« En France, qui connaît vraiment l'histoire du goulag ? »

Goulag

Musée de la Résistance et de la Déportation

ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement

Exposition / Avec sa nouvelle proposition simplement intitulée "Goulag", le Musée de la Résistance et de la Déportation retrace l’histoire de la répression soviétique des années 1920 jusqu’au début des années 1950. Tour d’horizon avec Olivier Cogne, commissaire de cette exposition très forte.

Il aura fallu cinq ans pour que naisse le projet Goulag, monté avec l’ONG russe Memorial, le Centre mémoriel Perm-36 et l’association Ouralpes. « C’est la première exposition en France qui traite des goulags » assure Olivier Cogne, commissaire de l’exposition également directeur du Musée dauphinois. Une exposition qui retrace ainsi l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire du XXe siècle. « Pour cette seule période liée au système du goulag, il y a eu 4 millions de morts. Ce sont des chiffres qui ont été contestés et qu’il est important de rappeler. Et puis, en France, qui connaît vraiment l’histoire du goulag? »

Devoir de mémoire

Cet exercice autour du devoir de mémoire, le parcours tient à le mener dès la première partie qu’Olivier Cogne appelle « la galerie de portraits des bourreaux ». Ici sont dressés des portraits de figures politiques russes qui furent impliquées dans les massacres et les répressions policières, dont Léon Trotski (qui, on l’apprend, fut en résidence surveillée à Domène de 1934 à 1935), Vladimir Ilitch Lénine et, bien sûr, Joseph Staline.

Quelques années avant que le pouvoir ne soit sous la férule de ce dernier, c’est en 1923 que nous emmène la pièce suivante, « sur les îles Solovki, ces îles de l’enfer », lieu d’accueil du premier goulag – acronyme formé du russe "glavnoïe oupravlenie laguereï", soit direction générale des camps. « Ce premier goulag a été construit comme un camp correctif, ce qui n’avait rien à voir avec la réalité. Ce camp ne sera qu’une préfiguration de ce que seront les futurs goulags » explique le commissaire d’exposition en pointant du doigt un témoignage. « En l'espace de quelques mois, une femme honnête déportée aux Solovki devient un être plus misérable qu’une prostituée… Les gardes rouges qui servent de surveillants violent les femmes en toute impunité. »

Répression

Des images d’archives aux photographies des goulags, les documents proviennent pour beaucoup du pouvoir soviétique lui-même. Mais l’exposition nous montre également des témoignages forts de contre-propagande, comme des planches de la bande dessinée d’Hergé Tintin au pays des Soviets publiée entre 1929 et 1930, véritable critique du régime bolchévique.

Chaque découverte nous laisse ou stupéfaits, ou troublés... Et l’émotion n’a pas dit son dernier mot. Dans l’espace central explicitement nommé « La grande terreur de 1937 à 1938 », on se retrouve face à des photos en noir et blanc de visages froids, choqués, pris sur le vif juste avant leur exécution. Et si ces clichés « se passent de commentaires », Olivier Cogne nous décrit néanmoins leur contexte historique. « Cette période est marquée par l’arrestation de personnes de tous âges, de toutes origines, souvent parce qu’elles sont étrangères, juives, détachées de la ligne du régime. Jamais le système n’a été aussi répressif. En tout, 750 000 personnes furent condamnées à mort par le pouvoir stalinien. »

Pendant que la population « quelle qu’elle soit » souffre des purges, les goulags, eux, se remplissent. Dans les années 1950, ils atteignent leur apogée « avec plus de deux millions et demi de prisonniers ». Et, comme pour nous rappeler que les massacres d’antan, longtemps occultés par les différents pouvoirs, laissent encore leurs traces sur l’époque actuelle, la fin de l’exposition nous arrête face à une photographie du journaliste et photographe Tomasz Kizny. Une œuvre de 2008, qui met en avant la découverte d’un charnier de 8000 victimes à Voronej dans le sud-ouest de la Russie. Poignant.

Goulag
Au Musée de la Résistance et de la Déportation de l’Isère jusqu’au lundi 20 mai

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