Mais que se passe-t-il au Conservatoire de Grenoble ?

Depuis quelques années, la section théâtre du Conservatoire de Grenoble semble dans la tourmente, au vu des nombreux échos nous parvenant régulièrement ici (des élèves) et là (des anciens étudiants et professeurs). Alors on a enquêté. Et en effet, presque chaque rentrée amène son lot de confrontations, de presque annulation de spectacle et de cours parfois boycottés. On remonte le fil (bien emmêlé) de cette histoire de conservatoire. 

Dans une salle en béton sombre, défraîchie et sans fenêtre, les élèves répètent en chaussettes sur scène. Un jeune homme, face caméra, récite un texte, trébuche sur une phrase, se reprend et rigole. L’ambiance a l’air détendue en ce lundi de février. Nous sommes dans les murs du Conservatoire à rayonnement régional (CRR) de Grenoble, près de la MC2, en compagnie de la section théâtre (il y en a aussi une en danse et une en musique). Une institution prestigieuse qui a vu naître nombre de talents qui s’épanouissent aujourd’hui sur les scènes grenobloises et d’ailleurs. Car l’établissement, tourné vers les amateurs, propose également des classes Cepit (Cycle d’enseignement professionnel initial de théâtre). Mais depuis 2013, cette section théâtre du conservatoire tangue…

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Pendant une quinzaine d’années, deux grandes figures l’ont chapeautée : le comédien Patrick Zimmermann, qui démissionne en 2013, et la metteuse en scène Muriel Vernet, qui se retire en 2015. Ils ont suivi de nombreux acteurs débutants jusqu’à leur professionnalisation et restent très liés à ceux qui sont maintenant devenus comédiens. Mais l’ambiance va changer à leur départ. Pas facile en effet de remplacer des enseignants si bien installés…

« Nous avons perdu une année »

Jean-Luc Aujar, prof arrivé en 2013, a laissé des souvenirs cuisants. Très vite, les étudiants lui reprochent son comportement. Des mots très durs sont échangés. Johan Roussey, élève à l’époque et aujourd’hui comédien professionnel, soupire : « Il y a eu des procédures pour trouver des solutions. Mais nous avons perdu une année. » Jean-Luc Aujar quitte le conservatoire en 2014, tout en poursuivant depuis la Ville de Grenoble pour licenciement abusif. Et après cette expérience, la valse des profs ne s’est plus arrêtée. Jean-François Matignon d’abord, en 2014, puis Lionel Armand en 2015 et Patricia Thévenet en 2016. Un recrutement est enfin en cours pour la rentrée 2017. « Réglementairement, le poste doit être republié chaque année lorsqu’il est pourvu par un enseignant non titulaire » nous explique-t-on au CRR. Des professeurs éphémères qui ne peuvent donc pas créer de liens durables avec leurs étudiants…

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Une personnalité semble principalement cristalliser les tensions. À la suite de Muriel Vernet, Catherine Liverato reprend la coordination de la section théâtre, en compagnie de Lionel Armand. La situation se complique avec les élèves. Catherine Liverato sort pourtant de sept ans d’enseignement au conservatoire d’Avignon. Mais à Grenoble, le courant ne passe pas. Certains jeunes s’ennuient, d’autres partent pour d’autres écoles. Un étudiant a trouvé la parade en suivant des cours sur internet...

Une situation qui transparaît lors du rendu de l’année 2015-2016, où les élèves présentent la pièce Autour de Kurt Weill. Patrick Zimmermann, en spectateur averti, se trouvait dans la salle. « Les efforts ont été réduits à zéro. Le travail était terriblement amateur. » De l’intérieur, Louis Villenave, élève en Cepit qui étudie au Conservatoire depuis 3 ans, a vu les dégâts. « C’était le paroxysme de l’opposition contre Catherine. On a failli annuler. Finalement, on a fait une pièce digne d’une MJC, pas d’une école de théâtre. »

Vers l’apaisement ?

À cette situation particulière s’ajoute la baisse des dotations de l’État, qui se retire du budget des CRR depuis 2009 et passe à Grenoble de 328 000 à 0 € en 2015. D’après la direction, cela n’a pas eu d’incidence sur le bon fonctionnement du Conservatoire. Pourtant, jusqu’en 2013, l’effectif de la section théâtre ne dépassait pas 42 élèves. Aujourd’hui, on compte pas moins de 68 inscrits, hausse due en partie à la création d’une classe de douze places pour collégiens avec horaires aménagés. Les profs, très sollicités, sont donc moins disponibles pour les Cepit.

Surtout, l’envie d’avancer ensemble semble diminuer… En 2017, les affrontements entre Catherine Liverato et ses étudiants n’ont pas disparu. « Cela fait 2 ans que certains élèves se sont braqués. Il n’y a pas vraiment de dialogue » nous explique Louis Villenave. Le Conservatoire, après nous avoir confirmé que des tensions pouvaient exister, s’est retranché quand nous avons cherché à en savoir plus. « Nous n’avons pas à répondre sur des questions relatives à l’organisation interne du CRR. » Apaisé, disions-nous.

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