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Deliveroo, Allo Resto & co : quand le resto s'invite à la maison

tendance / Autrefois cantonnée aux pizzas et aux sushis, la livraison de restaurant à domicile connaît aujourd’hui un essor considérable et permet de faire entrer à la maison les cartes de nombreuses tables locales. Qui sont les principaux acteurs du marché et comment fonctionnent-ils ? Réponses.

Veste verte et sac en forme de cube dans le dos, ils quadrillent la ville aux heures des repas pour faire le lien entre les cuisines des restaurants et les clients affamés. Eux, ce sont les livreurs Deliveroo, ou plutôt les "bikers", selon les mots de cette enseigne arrivée en septembre dernier à Grenoble, après avoir conquis, dans près de 12 pays différents, une centaine de villes (dont 17 en France).

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Si les Parisiens et les Lyonnais connaissaient depuis longtemps le service et ses clones (Foodora et UberEATS), l’arrivée de Deliveroo, qui affichait en 2016 une croissance de 650% du nombre de commandes enregistrées dans le monde, fait figure de nouveauté en terre grenobloise. Seul Take Eat Easy, aujourd’hui en faillite, avait occupé quelques mois l’espace avant de plier bagage l’été dernier.

Pourtant, le marché grenoblois des livraisons de resto à domicile comptait déjà différents acteurs. Parmi ceux-là : Allo Resto, créé en 1998, qui se targue aujourd’hui de livrer près de 2000 villes en France. Ou encore Restomalin, et le tout récent Grood, un concept lancé par les Pages Jaunes il y a quelques mois.

« Ne plus se faire livrer n’importe quoi »

À chaque fois, le principe est le même : la plateforme propose d’accéder en ligne aux cartes des différents restaurants partenaires et de se faire livrer à domicile. Le délai et le tarif de la livraison varient selon les services : moins de 30 minutes et 2, 50 € par commande pour Deliveroo, 30 à 45 minutes pour Allo Resto et un tarif de livraison variable selon les restaurants.

Alors, qu’est-ce qui les différencie ? En premier lieu, l’offre proposée aux clients. Du côté d’Allo Resto, une vingtaine de restaurants, avec une majorité de pizzerias et de fast-foods – tacos, burgers, kebabs… Idem pour Restomalin. Si l’offre est nombreuse, elle concerne en majorité des pizzerias, kebabs, paninis ou salades. Quant à Grood, le petit dernier, il affiche seulement… quatre restos au compteur.

C’est donc là que Deliveroo semble pouvoir faire la différence, avec une cinquantaine de propositions de restos, de l’indien au bistronomique, en passant par le spécialiste local de la tarte. « L’objectif de Deliveroo est de sélectionner les meilleurs restaurants dans une ville et de ne plus se faire livrer n’importe quoi » nous assure François Klein, responsable de la région sud-est pour Deliveroo.

« Trop de flou juridique »

Bon élève Deliveroo ? Pas forcément sur tous les plans. En grattant côté coulisse, le tableau s’obscurcit un peu. Du côté des livreurs, qui travaillent en tant qu’auto-entrepreneur et donc sans contrat de travail, ça coince parfois. « Quand j’ai commencé à travailler pour eux, tout allait bien, je pouvais gagner 60 euros dans une soirée » explique Mathias*, livreur Deliveroo depuis septembre. « Mais il y a de plus en plus de livreurs sur la place, car Deliveroo veut être sûr que les commandes arrivent à l’heure, du coup c’est beaucoup moins rentable. » Et difficile de faire remonter les soucis rencontrés au quotidien, « la collaboration pouvant être rompue du jour au lendemain ».

Chez Allo Resto, qui fonctionne, comme Restomalin, avec les livreurs salariés des restaurants partenaires, on défend, concurrence oblige, un autre modèle. Gilles Raison, directeur général d’Allo Resto : « Dans 95 % des cas, nous travaillons avec des restaurants qui disposent d’un livreur polyvalent, qui effectue les commandes et d’autres tâches dans le restaurant le reste du temps. Il y a trop de flou juridique qui entoure le statut d’auto-entrepreneur dans notre secteur d’activité. » Face à un marché en plein essor et à des modèles économiques en mutation, reste au client (et à son estomac) à faire son choix.

* Le prénom a été changé


La livraison… côté resto

La livraison de resto, comment ça marche côté cuisine ? Flore Pavy, à la tête du restaurant Ici Grenoble, éclaire notre lanterne.

Quels sont les avantages pour un restaurant de travailler avec un service comme Deliveroo ?

Pour nous, il s’agit avant tout d’une façon d’être connu et de faire de la publicité. Certains clients nous disent qu’ils sont venus car ils nous ont connus sur Deliveroo. Ça nous rapporte aussi de l’argent, mais beaucoup de travail, car il faut gérer la trentaine de commandes que l’on enregistre chaque soir, en même temps que celles du restaurant.

Et quels sont les inconvénients ?

Les commissions sont énormes. Nous reversons entre 25 et 30% du prix de la commande à Deliveroo. Pour que ça soit vraiment intéressant, il faut atteindre un vrai débit ou travailler avec des produits peu chers à la base, ce qui n’est pas notre cas. Il y a également des problèmes avec les commandes : on nous demande de tout préparer pour 20h09, mais le livreur arrive à 20h50, alors forcément, il faut tout refaire.

Selon Deliveroo, 40% des restaurants partenaires auraient pu embaucher grâce à ces commandes en ligne. Est-ce votre cas ?

Non, le service n’est pas pensé pour pouvoir créer un emploi. En revanche, si le nombre de commandes décolle vraiment, on réfléchira à créer notre propre système de livraison. Nous y avons déjà pensé, mais c’est un vrai métier et c’est pour ça, et parce que ça représente un gain de temps, que nous passons par Deliveroo. Mais éthiquement, si nous le pouvions, nous lancerions notre propre service.

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