédiens. Quant au chef-opérateur, c’est un pays dans le pays : il a ses assistants, ses machinos, ses électros…. De son côté, le premier rôle, une fois qu’il a fini, il s’en va car il ne sert à rien sur le plateau. Dans Ouvert la nuit, les acteurs restaient souvent, pour voir les autres. La préparation a été longue, mais le chef-opérateur Yves Angelo a réuni une équipe de gens pour leur talent et parce qu’ils allaient adhérer à ce film. J’ai eu plaisir à travailler et discuter avec eux ; j’ai très envie de les retrouver sur le prochain.

Vous avez offert ici son dernier rôle à Michel Galabru…

On se connaissait un petit peu, ça l’amusait cette atmosphère. Les techniciens et les comédiens étaient enchantés de tourner avec lui. Même ceux qui n’étaient pas prévus ce jour-là sont venus. Il n’était pas conscient de sa popularité : il se vivait comme un ringard, comme un paillasse grotesque et ridicule, alors que les gens avaient de l’admiration, de l’amour pour lui.

Il s’excusait d’avoir tourné des nanars. Mais il n’avait pas d’autre métier à côté, il fallait qu’il tourne et il faisait de son mieux entre moteur et action. Ce n’est pas lui qui était au montage ! Certains disaient : « Il a fait tel film pour de l’argent… » Mais… les autres métiers, on les fait pour quoi ? Tout le monde n’est pas rentier !

Vos textes sont-ils faciles à apprendre pour les comédiens ?

Quand on travaille avec de grand acteurs, si ça ne marche pas, c’est la faute de l’auteur, pas de l’acteur. Si un mot ne sonne pas vrai ou qu’il choque dans sa bouche, il faut le changer. Donc c’est facile à partir du moment où l’on suit la pensée de la scène et du personnage. C’est précis, mais pas difficile.

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