"Dogman" : Matteo Garrone, chien enragé


de Matteo Garrone (It, int. -12 ans, 1h42) avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Alida Baldari Calabria…

Toiletteur pour chiens dans une cité délabrée, Marcello la bonne pâte devient le larbin d’une brute toxicomane terrorisant le quartier, Simoncino, lequel ne manque pas une occasion d’abuser de sa gentillesse. Mais après une trahison humiliante de trop, le frêle Marcello réclame son dû…

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« Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie. » Blaise Pascal pressentait-il le décor de Dogman en rédigeant ses Pensées ? Vaste étendue ouverte sur une non moins interminable mer, cette scène rappelle l’agora de Reality (2012) du même Matteo Garrone, ce microcosme dans lequel une kyrielle de drames peut éclore et se jouer aux yeux de tous ; chacun étant libre d’ouvrir ou de fermer les yeux sur ce qui se déroule sous ses fenêtres.

Et de se claquemurer dans une passivité complice, surtout quand un fou-furieux a fait du secteur son espace de jeu. Mettre au ban une de ses victimes, la plus inoffensive (en l’occurence le serviable Marcello), tient de la pensée magique ou de l’exorcisme : en se rangeant implicitement du côté du bourreau, on espère soi-même être épargné. Personne n’imagine que Marcello a contracté le syndrome de l’élastique, et que sa patience sans cesse distendue peut rompre avec fracas.

Garrone n’est jamais aussi bon que lorsqu’il resserre ses drames sur de braves gens pris dans les mâchoires de la fatalité – dans son tentaculaire (et un peu foutraque) Gomorra, c’est ainsi le destin du couturier Pasquale qui suscitait le plus de compassion. Son bouleversant Marcello est un nouveau héros à la dignité bafouée, un vengeur solitaire et rédempteur se chargeant des péchés de ses semblables. Pour autant, et malgré son amour des animaux, il n’a rien d’un nouveau Saint François d'Assise ; peut-être est-il le seul à avoir conservé un peu d’innocence. Mais, hélas, l’innocence finit toujours par se corrompre au contact de la réalité. Amer…

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