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Emily Blunt : « Mary Poppins est une super-héroïne qui place les autres au centre de l'histoire »

Le retour de Mary Poppins
De Rob Marshall (ÉU, 2h04) avec Emily Blunt, Lin-Manuel Miranda...

Suite lointaine d’un des plus grands triomphes des Studios Disney qui avait glané 5 Oscar (dont celui de la meilleure actrice pour Julie Andrews), "Le Retour de Mary Poppins" est le Disney de Noël 2018. Rencontre avec le réalisateur et l’interprète de la nounou magique.

Signer la suite d’un film considéré comme un classique depuis un demi-siècle a de quoi impressionner, non ?

à lire aussi : "Le Retour de Mary Poppins" : Mary à tout prix (et pareille à elle-même)

Rob Marshall : À chaque étape, cela a été impressionnant. Et un travail colossal. Mais si quelqu’un devait s’atteler à la tâche, je voulais que ce soit moi, car ce film signifie énormément pour beaucoup de personnes de ma génération. Il fallait que cette suite reflète dignement l’esprit du film de 1964, même si la barre était particulièrement haute.

Avec mes co-scénaristes Dave Magee et John de Luca, nous avons dû créer un script pour lier les parties musicales entre elles. Car les livres de P. L. Travers fonctionnent par épisodes ; il n’y a pas vraiment de narration liant les chapitres les uns aux autres. Puisque Le Retour de Mary Poppins dépeint l’époque de la Grande Dépression à Londres, il fallait comprendre les difficultés de cette période et trouver un écho très contemporain. C’était un exercice d’équilibriste d’arriver à cette touche moderne tout rendant hommage à la comédie musicale d’origine.

Le film de 1964 avait une dimension souterrainement politique avec la mère de famille suffragette ; celui-ci évoque l’avidité des banques même s’il les sauve à la fin…

RM : C’est inhérent à cette époque de la Dépression à Londres : toutes les maisons étaient saisies par les banques. En réalité, c'est une métaphore de la perte, et comment on la gère à l’âge adulte. Il s’agit là de combats de la vie difficiles à mener.

Emily, comment vous êtes-vous préparée à devenir Mary Poppins ? Et qu’allez-vous garder de ce rôle ?

Emily Blunt : Un de ses parapluies ! Sans le voler, j’ai, disons, mis la main dessus (rires). Sinon, comment je me suis préparée ? D’abord, le script était absolument exquis : on est arrivés à quelque chose de magique, de complexe dans la narration comme dans le jeu d’acteur.

Mary Poppins est une sorte de contradiction, finalement, comme une tapisserie riche en couleurs : à la fois pratique et fantastique, elle a les pieds sur terre et la tête en l’air. Elle montre de l’humanité, elle est amusante, mais avec un côté brut de décoffrage. Quant à son excentricité, Rob et moi avons essayé qu’elle soit le reflet du livre.

Mary Poppins est-elle une super-héroïne ?

EB : Les super-héros veulent toujours récolter des lauriers ; mais elle, pas du tout. Elle est mystérieuse, elle échafaude des plans qui permettent à chacun de se découvrir soi-même. Elle sème des graines pour que chacun découvre un autre point de vue de façon délicate et intelligente. En fait, c’est une super-héroïne qui place chaque personnage au centre de l’histoire.

Le Retour de Mary Poppins aussi une comédie musicale, avec une BO aux tonalités jazz et swing…

EB : C’était vraiment énergisant de chanter les airs de ce film ! Le compositeur voulait rendre hommage à la musique du film de 1964 – une source d’inspiration. Toutefois, on entre ici dans un autre chapitre de l’histoire, une nouvelle ère. Et il y a des mélodies avec des orchestrations incroyables que j’ai adoré chanter – comme j’adoré danser.

Pourquoi ne pas avoir réutilisé les standards du précédent film ?

RM : Nous aurions pu toutes les utiliser, mais nous développions un projet de comédie musicale originale. Il reste cependant de petites allusions au film de 1964 à des moments pivots. Par exemple, lorsque Mary Poppins apparaît, il y a trois notes. La BO initiale était très belle, mais il nous fallait trouver notre chemin sans avoir à y recourir trop souvent.

De la distribution originale, seul Dick van Dyke est figure au générique…

RM : Il a plus d’énergie à 92 ans qu’il n’en a jamais eu toute sa vie ; c’est de la caféine humaine ! Sur le plateau, il avait droit à deux ovations. D’abord parce qu’il existait, et après avoir tourné ! Le compter parmi nous, 54 ans après le premier film, c’était une bénédiction. J’en avais le souffle coupé. Le terme est galvaudé, mais c’était magique.

N’avez-vous pas envisagé de confier une apparition à Julie Andrews, l’interprète historique de Mary Poppins ?

RM : John De Luca et moi en avons parlé avec elle. C’est une amie de longue date : dans les années 1990, j’ai assuré la chorégraphie d’une production de Victor Victoria à Broadway et elle se réjouissait que nous fassions ce film : « Ça a pris du temps, 54 ans ! » Et quand il a été question d’une participation de quelque manière que ce soit, bien avant que l’on commence à écrire le scénario, elle a dit que c’était le film d’Emily Blunt, pas le sien.

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