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"Shadow People" : The Limiñanas, Catalans indépendants

The Limiñanas

La Belle Électrique

ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement

Concert / Critique enthousiaste du dernier album du groupe français de rock garage avant son passage par la Belle électrique vendredi 14 décembre.

C'est tout l'art des Limiñanas que de convoquer sur un album des invités aussi disparates que Pascal Comelade au piano, Peter Hook et sa basse mélodique, Emmanuelle Seigner à la voix – trois habitués – ou encore Bertrand Belin et Anton Newcombe sans s'éparpiller façon puzzle. Peut-être parce que le duo (enrichi) de Cabestany, dans les Pyrénées-Orientales, a, sous ses oripeaux garage, toujours navigué sur pas mal de fronts esthétiques. On peut d’ailleurs en avoir un aperçu sur la toute récente compilation I've Got Trouble in Mind Vol. 2 qui recense des raretés, notamment quelques belles reprises – Polnareff (Time will tell), les Kinks (Two Sisters avec Anton Newcombe), The Lords of the New Church (Russian Roulette) ou... le chant de Noël Silent Night en version mariachi. Peut-être aussi parce que la force du concept, jamais ramenard, toujours en toile de fond, suffit à donner du liant à l'ensemble comme une musique de film imaginé.

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Sur Shadow People, le groupe raconte donc ses années lycée depuis ce Premier jour, joli talk-over nostalgique sur la découverte des bandes de rockers, mods, skins et autres qui composent l'écosystème de la cour, jusqu'aux virées dans la 2CV de Marie (Motorizzati Marie) ou aux trips de tous ordres : psychédéliques (Trois bancs, ébouriffant ; Pink Flamingos, titre lysergique écrit à l'époque) ou western (De la part des copains).

Ici, on croise l'empreinte du Brian Jonestown Massacre quand Anton Newcombe prend le micro en mode Lou Reed sur la tuerie Istanbul is Sleepy ; on se délasse les muscles sur la basse madeleine de Peter Hook comme au temps du New Order séminal (The Gift) ; on invoque les fantômes (trop) veloutés de l'adolescence au son de la voix soyeuse d’Emmanuelle Seigner (Shadow People) et on succombe au poème absurde et aliénant comme l'amour transi d'un Bertrand Belin déambulant dans un marécage krautrock sur Dimanche.

Alors que la batterie de Marie frappe comme un sourd avec la régularité d'un cœur de marathonien (les atmosphères réverbérées en guise de cage thoracique), que les guitares se font plus implacables et les synthés intenables, jamais les Limiñanas n'ont semblé aussi puissants, aussi à leur affaire, livrant avec autorité et détachement tout un pan de pop culture à ce tropisme catalan qu'est l'indépendance.

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