Philippe Rebbot : « "Vent du Nord" n'est un film social, on est en plein dans l'actualité »

Vent du Nord
De Walid Mattar (Fr, 1h29) avec Philippe Rebbot, Mohamed Amine Hamzaoui...

Il promène sa silhouette dégingandée depuis une décennie sur tous les écrans, incarnant les types biens comme les gars un peu falots. Dans "Vent du Nord", il est un ouvrier essayant de attraper ses rêves avec un filet de pêche. Entretien avec Philippe Rebbot.

Vent du Nord porte une morale un peu désespérante pour la jeunesse : elle doit quitter l’endroit où elle a grandi pour survivre…

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Philippe Rebbot : Je ne sais pas si c’est une morale, mais c’est une vérité désespérante. Quand il n'y a pas d’avenir, il n'y a pas d’avenir ! Ce n’est pas un film social, on est en plein dans l’actualité. Le moyen de bosser maintenant quand on est jeune, c’est d’être mobile et il va falloir se démerder avec ça. Nous, les comédiens, on a déjà accepté ça. On est des saltimbanques. De luxe. (sourire)

Il est beaucoup question de précarité dans vos premiers rôles…

Davantage de fragilité. On vient me chercher parce que je dois dégager une vibration à la fois marrante et fragile, qui me ressemble. Je suis dans la vie, mais en même temps, la vie me fait peur…

Après, on peut aller contre sa nature : je ne suis pas à l’abri d’un rôle un banquier – mais d’un banquier fragile. Ou d’un Président de la République – mais d’un président qui doute. Le doute, c’est la meilleure chose qui puisse t’arriver dans la vie. C’est pour ça qu’on me retrouve souvent dans des rôles de mecs pas tout à fait établis, pas tout à fait sûrs d’eux, qui se reprochent des choses intimement.

Mon ex-femme dit que je pourrais faire un rôle de méchant parce que, parfois, je le suis. Je ne suis pas le Dalaï-Lama – dont j’ai d’ailleurs appris il n’y a pas si longtemps qu’il n’était pas sympa tout le temps ! (sourire) Peut-être qu’un jour on me proposera le rôle d’un salaud, dans un western ça me plairait vraiment…

Votre filmographie semble privilégier les personnages bien ancrés dans leurs métiers…

Tant que ça ? Je ne me souviens pas de tout ce que je fais ! En général, j’ai rarement le temps de m’installer. C’est le drame des petits rôles : comme je bosse beaucoup depuis 9 ans, j’ai une filmographie importante mais parfois c’est “bonjour, au revoir“. Je me souviens des films où j’ai un premier rôle ex-æquo, un second rôle, mais les cinquièmes-sixièmes rôles ou les courts-métrages, là je sais plus du tout.

En plus, c’est paradoxal, les petits rôles foutent beaucoup de pression. Quand t’es installé dans la durée, t’as pas peur de rater une séquence, tu en as plusieurs pour te rattraper. Alors dans un petit rôle, on ne t’attend pas : faut y aller, dire ton texte et après s’en aller. On ne fait pas d’heures sup avec toi ! Mais bon, j’ai appris à dompter cette peur… Et aujourd’hui, je fais des longs rôles dans les courts-métrages, des courts rôles dans les longs, des premiers films en premiers rôle… Je suis bien à ma place, je n’étais pas prévu pour faire ça.

À quoi étiez-vous destiné ?

Je ne sais pas… (rires) En gros, j’étais prévu pour… rien. J’ai eu de la chance de trouver le cinéma…

Et réciproquement…

Ça, je ne sais pas (rires), je ne peux pas dire ça de moi-même, je ne me rends pas compte. Ce n’était pas une vocation pour moi de faire acteur, c’est un truc qui m’est tombé dessus il y a 9 ans. C’est du défi en permanence : tant qu’à le faire, il faut être d’accord pour tout. C’est là que ça devient marrant : si tu trouves que le type en face de toi a des qualités et un bon scénar, il faut être prêt à se raser la tête ou à être blond ou fin.

Il faut être disponible ; voilà pourquoi je fais des courts-métrages, j’aime les jeunes gars motivés et qui me disent : mec, j’ai trop envie de tourner avec toi. Je leur réponds : ça ne te rend pas service, mais je vais t’aider. C’est touchant, comment refuser ça ?

Si vos rôles sont différents, on vous voit souvent avec les lunettes, la barbe…

Parfois j’amène même mes propres fringues sur les tournages ! Mais j’ai fait des trucs sans lunettes : dans L’Homme aux mille visages, où je jouais une espèce d’agent secret junkie ; dans Des plans sur la comète je n’avais plus de moustache… Je suis d’accord pour tout : ce n’est pas moi qui impose mon apparence.

J’ai juste la flemme de me raser. Souvent je fais des "reset" : je garde juste la moustache, mais sinon je ne suis pas toujours rasé. Je me cravate aussi souvent n’importe comment, parce que je ne suis pas obligé. Quand je voyais mon père, cadre moyen en fin de carrière, partir tous les matins avec son costard et tout, je me disais : moi jamais. Mais en fait, ça me manque ; alors parfois, je mets des cravates. Mes enfants me demandent pourquoi : bah pour t’amener à l’école ! (rires)

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