"Les Garçons sauvages" : fleurs du mâle et fruits de la passion

Les Garçons sauvages
De Bertrand Mandico (Fr, 1h50) avec Pauline Lorillard, Vimala Pons...

Arty, élégant (quel splendide noir et blanc) et un peu agaçant, ce premier long-métrage de Bertrand Mandico a tout du manifeste pour un cinéma exacerbant les sens et la pellicule, osant pour ce faire être, parfois, sans tête ni queue.

De temps en temps, cela ferait plaisir que le public ose se faire une douce violence en se rendant en salle non pour voir un film, mais du cinéma. Ne serait-ce que pour renouer avec l’expérience originelle face à l’écran : l’attente obscure, un peu magique et nimbée d’incertitude ; et puis la liturgie de la projection qui laisse à son issue avec la "sensation physique" d’avoir, à l’instar d’Alice, traversé un miroir. Sans doute y a-t-il plus de confort à préférer la prévisibilité d’un spectacle consensuel ou d’une linéarité narrative. Mais n’est-il pas dommage de se renoncer aux œuvres hors gabarit, et d’en abandonner la jouissance exclusive à quelque ghetto ? Les Garçons sauvages se mérite peut-être un peu, mais tout le monde mérite d’entrer dans son royaume brut.

Au départ ils sont cinq jeunes gars, fissapapas la sève aux veines, s’entraînant dans la canaillerie perverse jusqu’au crime barbare. Confiés en pénitence à un rude capitaine, ils embarquent pour une île insolite habitée par une drôle de scientifique…

L’île de la tentation d’une “elle”

Reprenant l’imaginaire de Jules Verne (et son scientisme halluciné), le merveilleux poétique de Jean Cocteau ainsi que la crudité sexuelle à peine voilée de Rainer Werner Fassbinder et Jean Genet, ce conte moderne narré à la manière d’une histoire pour enfants pas forcément sages joue de toutes les ficelles plastiques de l’artisanat cinématographique, et revendique sa facture manuelle jusque dans ses traces perceptibles à l’œil ou l’oreille. Comme si le bricolage, le triturage de l’objet-film visant à en faire un hybride entre théâtre, installation contemporaine et pelloche d’autrefois, voulait répondre aux métamorphoses organiques s’opérant sur l’écran.

Il y a chez Bertrand Mandico de l’impudence léchée – pourléchée, même – et la conscience baudelerainienne de transgresser la norme. Un poil de pose aussi, mais une voracité telle chez ce démiurge vintage à créer de la matière qu’on ne peut qu’être envouté. Succubez donc à la tentation !

Les Garçons sauvages
de Bertrand Mandico (Fr, 1h50) avec Pauline Lorillard, Vimala Pons, Diane Rouxel…

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